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Que se passe-t-il en Catalogne ?

En Une | El Soci Opina | mardi 15 mai 2007 à 04:57

Des huées, nombreuses. La plus grande défaite depuis 2003. La perte de la place de leader à seulement quatre journées de la fin. Et une nouvelle contre-performance, à domicile, face au quinzième du championnat, le Betis

Que se passe t'il en Catalogne ?  Des huées. Nombreuses. La plus grande défaite depuis 2003. La perte de la place de leader à seulement quatre journées de la fin. Et une nouvelle contre-performance, à domicile, face au quinzième du championnat, le Betis de Séville. Une semaine comme celle-ci, le Barca n'en avait pas vécu depuis de nombreuses années. Cette fois, plus de dédramatisation. Toutes les sirènes résonnent dans la capitale Catalane. Et, jeu offensif retrouvé pendant quarante-cinq minutes ou non, la crise est officielle chez le double tenant du titre. Les visages fermés, les déclarations brèves, et les pieds lourds, voilà à quoi ressemble le « grand » Barca d'aujourd'hui. Fort logiquement, des questions apparaissent. Sans pour autant, bien entendu, y trouver la moindre réponse. Car si il y a bien une chose de présent aujourd'hui, chez le dernier vainqueur de la Ligue des Champions, c'est le mystère. Les joueurs sont, à une ou deux exceptions près, les mêmes que l'année dernière. La formation n'a pas changé. Et pourtant... Les questions sont inévitables. A qui la faute ? Evidemment, la condition humaine étant comme elle est, il paraît nécessaire de trouver un, sinon plusieurs, coupables. Mais, alors qu'il y a trois ans, Florentino Perez était une cible facile (et unique) à Madrid,  le Barca se retrouve avec de nombreuses personnalités en ligne de mire pour expliquer ce qui ressemble de plus en plus à un retentissant échec.

 

Tout d'abord, sur le plan du terrain même, ce sont les joueurs qui pâtissent le plus des critiques. Et il paraît au jour d'aujourd'hui difficile de faire leur plaidoyer. Le jeu azulgrana est en déliquescence, et ce depuis de nombreux mois. Ronaldinho, d'antan symbole de la réussite, de l'éclat, et de la beauté du jeu catalan est dorénavant devenu à lui tout seul l'image de l'inconstance et de l'irrégularité du club de Joan Laporta. La première chose profondément critiquée chez la star brésilienne ainsi que le reste des joueurs, est l'orgueil et le manque criant de volonté. En effet, le onze blaugrana donne à certain moment cette impression de ne pas vouloir accélérer le rythme et de s'asseoir sur ses grandes qualités techniques, plutôt que de se jeter bec et ongles dans les rencontres. Ce manque d'agressivité - au bon sens du terme - est particulièrement inquiétant, tant le niveau de l'effectif pourrait être décuplé avec une plus grande volonté. 

 

Ironie du sort, ou simple coïncidence, le seul joueur à vraiment éviter cette critique de joueur « flemmard » n'est autre que l'attaquant Camerounais  Samuel Eto'o. Là où cette nouvelle paraît satisfaisante, il est intéressant de remarquer que pour bon nombre de supporters du nouveau dauphin du championnat, c'est bien Eto'o qui est coupable en grande partie des mauvais résultats du club. Car, même si dirigeants, staff, et joueurs ont tout fait pour faire oublier ce moment tendu de la saison, les supporters eux, ont gardé cet incident dans la tête. Ce jour où les véritables divergences d'opinions à l'intérieur même du Barca, et où Samuel Eto'o a fini par exploser est considéré comme beaucoup comme le pire moment sur le plan moral de la saison, tant l'illusion de la grande amitié Ronaldinho - Eto'o a disparu, et que l'effet Rossell était toujours chez de nombreuses personnalités du club. 

 

puyolEt si c'était lui, le fautif ? Rossell, vice-président du Barca, qui, il y a de cela 2 ans, avait jeté un froid profond dans le club en démissionnant à la suite de nombreux désaccords avec Laporta. Mais, en cette époque - qui paraît aujourd'hui être à des années lumières - le jeu l'emportait sur la paperasse, et les excellents résultats de l'effectif faisaient oublier aux socios ces problèmes qui pourtant, six mois plus tard, pourraient avoir une grande importance. 

 

Mais cet échec politique de Laporta ne fut pas le seul de la saison. En temps difficile, l'homme a tendance à se souvenir de toutes ces petites choses qu'il avait laissé passer, pour les ressortir au moment opportun, et, par le biais de ces anciens incidents, enfoncer la situation plus profondément. Le cas Echevarria, pourtant oublié jusqu'il y a quelques jours par la majorité refait logiquement surface. Echevarria, beau frère de Laporta avait été maintenu dans l'administration du club alors qu'il faisait partie de la Fondation Franco. L'incapacité de Laporta de s'entourer de gens respectables, de garder Rossell à ses côtés offre un nouveau visage au président du club, bien moins flatteur qu'auparavant. 

équipe

Dans le football, c'est toujours l'entraîneur qui garde la position de bouc émissaire. Il est extrêmement rare de voir dans le football un entraîneur rester protégé en cas de mauvais résultats. Et Rijkaard n'échappe pas à la règle. Il est aussi un des premiers mentionnés pour expliquer la faillite du club azulgrana cette saison. Pis, si il est tant décrié, ce n'est pas que pour ses choix tactiques sur le terrain, mais aussi pour ceux en dehors. Cette politique du dialogue, de la relativisation et du « pardon », qui avait été si efficace lors de ses premières années (l'on se souvient encore de Rijkaard allant chercher Ronaldinho en larmes sur le terrain, à la suite de son expulsion face au club de Saragosse) semble avoir clairement perdu de sa splendeur. Tout comme ce 4-3-3, qui, bien qu'extrêmement efficace lors des deux dernières saisons (rapportant avec lui deux Ligas et une LDC), n'a pas été capable d'offrir le même spectacle et de rendre cette équipe du Barca tout simplement magique. Certes, l'entraîneur batave aura quelques réactions, offrant sur quelques matchs le 3-4-3, mais les résultats furent plus que mitigés, et le geste de changement bien trop tardif pour pouvoir espérer assurer une place dans le top 8 de la prestigieuse Coupe d'Europe.   

 

Le cas Saviola, chouchou du public et qui n'a pas toujours été correctement traité par le club, est un autre bémol dans la gestion du coach hollandais. Ce refus de faire confiance au buteur Argentin qui offre toujours des bonnes performances et reste un modèle de professionnalisme affaiblit encore plus son entraîneur, qui, pendant plusieurs années se bornera à garder ce joueur sur le banc de touche, ou à des centaines de kilomètres du Nou Camp sous forme de prêt. Ce qui est certain, c'est qu'auprès des socios, Rijkaard ne fait plus l'unanimité. Son manque de poigne - sympathique et attachant au demeurant - ne satisfait plus les fans qui réclament un peu d'autorité et surtout, un petit coup de patte qui remettrait Barcelone sur le bon chemin.

 

Une autre personne qui, par moments est considérée comme responsable de la mauvaise saison des catalans est Beguiristain, qui, avec l'entraîneur est le joueur en charge des transferts. Si Thuram et Zambrotta ont rempli leur rôle et apporté satisfaction, il paraît présomptueux et osé d'en dire de même pour l'attaquant Islandais Gujdohnsen, qui fut loin d'être excellent et n'arriva pas à faire oublier Larsson dans le cœur des socios. Le Nordique restera dans les mémoires comme l'erreur de casting majeure de l'été dernier. Alors que Saviola était toujours présent dans le club, le déboursement de quinze millions d'euros pour l'attaquant de Chelsea paraît - encore aujourd'hui - être une certaine erreur de jugement de la part du directeur technique de Barcelone. 

 

Néanmoins, à jouer au jeu du coupable, l'on finit vite par se rendre compte que l'échec de cette équipe, cette saison, n'est pas du à une seule personne, mais bel et bien à tous, joueurs comme dirigeants. Et, avec le titre de Liga en poche ou non, le résultat final restera dans tous les cas une immense déception au vu de ce qu'aurait pu produire l'équipe de Rijkaard cette saison. Peut-elle encore gagner cette Liga ? La question, bien que paraissant extrêmement naïve, est légitime. A quatre journées de la fin du championnat, avec autant de points que l'adversaire de toujours, le Real Madrid, mais une différence de buts particulière défavorable, l'on peut sérieusement commencer à craindre une fin de saison extrêmement triste. Néanmoins, le parcours final du Barca, hormis une rencontre périlleuse à Vicente Calderon paraît égal, si ce n'est plus clément que celui du rival historique, qui lui, devra rejouer Huelva après l'humiliation du match aller, puis, lors de la dernière journée se déplacer à Saragosse. Si l'on considère que face au Bétis, l'égalisation des hommes de Fernandez n'est du qu'à une erreur d'inattention des azulgranas et que sans un manque de réussite devant le but, le score eut été bien plus large en faveur de l'équipe de Rijkaard, l'on peut y voir un motif de satisfaction, mais aussi d'espérance. Contrairement à jeudi dernier, et d'autres innombrables rencontres de la saison durant laquelle le Barca a semblé manqué de volonté et d'idées, le jeu a été plutôt bon durant la première mi-temps de la rencontre, avant de s'éteindre progressivement lors de la seconde, une erreur récurrente cette année.

supporters

Cependant, et à l'image d'un Eto'o combatif et infatigable, les onze joueurs  sur le terrain ont clairement montré qu'ils n'étaient pas prêts à sacrifier leur dernier trophée possible de la saison. Après l'élimination rageante en LDC, et les deux défaites humiliantes en Supercoupe d'Europe ( 0 -3) et Coupe du Roi (4 - 0), cette Liga semble être la dernière chance pour le club de garder de cette saison une image plus positive que négative. Qu'en sera t'il du Barca l'année prochaine ? Laporta, Rijkaard et Txiki ont été formels : il y aura du changement l'année prochaine à Barcelone. Et les rumeurs se font nombreuses et insistantes, tout d'abord, sur deux noms régulièrement cités ces dernières années ( Henry et Lampard), mais aussi sur de nouveaux joueurs (Terry, Abidal, Huntelaar) capable d'apporter une nouvelle envie de vaincre au Barca. Néanmoins, l'on peut réellement se demander si le problème du Barca est sur le papier, ou tout simplement dans la tête ? Cette scène à l'entraînement, vendredi matin ou il fut vu des supporters souhaitant le départ de Ronaldinho montre à quel point le mental semble indispensable et primordial pour une équipe. Sans celui-ci, les socios seraient prêts à laisser partir celui qui - encore aujourd'hui - est considéré comme le meilleur joueur au monde.  L'arrivée de nouveaux joueurs pourraient elles alors complètement changer le visage catalan ? C'est probable, mais le renouveau pourrait très bien se faire de manière plus négative que positive. Car, à l'image du Madrid « Galactique », contrôler de véritables cracks ayant tout gagné paraît difficile à gérer. Les footballeurs sont aussi capables d'avoir des personnalités difficiles à vivre, et par conséquent, rajouter d'autres stars dans le vestiaire pourrait bel et bien avoir l'effet contraire que celui escompté.

 

Il y a encore des motifs d'espoirs pour l'année prochaine. Tout d'abord, le repos de tous les joueurs, ainsi qu'une préparation de pré-saison plus clémente pourrait aider à garder des forces jusqu'à la fin de la saison prochaine. Aussi, un groupe sans blessures, du début à la fin de l'année pourrait permettre de (re)trouver des automatismes qui avaient infligés tant de migraines aux défenseurs adverses. Quoi qu'il en soit, et malgré les mouchoirs blancs et la « pinolada » réservé aux joueurs dimanche soir, il est certain que les socios n'ont jamais délaissé le Barca. Cette capacité de siffler une équipe en tête d'un des championnats les plus prestigieux au monde montre bien que les supporters attendent plus de ce groupe. Il ne reste plus qu'à espérer qu'une véritable réaction se fasse sentir lors des quatre dernières rencontres. Car sinon, la prochaine bronca pourrait bel et bien être la dernière pour nombre de joueurs.


Posté par tendaifcb
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