
"Si vous recrutez Samuel Eto´o, faites de même avec une nourrice pour qu'elle le surveille, c'est une bombe". La direction a remémoré pendant les semaines suivantes le transfert du Camerounais au FC Barcelone. Frank Rijkaard, en tournée avec l'équipe en Chine, ne comprenait pas ce qu'il arrivait au président azulgrana et cette obstination pour recruter l'attaquant de Mallorca surtout au prix de 26 millions d'euros.
Il avait demandé le Brésilien Adriano, qui en ces moments-là pouvait venir pour moins cher. Rijkaard voulait de bonnes personnes dans son vestiaire, des joueurs solidaires, qui ne créeraient pas plus de problèmes que la propre compétition. Mais le président devait avoir des raisons de poids, avec beaucoup de poids, pour parier sur l'avant centre camerounais et il a fini par le recruter. Il est arrivé sans nounou mais avec un allié, un ami dans le vestiaire, Gérard Lopez, qui comprenait sa manière de se comporter et qui est rapidement devenu son complice. Il n'avait pas besoin de plus de parrains, il avait le président et toute sa famille.
"Prolongez Gérard, même si c'est seulement pour contrôler Eto´o", a recommandé l'une des voix autorisées du vestiaire quand Monaco s'est intéressé au canterano de Granollers. Mais ils ne l'ont pas écouté et Eto'o est resté orphelin, seul, complètement seul. Demetrio Albertini, qui a à peine passé 6 mois au vestiaire, a détecté le problème 24 heures après son arrivée et c'était difficile de le résoudre car cela a un rapport avec de nombreux complexes personnels. Ten Cate savait le manier, il connaissait les faiblesses du Camerounais et de nombreuses fois il lui donnait raison, il maintenait l'équilibre.
Cette année, beaucoup de personnes ont pensé que Lilian Thuram servirait de frein à Eto'o, mais le Français se sent plus identifié à la lutte d'Oleguer qu'à la manière de voir le monde de Samuel Eto'o, solidaire comme à la fois flambeur, avec tout cet argent du monde à dépenser.
Pendant sa blessure au genou, Samu s'est appuyé sur l'un de ses meilleurs amis, l'ancien dirigeant Alejandro Echevarria, qui le comprend mais qui peut le contrôler seulement jusqu'à un certain point. Ce n'est pas la nounou qu'a sérieusement conseillée la personne qui connaissait si bien Samuel, car Alejandro en fait déjà trop pour ses amis. Au fond ce qu'a publiquement dit Eto'o ce mardi 13 est ce qu'il aurait dit une infinité de fois en privé, du moins pour une partie de son discours.
La valeur d'Eto'o sur le marché ne s'est pas dévaluée, mais elle continue sans être concrète. Chelsea a fait une proposition il y a deux ans et la saison dernière, l'agent du joueur a appelé pour savoir s'ils étaient toujours intéressés ; ils ont répondu non, qu'ils recrutaient Shevchenko. Eto'o n'est pas un joueur du profil de Sir Alex Ferguson, mais tout dépend de ce qu'il peut se passer avec Cristiano Ronaldo à Manchester. En Italie, seuls trois clubs ont la capacité de le recruter ; le Milan AC préfère Ronaldinho, l'Inter a Adriano et la Juve accumule les problèmes mais gardera Trezeguet cet été.
Le départ d'Eto'o s'interpréterait comme une défaite pour Laporta, qui préfère se séparer des footballeurs recrutés par Sandro Rosell. Seulement ainsi il communierait avec le message déjà envoyé par Cruyff de réaliser une sérieuse rénovation du vestiaire. Avec l'explosion du cas Eto'o, Laporta s'est retrouvé sans arguments pour expliquer n'importe quelle décision qui puisse affecter Ronnie et qu'il ne signe pas jusqu'en 2014, moins encore après que le gaucho ait exercé de médiateur en enlaçant Eto'o dans une image pour la galerie photo mais d'un énorme poids moral. Même si quelqu'un dit que de Joan Laporta, on peut s'attendre à tout...
A présent, tout le monde sera attentif avec ce qu'il passera avec Juliano Belletti et Thiago Motta, l'avenir des deux marquera la direction que prend la politique sportive du club.