Article | Frank Rijkaard | mercredi 16 février 2005 à 16:10  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

La lecture de son CV impose le respect. Plusieurs fois titré aux niveaux national et européen avec l'Ajax et le Milan AC, souvent au premier plan avec les Pays-Bas, patron de la nouvelle dream team barcelonaise, Frank Rijkaard a évoqué avec FIFA.com l'actualité de la planète foot...

FIFA.com : Qu'est-ce que cela fait d'être impliqué en tant qu'entraîneur dans ce match de bienfaisance pour les victimes du raz-de-marée Frank Rijkaard : En tant que représentants du monde du foot, nous nous devions de coopérer. C'est une bonne chose. Tout le monde a été très affecté en voyant les dégâts causés. La meilleure chose à faire, c'est de montrer l'exemple en aidant ces gens. Mais il ne faut pas oublier que le but de l'opération, c'est de récolter de l'argent. Je ne vais pas faire de grands discours. Tous les joueurs savent pourquoi ils sont là.

Pensez-vous que les joueurs paient assez de leur personne pour soutenir les causes humanitaires ?

N'oublions pas que les désastres de cette ampleur sont assez rares. Là, on a pratiquement pu y assister en direct à la télévision. Cela a été un choc terrible pour beaucoup de gens dans le monde. Heureusement, ce genre de choses n'arrive pas tous les jours.

Parlons de Barcelone. Vous êtes en poste depuis un an et demi. Il y a eu des hauts et des bas. Comment avez-vous négocié ces périodes ?

Tout dépend de la situation. Quand vous traversez une mauvaise passe, vous essayez d'en sortir. Il faut travailler, d'une façon ou d'une autre. Et quand vous êtes dans une bonne période, il faut continuer à travailler et essayer d'entretenir cette dynamique victorieuse.

Vous parlez de travail. Est-ce là la clé du succès ?

Eh bien oui. Il faut se préparer, bien sûr. C'est important qu'un joueur arrive à chaque match au mieux de ses capacités mentales et physiques.

Qu'est-ce qui a été le plus difficile dans ce poste d'entraîneur du FC Barcelone, un club énorme et si particulier ?

C'est vrai que c'est un club assez particulier, mais ça, je le savais déjà. Ici, en parlant des problèmes et en s'y attardant, on ne fait que les amplifier. Si vous en parlez et si vous vous plaignez, cela n'aide pas. Il faut travailler. Travail, c'est un mot simple, mais il peut être interprété de plusieurs façons. Un entraîneur doit avoir plusieurs méthodes à sa disposition : le travail, cela peut être du physique, mais cela peut aussi consister à rendre les joueurs heureux, à leur faire prendre des risques, à les aider ou à les punir. Cela dépend vraiment de la situation. Le tout, c'est d'observer et d'essayer d'identifier dans quelle mesure votre travail pourra être le plus utile à votre équipe.

Le nom de Frank Rijkaard est associé à de nombreux succès dans le football. Vous êtes arrivé ici en tant qu'entraîneur et vous avez dû prendre tout un tas de stars sous votre responsabilité. Comment gérez-vous les ego des joueurs ?

Chacun a sa propre personnalité. Donc quand on travaille en groupe, on doit accepter les gens tels qu'ils sont. La priorité, c'est d'aider l'équipe. Les joueurs ne viennent qu'après car si l'équipe est forte, cela aidera les joueurs.

Devez-vous changer votre philosophie pour vous adapter aux joueurs et avez-vous une philosophie figée, à laquelle vous souhaitez que les joueurs adhèrent ?

Ecoutez, je trouve que 'philosophie' est un bien grand mot. C'est vrai qu'il faut avoir une méthode de travail de base, mais il y a aussi les joueurs avec qui vous jouez. La meilleure chose, c'est de choisir des idées qui leur conviennent. Par exemple, si vous êtes un entraîneur plutôt conservateur mais que votre équipe regorge de talents offensifs, la défense ne cadrera pas avec les qualités de votre groupe. Il faut chercher le juste équilibre dans l'équipe et savoir ce que vos joueurs font le mieux.

Quand vous êtes arrivé, il y avait beaucoup de Néerlandais dans l'équipe et une volonté d'apporter davantage de sang catalan. Comment avez-vous géré cela ?

Quand j'ai commencé, j'ai pris en compte la situation contractuelle des joueurs, le projet du club sur le long terme et l'état d'esprit de la maison. J'ai essayé de faire pour le mieux.

L'UEFA parle actuellement d'obliger les clubs à aligner davantage de joueurs du cru. Partagez-vous cette volonté ?

Oh oui, elle ne me pose aucun problème. Elle va a contrario de l'Europe, où tout le monde peut se déplacer, jouer et travailler librement. C'est une bonne chose qu'une équipe ait son caractère propre et la possibilité de faire monter ses jeunes joueurs en équipe première.

L'école néerlandaise a toujours investi beaucoup dans la politique de formation…

Car elle y a été contrainte. Le pays est petit. Aux Pays-Bas, on forme les joueurs puis on les vend s'ils sont assez bons. Cette politique de formation répond plus ou moins à une nécessité.

Vous avez entraîné l'équipe nationale des Pays-Bas et maintenant, vous êtes dans le football de clubs. Quelles sont les différences entre ces deux mondes ? Lequel préférez-vous ?

N'importe quel entraîneur vous dira la même chose. En équipe nationale, vous travaillez environ trois jours par mois. En club, c'est plus intense.

Trop intense parfois ?

Cela dépend. Si vous acceptez le poste, c'est que vous êtes prêt à relever le défi. C'est pareil pour l'ouvrier qui va travailler à l'usine. Il sait qu'il va se lever à telle heure et quitter à telle heure. Vous avez accepté le boulot, donc vous vous pliez à ses contraintes.

L'IFAB (International Football Association Board) va bientôt tenir une réunion (le 26 février). Si vous pouviez changer une chose dans les règles du football, laquelle choisiriez-vous ?

J'estime que la règle du hors-jeu est stupide. Jouer le hors-jeu, c'est une arme très puissante, surtout pour les équipes offensives et techniques qui veulent quitter leur moitié de terrain et presser devant. Avec la règle telle qu'elle est aujourd'hui, vous pouvez avoir trois joueurs hors-jeu, mais si le ballon va à un autre joueur, alors on considère que ces trois joueurs ne participent pas à l'action. Si après ce joueur prend la balle et centre, alors, ces trois joueurs peuvent marquer. C'est la chose la plus ridicule que j'aie jamais vue. Ça va à l'encontre de l'intelligence situationnelle du défenseur.

Pourquoi les joueurs néerlandais font-ils de bons entraîneurs ?

C'est exagéré. Regardez en Angleterre, il y a beaucoup d'entraîneurs britanniques : Souness, Hoddle, Reid, Hughes. Où voyez-vous une différence avec les Pays-Bas ? Nous sommes tous d'anciens joueurs.



Avez-vous toujours voulu vous orienter vers le métier d'entraîneur après votre retraite sportive ?

Non, on y vient naturellement.

Est-ce les sensations obtenues grâce au football qui vous ont conduit vers ce métier ?

Il y a plusieurs motivations.

Est-il difficile de déconnecter ?

C'est vrai que cette passion fait avancer. Chaque jour, il faut s'occuper de choses différentes. Cela doit être normal que cela occupe une grande partie de votre vie. Si un entraîneur est fatigué et qu'il veut se détendre, que fait-il ?
Il cherche une chaîne qui passe un match de foot. La combinaison travail - plaisir est très importante. Le travail est une chose sérieuse. Cela englobe tout ce qui va avec le football professionnel : l'argent, les supporters et la responsabilité... Mais nous avons tous commencé à aimer ce jeu quand nous étions gosses. C'est génial de faire partie de la planète foot.

http://www.fifa.com/fr/fairplay/tsunami/index/0,4052,105330,00.html?articleid=105330

Proposition : oliverbarca

Posté par barceloneman
Article lu 938 fois