Interview | Thuram | vendredi 11 août 2006 à 11:56
|
|
Lilian Thuram a confié la formule de sa longévité sportive : "Chance, naître avec un bon physique grâce à mes parents et être sérieux, professionnel et être vigilant"
La rencontre a eu lieu dans le St. Regis Houston, l'hôtel où réside le FC Barcelone. Lilian Thuram (Guadalupe, 1972) apparaît relaxé dans le salon. Il n'a pas encore accusé le coup des 35 degrés et de l'humidité qui l'attendent lors de l'entraînement. Son effort pour se faire comprendre est honorable. D'entrée, il met la barrière, il répond de manière cordiale et concise, mais peu à peu, il est plus relax et à la fin il finit en éclatant de rire.
Là où il ne plaisante pas, c'est sur le terrain. Compétiteur né, à 34 ans, l'homme qui a le record du nombre de sélection en équipe de France (121), le champion du monde et le récent finaliste a été transféré de la Juventus à Barcelone avec un objectif : continuer à prendre du plaisir en jouant au football. Et pour prendre du plaisir, le meilleur endroit était Barcelone.

Quel est ton premier souvenir de football?
Mon premier souvenir? Enfant, je jouais devant chez moi, en Guadeloupe, pieds nus avec mes amis.
C'était ton ballon?
Non, ce n'était pas le mien. Je ne me rappelle plus à qui il était exactement, mais je suis sûr que ce n'était pas le mien.
Trente ans après, vous continuez à jouer au football. Comment fait on pour avoir une carrière si longue?
Il faut de la chance, naître avec un bon physique comme le mien (rires) grâce à mes parents et être sérieux, professionnel et être vigilant.
Votre motivation a-t-elle changée depuis que vous avez commencé à jouer ?
(Il réfléchit) Elle a changé parce que quand tu es jeune. C'est une chance de jouer au football et au fur et à mesure que tu grandis tu te rends compte à quel point tu es chanceux. Aujourd'hui encore je ressens plus de plaisir parce que je m'approche de la fin. Le plus important c'est le plaisir,le plaisir que tu avais quand tu étais encore un enfant.J 'essaye de garder en moi cette illusion parce que le plus important c'est le bonheur.
Qu'êtes-vous venu faire à Barcelone?
Je suis venu ressentir ce plaisir de jouer, parce qu'aujourd'hui Barcelone est l'équipe la plus forte d'Europe. Tous les joueurs aimeraient jouer dans une équipe comme celle-la.
Et qu'offrez vous en échange?
J'offre Lilian Thuram
Qui est Lilian Thuram?
(Rires) Qui est il? Alors, Lilian Thuram est un joueur qui essaye de bien faire les choses, qui veut gagner. Je viens prendre du plaisir parce que j'aime le football. Le plus important est d'en donner à tout le monde, de donner le maximum pour l'équipe.
Outre le modèle sportif, le compromis social de Barcelone vous a-t-il attiré plus particulièrement?
Disons que la première chose qui m'a attirée a été l'aspect sportif, parce que Barcelone est une équipe très forte. J'ai ensuite su que peut-être nous porterions sur le maillot le logo de l'UNICEF. Je crois que ce que fait Barcelone est quelque chose de très important. Le football est regardé partout dans le monde, il a un impact social très important. Une autre chose que j'aime de Barcelone c'est que derrière l'équipe il y a une histoire, celle de la Catalogne. Je suis une personne très attachée à la culture. Je crois que toutes les personnes devraient être fidèles à leur culture et c'est quelque chose qu'a Barcelone, c'est quelque chose de très beau.
Les clubs devraient ils être plus proches de la société?
Ce serait très important. Parce que, par exemple, quand arrive un rendez-vous comme le Mondial, il y a beaucoup de personnes qui attendent le match. Le football devrait porter des messages très positifs au niveau social, parce que le football est associé souvent seulement à l'argent et l'aspect social est aussi important.
Connaissez-vous la culture catalane?
Peu parce que je viens d'arriver, mais j'ai envie de la connaître. Je crois qu'il est important de connaître la culture d'où on vit.
La vision que vous aviez de Barcelone a-t-elle changé?
Je suis ici seulement depuis trois jours... Mais je suis très content, parce que je vois un groupe d'hommes qui s'entendent bien, un groupe de joueurs très unis. Je connais Giuly, Eto'o, d'autres de vue parce qui ont joué en France comme Marquez et Edmilson. Je connais aussi un peu Zambrotta... (rires).
Avez vous envie de travailler avec Frank Rijkaard?
Quand j'étais petit, Rijkaard était un joueur qui me plaisait beaucoup, parce que je jouais milieu de terrain et lui aussi. C'est une fierté que quelqu'un comme lui t'appelle parce que c'était un très grand joueur.
Enfant, vous admiriez aussi d'autres sportifs?
Michael Jordan, parce que c'était le numéro un et il a toujours travaillé et travaillé pour continuer à l'être, et ça c'est très difficile. Quand quelqu'un est très fort, il court le risque de ne pas faire assez d'efforts. Un autre exemple serait Serguei Bubka, qui a concouru tant d'années au plus haut niveau. Jouer deux ans, trois ou quatre c'est bien, mais quelqu'un qui est toujours dans l'élite, au plus haut, c'est très, très difficile.
Avez-vous planifié votre futur?
Après le football? Non.
Savez vous jusqu'à quand vous voulez jouer au football?
La vérité c'est que je ne sais pas. Je veux profiter du football tant que mon corps me le permet.
Et après?
Je ne sais pas encore. J'aimerais travailler avec les enfants, mais pas comme entraîneur, ni dans une école de football. Travailler avec les enfants mais dans quelque chose focalisée sur l'éducation.
Jamais vous vous êtes senti titulaire?
Personne n’est titulaire. Quelqu'un peut devenir titulaire, mais au départ personne ne l'est.
Quelles sont vos priorités dans le vie?
Essayer d'être heureux. Le bonheur est ma priorité. Et cela s’obtient en donnant de l'importance aux choses qui sont importantes. Non parce que je suis un joueur célèbre pour les gens, qui gagnent bien sa vie, les gens ne m'aiment pas rien que pour ça. Je ne pense pas que le bonheur soit lié à l'argent.
Votre fils a-t-il déjà l'autographe de Ronaldinho?
Pas encore, mais il l'aura, c'est sûr.
Est-il vrai que vous aimez lire des traités de philosophies?Quels extraits?
La philosophie te fait comprendre un peu l'essence de la vie. Pour moi, il est important d'essayer de comprendre ce que nous faisons et pourquoi nous sommes ici.
Etes-vous arrivé à une certaine conclusion à ce sujet ?
La conclusion est que je suis très heureux d'être ici à Barcelone.
Cela vous parait étrange qu'étant joueur de football on vous étiquette d'intellectuel?
Cela ne me surprend pas parce que je suis une personne, je ne suis pas un joueur de football, de la même façon que toi tu n'es pas journaliste, tu es une personne. Je suis un homme.
Avez vous envie de connaître la ville de Barcelone?
Oui, bien sûr. Tout le monde dit que c'est une très belle ville.
Escroqueries, dopage... Le sport est-il malade ?
Ce n'est pas le sport qui est malade, c'est le monde. Parce que le monde est ainsi et nous en faisons partie. Au final l'important c'est de toujours gagner. Tous nous voulons gagner, être second n'est pas intéressant. C'est ça le problème. Les gens se sont surtout habitués à attendre le vainqueur, et si tu ne gagnes pas, c'est une catastrophe.
Etes-vous d'accord avec la sanction infligée à la Juventus?
Celui qui ne respecte pas les règles, celui qui piège les autres doit être puni, il doit payer pour cette raison, c'est ainsi. C'est juste.
Vous disiez que le sport, le monde, était malade. Etes-vous optimiste? Se soignera t il?
Nous n'allons pas dans le bon chemin. Il faut attendre.
Posté par Sasuke
Article lu 2784 fois