En Une | El Soci Opina | samedi 29 décembre 2007 à 11:52  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Comme beaucoup d'autres génies du football, la carrière de Ronaldinho semble être finie avant l'heure.

 

 

Certains disent que notre destin n’est fixé que par des infimes détails. Si l’on était parti quelques secondes plus tôt, l’on n’aurait pas eu cet accident de la route. Si l’on n'avait pas eu un mauvais professeur de mathématiques, l’on ne se serait orienté vers une carrière dans le littéraire. Des exemples comme ceux-ci, l’on peut en trouver n’importe quand, n’importe ou, et dans n’importe quel domaine. Et, au jour d’aujourd’hui, s’il y a bien un homme qui se doit de confirmer cette thèse du destin que nous ne contrôlons que trop peu, c’est Ronaldinho.

 

De héros sur le retour, à mercenaire. De nouvel idole, à continuel bouc émissaire. La différence paraît énorme, et pourtant, elle ne s’est jouée que sur une infime ligne. Une ligne de 5 millimètres.

 

34e minute du Clasico : Iniesta remporte son duel face à son vis à vis sur l’aile droite, déborde, et centre. Eto’o est trop court. La balle arrive alors au deuxième poteau pour le numéro 10. Pendant une seconde trente, les 98 000 supporter du Nou Camp arrêtent de respirer. Ronnie a voulu assurer, et n’a pas assez ouvert son pied. Casillas arrête la balle. Sur l’action suivante, le Real de Madrid marque le but victorieux de la rencontre. En ouvrant son pied de cinq millimètres de plus, l’ancien idole des blaugranas trouvait le petit filet du portier espagnol.

 

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Le destin jouait là un bien sale tour à Ronaldinho, pourtant bien plus habitué à profiter de ce hasard que d’en pâtir. A cinq millimètres près, Ronaldinho n’aurait pas marqué un but magnifique face à Seville il y a trois ans. A cinq millimètres près, Ronaldinho ne marquait pas un coup franc inoubliable face à l’équipe d’Angleterre lors de la Coupe du Monde. Sur tant de coup-francs, dribbles, ou autres actions, le destin avait la plupart du temps décidé d’être du côté du brésilien, alors considéré comme un véritable génie. Et personne – personne – ne s’en plaignait, hormis peut-être les défenseurs contre lesquels Ronaldinho démontrait sa magie tous les week-ends.

 

Mais ce Ronnie n’est plus. Et il serait facile de remettre tout cela au destin. Malheureusement – et même lui ne peut le nier – ce serait la un vulgaire mensonge. Comme tant d’autres génies du football – Romario, Maradona, Cristiano Ronaldo … - Ronaldinho aime la vie,, et profite de sa jeunesse. Sorties en boîtes, aventures successives, relaxation et luxure ne sont pas étrangers à la star brésilienne. Pourtant, s’il est stupide de nier que Ronaldinho a une part importante de responsabilité dans sa carrière, il le serait tout autant de dire que le monde du football ne connaissait pas la manière de vivre de Ronaldinho avant cette année.

Qu’y a t’il de mal à vouloir profiter de la vie et de l’argent que l’on a réussi à gagner ? Si ce que l’on demande de nous est toujours fait, et demeure irréprochable, il n’y a pas la moindre raison de lever ne serait-ce que le plus petit doigt. Dès lors, pourquoi fustiger cette attitude chez le numéro 10 du Barça ?

Tout simplement parce qu’à l’instar d’autres génies du football, à l’instar des Romario, Maradona ou Cristiano Ronaldo, ses performances sur le terrain ne sont pas irréprochables. Elles en sont loins. D’incroyable, éblouissant, rapide ou imprévisible, les descriptifs du jeu de Ronaldinho sont passés à pataud, lent, lourd, prévisible, et sans ambition. Pour un ancien Ballon d’Or, retomber si bas est douloureux.

Pourquoi n’y arrive t’il plus ? La question que tout le monde se pose. Peut-être était il même vain de la mentionner ici, tant n’importe quel fan du jeu de l’ancien Ronaldinho se demande ce qu’il est arrivé au nouveau pour jouer ainsi. Mais il faut la poser. Et, même si elle reste sans réponse, elle ne peut qu’être écouté. Car la carrière de Ronaldinho jusqu’il y a deux ans était peut-être l’une des plus belles du football. Une progression calme, des échelons gravis tranquillement, et des titres, aussi bien individuels que collectifs. De quoi faire rêver tout enfant de huit ans. L’on en veut souvent, à ces jeunes entrants dans le monde du football de préférer les flashs et les paillettes aux « véritables valeurs ». Mais pourtant, si nous y réfléchissons bien, nous aussi préférons voir un 4 - 4 qu’un 0 - 0. Ronaldinho était de ces joueurs qui créait véritablement un pléonasme lorsque l’on prononçait dans la même phrase « Football magique ». Car Ronnie ne pouvait faire l’un sans l’autre. Comme le Yin et le Yang, avec des joueurs comme lui, on ne pouvait s’embêter.

 

Mais, à compter de cette action ratée, et de ce but quelques secondes plus tard, ce Ronnie n’est plus. Comme tout grand joueur qui semble porter une équipe, lorsque celle-ci perd, le brésilien devient le symbole numéro un de la débacle. Il ne fut pas le seul à être mauvais. Beaucoup d’autres eurent un niveau bien trop faible pour un match de cette envergure. Mais comme cela arrive souvent dans le monde du football, l’on se souvient principalement d’un joueur comme reponsable de la défaite.. Et dans le cas présent, ce joueur, c’est sans la moindre surprise Ronaldinho. En cas de victoire, l’on se serait souvenu de son très joli dribble sur Sergio Ramos. Pourtant, l’on ne se souvient que de tous ses dribbles ratées, ses actions avortées. Ainsi est fait le football. Il faut savoir s’attendre au revers de la médaille, aussi cruel soit-il. A voir le visage de Ronaldinho lors de son départ de l’aéroport d’El Prat, rien ne semblait lui faire prévoir une telle rancœur. Et pourtant, encore une fois, aussi facile soit il de répondre ainsi : ainsi est fait le football.

 

Il paraît néanmoins intéressant de revenir au débat initial, à savoir : si le destin avait accepté de laisser une nouvelle chance à Ronaldinho, et que ce dernier avait offert la victoire au Barça lors du Clasico, Ronnie nous serait il revenu ? La machine auparavant infernale serait elle devenue divine ? Applaudissements, nostalgie, travail, applaudissements, rigueur, encore plus d’applaudissements, pour en revenir à la magie, et à l’éblouissement de tous. Aurait-ce été suffisant pour relancer un des plus vieux jeunes joueurs ? Ou alors, aurait-ce été rien d’autre qu’une illusion, qu’un nouvel espoir pour le socio du Barça de voir en ce match le retour du génie et non du joueur en Ronaldinho. Son destin dans l’aventure blaugrana est il lié à ces quelques millimètres qui lui ont manqué en ce dimanche soir ? A chacun son avis.

 

Si l’on était parti quelques secondes plus tôt, l’on n'aurait pas eu cet accident de la route. Si l’on n'avait pas eu un mauvais professeur de mathématiques, l’on ne se serait orienté vers une carrière dans le littéraire.

Certains disent que notre destin n’est fixé que par des infimes détails.

 

J’en fais parti.

 


Posté par tendaifcb
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