Chronique | Cruyff | mardi 23 octobre 2007 à 16:45
La défaite du Barça au Madrigal a été si cinglante qu'elle a laissé les azulgranas sans excuses. Il valait mieux qu'il en soit ainsi pour mieux retenir la leçon et pour éviter que tant d'erreurs se reproduisent dans le futur.
Il n’y a pas de série de victoires éternelle. Il y aura toujours un jour où tu perdras à nouveau. Mais il y a différentes manières de perdre. La défaite du Barça a été sans appel. Pas de "mais..." face à Villareal. Ce fut même tout le contraire. "Chapeau" les jaunes, et merci pour la leçon. Elle a été d'une telle ampleur, qu’aucune excuse n’était possible après avoir éclaté ainsi. Ni absences, ni fatigue, ni virus FIFA, ni rien. C’est mieux ainsi.Si tu veux apprendre pour ne pas recevoir à nouveau une telle déculottée, plus les choses sont claires, mieux c’est.
Quand ta défense ressemble à du beurre, quand ceux qui courent après le ballon sont tes joueurs, quand en attaque tout se résume à Leo Messi "seul contre le monde", c’est qu'il y a eu un mauvais fonctionnement de l’équipe. A cela s’ajoutent le manque de mordant, les pertes de nombreux ballons au milieu de terrain, des transmissions pleines d'insécurité aux défenseurs qui n’ont jamais su comment s’aligner. Ils faisaient un pas en avant et ensuite deux en arrière. Dans ces conditions, Robert Pires s’est senti comme un poisson dans l’eau. Il a été le plus en verve de tous. Ce que personne du Barça n'a su voir, lui l'a mieux vu que quiconque. Avec les écarts énormes entre des lignes, avec un espace pour recevoir et décrocher rapidement, Pires a fait ce qu’il a voulu et il a été une référence en terme de déplacement, rapide, très rapide, pour toute son équipe.

Et ceci en jouant dans un style de jeu que l’on sait contrer, mais pas seul, sans solidarité. Diminue le rythme du ballon, utilise le placement dans le jeu, jouer large sur le terrain et pas court, et il s'avère qu'une équipe qui se présente en 4-5-1 est infiniment plus dangereuse que la tienne, qui sur le papier aligne trois attaquants. Quand en seconde mi-temps Rijkaard s'est retourné vers la formule du 3-4-3, ce fut pire encore. Il est certain que cette stratégie peut être utilisée quand les choses vont mal, mais si elle est mal appliquée, cela revient à donner une canne à un aveugle. Je vous assure qu’être performant en 3-4-3 n'est pas facile. Que personne ne se trompe sur ce système : soit tu le maîtrises parfaitement, soit c'est un suicide collectif. La saison passée, l'équipe s'est seulement bien débrouillée avec ce système pendant 45 minutes d'un match. Celui de coupe, à Saragosse. Les autres 45 minutes de ce jour et les autres tentatives au cours d'autres rencontres, ont eu raison du 3-4-3.
Nous pouvons discuter de plusieurs points, mais concernant le 3-4-3 je sais tout ce qu'il peut offrir, que ce soit en bien ou en mal. Les trous se trouvent à des emplacements différents. Si tes milieux de terrain sont habitués à se déplacer avec deux coéquipiers autours d’eux et non avec trois, s'ils sont habitués à des espaces déterminés qui sont réduits en jouant à quatre, alors cela influera forcément. Obligatoirement, si tu mets un milieu de plus, il devra avoir son espace. Et tu ne crées cet espace que si tu joues avec une ligne de 4 ou avec deux lignes de 2. Ce détail est tellement fin, que si tu ne l'accompagnes pas en faisant circuler rapidement le ballon et en réduisant les espaces, les arrières se retrouveront bien démunis quand tu perdras le ballon. Parce que derrière toi, ce n'est pas un milieu de terrain qui pourra agir comme un libéro.
Moins d'espaces, cela d’un point de vu défensif. D’un point de vu offensif, ajouter un attaquant de plus aux trois déjà présents, ne signifie pas forcément plus de buts, ni-même plus d'occasions. Avec un avant de plus, les espaces sont réduits, et ils deviennent minuscules. Il faut un jeu rapide et en cherchant les espaces dans le seul endroit où ils sont : dans les couloirs. En tentant de passer par l’axe, on peut simplement espérer au mieux obtenir un coup franc face aux buts et voir s’il rentre.
En ce qui concerne Léo Messi, une réflexion. Un 10 pour son implication, mais le « seul contre le monde » finit par se retourner contre lui à force de l'essayer maintes et maintes fois. Pour l'équipe, il serait mieux qu’il apprenne à se réguler. C'est un crack, mais il peut encore s’améliorer. Il doit savoir quand il doit passer rapidement et quand il doit tenter le geste impossible. De trop insister sur la seconde option, aussi rapide et explosif que tu sois, à la fin tu finis par perdre le facteur surprise. Si tu as quatre défenseurs sur le dos, l'un des tiens est nécessairement seul. Le jour où il aura compris cela, il ne n’aura pas un ballon d’or, il en aura une collection.
Un dernier mot sur l’Espanyol, mais pas sur sa victoire sur l’actuel leader du championnat. Valverde est un technicien aussi brillant que respectueux du talent des bons joueurs. Il aligne toujours les meilleurs footballistiquement parlant, dans le onze de départ. C’est le cas de Riera et Tamudo qui sont en ce moment très spectaculaires. S'ils en sont arrivés là, c’est aussi grâce aux convictions du technicien. Valverde fait parti de ceux qui croient qu'en attaquant bien, tu défends mieux. En d'autres termes : tu peux aligner ensemble Tamudo, Riera, Luis García, De la Pena et maintenant Valdo – sur le terrain et avoir un équipe aussi bien armée en défense qu’en attaque. Battre Séville, Valence et Madrid n’est pas à la portée de beaucoup d'équipes.
Source : El periodico
Posté par inho11
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