On dit que la réalité dépasse la fiction et, précisément, dans le chapitre des motions de censure impulsés par les opposants aux directions du FC Barcelone.

Il y a tout juste 10 ans que la première d’entre elle a eu lieu. Ce fut un fait historique car jusqu’à présent, ce chapitre, qui en lui-même révolutionne le club, ne s’était jamais produit. Et si à l’époque déjà, la motion avait atteint l’objectif d’atteindre les élections, celle d’aujourd’hui suit le même chemin.
Il n’en reste pas moins choquant que l’initiateur de la première motion de censure, Joan Laporta, soit à présent le président du club et, par conséquent, celui qui doit y faire face. Dans ce laps de temps il s’est retrouvé des deux côtés du conflit...
Laporta avait alors initié ce processus avec quelques collaborateurs actuels, comme Albert Perrin ou Alfons Godall, entre autres. Avec également, comme au jour d’aujourd’hui, Johan Cruyff en arrière plan. Il avait réussi à dépasser le nombre de signatures recquises pour que la motion poursuive son cours et parvienne à sa cible : atteindre les urnes.
Mais c’est alors que le vieux mais toujours efficace appareil
nuñísta s’est mobilisé avec toutes ses forces pour lancer un appel à ses fidèles, qu’il a cité au vote pour donner une leçon au ‘rebelle’ Laporta. Comme pour cette occasion, le président qui s’est senti ‘agressé’ s’est défendu assurant que “l’on ne peut pas éroder une image avec des accusations non fondées et avec des insinuations”. Nuñez, à la veille du vote, avait affirmé que “le plus important reste que les socios votent et disent ‘non’ à une motion qui n’apporte rien de constructif”.
Le résultat, connu de tout le barcelonisme, a été un triomphe de Nuñez (il a récolté 61,52% des votes) sur Laporta (35,52%). La victoire de la vieille garde avait été évidente.
Mais un point de non-retour avait été atteint. Laporta, leader de l’'Elefant Blau’, s’est retiré à ses quartiers dans l’attente d’une nouvelle occasion pour retourner dans les tranchées. Il a atteint son objectif en 2003, après que Nuñez ait décidé d’abandonner la présidence en 2000 après 22 ans en tribune présidentielle et que Joan Gaspart se soit brulé vif en seulement 3 ans (2003).
Le monde à l’enversSeuls 5 ans se sont écoulés depuis que Laporta a atteint la présidence et vive dans sa propre chair l’expérience vécue par Nuñez en 1998.
Il se trouve que, tandis que Laporta avait besoin d’une majorité simple pour déloger Nuñez, Giralt, le nouveau promoteur de la motion de censure, a besoin d’une majorité plus forte pour atteindre le succès.
L’opposant numéro 1 actuel a besoin de 2/3 des votes, d’atteindre 66% de ceux-ci, pour renverser Laporta et forcer une campagne électorale, car Giralt, à plus d’une occasion, a assuré que son souhait n’était pas d’atteindre la présidence, mais de veiller à la santé du club à tous ses étages, de la parcelle sportive à la parcelle sociale, en passant par sa situation financière, ce qui n’est pas précisément le cas à son goût.
La victoire de Nuñez en 1998 a fait que le président fasse un pas en avant et modifie les statuts du club, avec le consentement de l’assemblée des socios compromissoires, afin que le texte qui fasse référence à la motion de censure soit alourdi. Et il en fut ainsi.
Ainsi, Laporta bénéficie à présent des nouveaux textes rédigés par Nuñez, son ennemi de l’époque. L’un des derniers héritages du
nuñísmo, peut à présent être la bouée de sauvetage du
laportismo. Un autre signe du destin.