Array Un joueur à la loupe : Messi en finale de Ligue des Champions - FC Barcelona Clan

En Une | Messi | mercredi 1 juin 2011 à 22:05  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Pour le plus grand des matchs de la plus grande des compétitions, face au plus grand des adversaires, c'est tout logiquement le plus grand des joueurs qui a été choisi : pour la seconde et dernière fois de la saison, Lionel Messi est examiné « à la loupe »...

Lionel Messi est très attendu pour cette finale de Ligue des Champions face à Manchester United. Annoncé comme le meilleur joueur du monde et candidat à un chapitre entier dans le grand livre de l'histoire du football, l'Argentin est soumis à une pression maximale pour ce dernier grand rendez-vous de la saison. La pression ? Il a prouvé à maintes reprises qu'il savait la gérer. Il était déjà décisif il y a deux ans, lors de la finale à Rome contre le même adversaire, où, intercalé entre les deux Tours, Orthanc et Barad-dûr, ou plutôt Vidic et Ferdinand, il avait marqué un somptueux but de la tête qui restera dans les annales.

Ne nous le cachons pas, ne relativisons rien : nous attendons quelque chose de grand de sa part pour cette nouvelle confrontation. Lui en tout cas ne se dissimule derrière aucun faux-semblant. Lors de la demi-finale aller contre Madrid, c'est lui qui scelle la qualification du Barça grâce à un beau mouvement avec Afellay, et surtout une fantastique chevauchée solitaire pour le 0-2. On lui doit déjà beaucoup, mais on va lui demander encore tellement. Il ne connaît aucune limite et la photo d'avant-match (ci-contre) parle d'elle-même : « Qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur inventer ce soir... », semble-t-il se demander.

Messi cette saison, c'est aussi des statistiques hallucinantes, ce qui est presque un pléonasme en parlant de ce joueur :

  • Liga : 33 apparitions (31 titularisations, 1 sortie, 3 jaunes). 3 fois réserviste. 2859 minutes jouées pour 31 buts et 20 assists.
  • Coupe : 7 apparitions (5 titularisations, 1 sortie, 1 jaune). 1 fois réserviste. 451 minutes jouées pour 7 buts et 3 assists.
  • Ligue des Champions : 13 apparitions (11 titularisations, 0 sortie). 1047 minutes jouées pour 12 buts et 3 assists.

Analyse et commentaires

La première période commence avec un Lionel Messi titulaire à son poste désormais habituel, celui de « faux 9 », un rôle où il délaisse donc largement le front de l'attaque pour redescendre au milieu. Il délaisse aussi l'axe du jeu, pour venir côté droit aider Daniel Alves, qui est une rampe de lancement importante dans un début de match où les Mancuniens occupent l'axe et dominent le match. Cela se révèle payant, car Messi permet à l'équipe de retrouver petit à petit la possession du ballon, dans une période qui coïncide avec la baisse du pressing des Red Devils. Une fois le match vraiment commencé, La Pulga retrouve progressivement l'axe et combine avec ses milieux, Iniesta, puis Xavi et Busquets. La connexion est établie, et le Barça domine le jeu en long et en large, avec en face une peur étrange côté mancunien : celle d'aller au charbon sur Messi. Personne ne réussit à lui prendre le ballon des pieds, ni en instaurant un marquage de zone (Park a couru plus de 10 km, sans réel impact), ni en anticipant. En effet, lorsque Vidic se décide enfin à anticiper sur Messi, en sortant sur lui loin de sa surface, il se prend un petit pont. Dans la foulée, Messi lance magnifiquement Villa côté droit, Villa centre en un temps pour Messi, et il ne manque que quelques centimètres à ce dernier pour pousser le ballon au fond des cages. L'Argentin est partout, voir ci-contre le graphique de toutes les passes qu'il a données (92 réussies pour 4 occasions créées).


Sa faculté d'aérer la construction barcelonaise est telle qu'Iniesta s'éclipse pour lui laisser pleins pouvoirs dans l'animation offensive en zone de vérité. Cependant, toujours aucun but, malgré des combinaisons rapides en une demi-touche de balle avec un David Villa transfiguré. Trop rapides, peut-être : David Astorga, l'éternel homme de terrain de TF1, rapporte : « Lionel Messi vient de demander à Villa de ne pas jouer trop vite. » Enfin, la domination barcelonaise se concrétise. À la 27e minute vient le premier but du Barça : aux abords de la surface, le jeu penche vers la gauche avec Xavi balle au pied, et un Messi qui aspire Evra dans l'axe. Par conséquent, le côté droit est vide, si ce n'est la présence de Pedro, seul au monde, servi par un Xavi omniscient avant d'ajuster van der Sar. L'infiltré Astorga, idéalement placé derrière les buts du Néerlandais, témoigne : « Evra se fait atomiser par Nemanja Vidic pour son absence de marquage. » Pour notre part, nous ne dirons pas qui des deux est le plus fautif (les défenseurs auraient dû communiquer), mais nous soulignerons simplement l'impact de Messi sans ballon.
 

En seconde mi-temps, Messi joue toujours aussi bas pour participer au jeu, laissant la paire Vidic-Ferdinand sans personne à marquer. Comme à leur habitude, Xavi et Messi combinent en corner, car tirer dans le tas serait vain face aux Deux Tours. Il continue de combiner à merveille avec les deux lutins espagnols et Alves, si bien qu'aux commentaires, Arsène Wenger n'y tient plus : « Si ses coéquipiers écrivent avec le ballon, lui il met les virgules... » L'analogie littéraire est plus que douteuse mais nous comprenons l'idée. Messi gêne considérablement la défense adverse avec ses dribbles, secteur de jeu dans lequel il est particulièrement en réussite. Il est tout simplement irrésistible, son coup de rein laisse sur place tout le monde, malgré qu'il ait tantôt Park, tantôt Giggs ou Carrick sur le dos. Par exemple, Park a réussi un tacle sur l'Argentin au début du match, pendant les dix minutes de domination mancunienne, mais pour ce qui est du reste de la rencontre, ce fut le néant : Messi a toujours pris le meilleur sur le Coréen. Ce milieu de terrain a été tactiquement surclassé par les Barcelonais, de par la présence de Messi : les arrières-centraux anglais ne montant pas sur lui à plus de 25 mètres de leur but (sans doute traumatisés par l'action avec Villa de la première mi-temps), Messi redescendant dans l'entre-jeu a créé le surnombre systématique. Quant aux milieux anglais, ils n'ont pas tellement osé se livrer et lui ont laissé beaucoup trop d'air (voir screenshot). C'est d'ailleurs comme ça que finit par survenir le but de Messi, où il a largement de quoi prendre de l'élan et tirer (voir détails section suivante). Il donne l'avantage à son équipe et exulte comme rarement.

À 2-1, le Barça déroule. C'est la passe à dix entre Messi, Xavi et Iniesta (appelons cela la « passe à trois »), jusqu'à ce que l'Argentin accélère ; seule la faute semble pouvoir l'arrêter, même s'il se casse les dents à deux reprises dans la surface, une fois sur Vidic et une autre sur Ferdinand (voir le graphique ci-contre : ses duels gagnés en bleu et perdus en rouge). Messi obtient une occasion de but, sur une nouvelle passe d'Iniesta, mais van der Sar arrête le tir ras de terre de « la puce ». Sur le banc, Ferguson doit réagir et fait finalement rentrer Nani. Pas de chance... sur sa première action du match, Nani se retrouve face à Messi à l'arrêt, qui va bientôt se lancer dans une chevauchée fantastique. Un passement de jambes de l'Argentin et Nani est laissé sur place, le stade rugit ! Messi pénètre ensuite la surface, et passe Evra qui met vaguement le pied mais craint de provoquer un penalty, tant l'Argentin est lancé à toute vitesse. Finalement, il perd le ballon, mais ! Busquets la récupère immédiatement et la donne à David Villa, idéalement placé à l'entrée du grand rectangle. El Guaje fait parler toute sa classe (qu'il nous cachait depuis des mois) et marque d'une frappe enroulée d'anthologie. Messi s'écroule à genoux dans la surface et laisse exploser sa joie. C'est 3-1 pour le Barça, et Messi est impliqué dans les trois buts de son camp. Le succès est total pour l'Argentin et, par là même, pour son équipe.

Les vingt dernières minutes sont plus discrètes pour Messi, le Barça jouant plus défensif. Il participe quand même grandement à la conservation du ballon, et son pressing gêne la relance adverse. Malgré tout, ses courses restent très dangereuses en contre ; l'une d'elles vaudra un carton jaune à Valencia qui commet une dixième faute sur l'Argentin. L'arbitre siffle la fin du match, le Barça est champion.

Grâce à son but, Messi met fin à sa disette en Angleterre. Grâce à son but, il égale van Nistelrooy au record de buts en Ligue des Champions (12 réalisations). Pour la troisième année consécutive, il est meilleur buteur de la compétition. Le petit Argentin de Rosario, reposé en Liga pour ce grand rendez-vous, vient de livrer un de ses meilleurs matchs contre une des meilleures équipes du monde. Sa prestation exceptionnelle fait de lui l'homme du match, logiquement désigné par l'UEFA. Sa finale a également beaucoup pesé dans l'élection du joueur du mois par les membres du Clan, Messi ayant obtenu plus de 70% des voix. Le Ballon d'or ? Une formalité. L'histoire ? Il l'écrit...

La loupe dans la loupe : le but de Messi

Au départ de l'action, le ballon est dans les pieds d'Iniesta aux trente mètres. Première erreur côté Manchester : Carrick et Park, qui sont pourtant à deux contre deux (face à Iniesta et Xavi), ne mettent aucune pression et se contentent de regarder jusqu'à ce qu'Iniesta amorce le geste de la passe. Un troisième Barcelonais est dans la zone, Leo Messi, et on voit qu'en réalité, il y a surnombre catalan à cet endroit. Le vis-à-vis de Messi (Giggs) est en effet beaucoup trop loin ; le Gallois vient de redescendre tout le terrain pour occuper le côté gauche, afin de combler l'absence de Patrice Evra. Le Français est pour sa part en vadrouille dans l'axe pour marquer Villa à la culotte (conséquence de l'action précédente), alors qu'on aurait pu supposer que Vidic (aidé de Ferdinand) aurait suffi à la tâche. Quant à Giggs, on le voit régulièrement tourner la tête vers sa gauche... en fait, le Gallois ne peut pas faire autrement que laisser le champ libre à Messi : il est neutralisé par Dani Alves qui s'est avancé sur son côté, et qui ne demande qu'à profiter de l'espace dans son dos. Grâce au positionnement de Villa et Alves, Messi se retrouve donc sans aucune pression de l'adversaire et, surtout, avec une autoroute totalement libre devant lui (voir le triangle délimité par les traits rouges). Ainsi, à la base du but de Messi qui a tout l'air d'un exploit individuel, se trouve la suprématie collective du Barça, ici exprimée via une meilleure occupation du terrain.

D'une passe anodine, Iniesta donne le ballon à Messi, et c'est cette passe qui, combinée à un coup de rein de l'Argentin, fait la différence : Park est définitivement mis dans le vent. Voyant cela, Evra se décide - beaucoup trop tard - à lâcher Villa et se jette sur Messi. L'hésitation du Français prend des allures de grosse erreur d'appréciation, car non seulement il aurait pu laisser Villa à son capitaine, mais en plus son côté gauche était couvert par Giggs. Ou alors, Evra restant au marquage, un des arrière-centraux aurait pu se décider à jaillir sur l'Argentin. Cependant, la plus grosse pierre est peut être à jeter à la figure de Carrick, car celui-ci ne sert absolument à rien lors de l'action. Lorsque Park est éjecté, l'Anglais ne fait même pas l'effort pour aller ne serait-ce qu'essayer de mettre le pied devant l'Argentin ; il semble définitivement cuit (ce n'est pourtant que la 53e minute).

Hormis le tir, Messi a donc trois solutions. Pour commencer, puisqu'il focalise l'attention de trois mancuniens, il peut simplement remiser à Iniesta qui pourra profiter de sa liberté et chercher un des attaquants du Barça. Deuxième possibilité, Messi peut décaler Pedro sur la gauche, intelligemment intercalé entre deux défenseurs (si tant est qu'on puisse qualifier Valencia de défenseur tant il a semblé hors sujet). Troisièmement, Messi pouvait lancer Villa plein axe ou chercher à combiner avec lui, mais l'axe est bouché : dans la première hypothèse, Ferdinand et Vidic (avec Fabio qui plus est) sont présents ; dans la seconde, il aurait été difficile de combiner car Messi se serait retrouvé encerclé par les deux centraux + le retour de Carrick et Evra. Finalement Messi a tiré au but, et il l'a fait en « première » intention ; il est clair qu'il a voulu tirer dès l'instant où le ballon a quitté les pieds d'Iniesta, car, comme expliqué, il bénéficiait d'un boulevard rare devant lui.

Messi enchaîne donc trois touches de balle pour se mettre en position de frappe et, à la quatrième, le cuir est au fond des filets. Edwin van der Sar s'explique après le match : « Je pensais être bien placé, car je considérais que Vidic bloquait ce côté. » On laissera le lecteur juger par lui-même... Le tir de Messi est fuyant et la balle rebondit juste devant le gardien, mais il semble que le portier néerlandais aurait pu faire mieux.

 

Extraits vidéos

  1. Le but de Messi
  2. Tout le match de Messi

Statistiques

  • Général 
    • Ballons reçus : 108 
    • Ballons récupérés : 0 
    • Ballons perdus : 16
    • Duels gagnés : 10
    • Duels perdus : 5
    • Corners provoqués :  2
    • Corners concédés : 0 
    • Distance parcourue :  9.13 km
    • Temps de jeu : 90 min
  • Passes 
    • Passes tentées : 100 
    • Passes réussies : 92
    • Passes dangereuses : 6
    • Passes décisives : 0 
  • Tirs 
    • Tirs : 5 
    • Tirs cadrés : 2 
    • Tirs sur les montants : 0
    • Buts : 1
  • Fautes 
    • Fautes reçues : 6 
    • Fautes commises : 0 
    • Hors-jeu : 0 
    • Cartons jaunes reçus : 0
    • Cartons jaunes provoqués : 1

 

Note du joueur

  • barcamundial............... 8.5 / 10 « Quel match ! Magique tant tactiquement que techniquement, il a été prépondérant par son génie et sa maîtrise diabolique. »
  • Bbarça......................... 9.5 / 10 « Un match énorme, fantastique, génial, magique, une Ligue des Champions en prime, que demander de plus ? »
  • Ronaldo97.................... 9 / 10 « El mejor del mundo. »
  • Wedge.......................... 10 / 10 « Tout est dans la note. »
  • Moyenne...................... 9.3 / 10 (NDLR : la moyenne la plus élevée du joueur à la loupe, saison 1)

 

Texte : barcamundial, Bbarça, Ronaldo97, et Wedge
Style et mise en page : Wedge
Statistiques et graphiques : Ronaldo97
Vidéos : allasFCB (totalbarca.com)


Source: FCBClan

Posté par Wedge
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