En Une | Clasico Et Derby | lundi 12 décembre 2011 à 13:48  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Menés 1-0 après seulement 20 secondes de jeu, les Blaugrana ont su se relever après cette entame catastrophique, pour revenir au score, puis prendre le meilleur par KO technique et tactique sur leur éternel rival.

Les faits et le jeu


Toujours inégalés et surtout toujours vivants. Car l’enjeu de ce clasico était de taille pour la Pep Team. En cas de défaite les Barcelonais risquaient de se retrouver reléguer à neuf points des Merengues (du fait de leur match en moins), la faute à un parcours à l’extérieur jusque-là indigne du rang des champions d’Espagne et d’Europe avec 8 buts marqués pour 7 buts encaissés.
 
 

Souverain au Camp Nou (39-0), le Barça devait amorcer la reconquête de son trône solidement occupé depuis un mois par le Real Madrid en allant défier le club royal, qui restait sur 15 victoires d’affilée toutes compétitions confondues, dans son antre de Santiago Bernabeu, chauffée à blanc par la perspective de donner un coup de griffe décisif aux Blaugrana.

Il n’était donc pas seulement question de suprématie comme c’est toujours le cas dans n’importe quel clasico, mais aussi de survie, avec une équipe dos au mur qui avait tout à perdre, le Barça. L’approche du match côté Real laissait cependant entrevoir qu’il était question avant tout de suprématie. Depuis l’arrivée de Guardiola à la tête du Barça, la Maison Blanche est obsédée par la Maison Culé et sa réussite incroyable à la fois dans le jeu et dans les résultats. Quand vous avez pris l’habitude jusqu’aux années 1990 de dominer de la tête et des épaules votre grand rival en terme de palmarès et que vous avez été sacrés meilleur club du XXe siècle, entendre parler qu’il existe en Catalogne « la meilleure équipe de club de tous les temps » a quelque chose d’insupportable. Florentino Perez n’est revenu que pour arrêter ça. C’est l’obsession Merengue et cela a abouti à l’arrivée de José Mourinho l’an passé et à l’adoubement de ces méthodes parfois si contraires à l’esprit madridiste. Tout est bon pour en finir avec le règne des Barcelonais. Tout est bon pour provoquer la fameuse fin de cycle tant espérée. Surtout quand celle-ci, à la faveur de quelques faux pas barcelonais et d’une vraie progression madrilène, semble enfin à portée de main. Restait cependant au Real Madrid à confirmer son avance actuelle au classement en prenant enfin le meilleur en confrontation directe.
 
 

Car la domination barcelonaise ne s’exerce pas seulement dans le jeu et les titres. Le bilan de Guardiola face au Real avait ce match était tout simplement dingue avec une seule défaite (en prolongation qui plus est) pour 3 nuls et surtout 7 victoires dont un 5-0 et un 6-2. Au Bernabeu, Guardiola était invaincu en n’ayant concédé que deux matches nuls : la saison passée en Liga avec un partage des points qui arrangeait les culés, et cette saison en Supercoupe aller avec seulement une ou deux semaines d’entrainement dans les jambes pour son équipe.

Pour ce duel au sommet, pour la suprématie et la survie, Guardiola alignait une formation inédite mais assise sur du très classique, à savoir la défense type à quatre Alves-Puyol-Piqué-Abidal, et le milieu à trois Busquets-Xavi-Iniesta. Le changement par rapport à la saison passée était devant avec la mise sur le banc de Pedro, et surtout de David Villa, au profit des deux recrues star de l’été, à savoir Cesc Fabregas et Alexis Sanchez lesquels accompagnaient l’incontournable Leo Messi. L’organisation de départ n’était cependant pas un vrai 4-3-3 mais plutôt un 4-1-3-2 avec Fabregas dans l’axe au niveau de Xavi et Iniesta, laissant Messi et Sanchez être les seuls véritables attaquants de l’attaquant. Côté Madrid, Mourinho alignait quasiment la même équipe que celle qui avait pris une manita l’an passé, avec en tout cas le même quatuor offensif, composé d’Özil, Ronaldo, Di Maria et Benzema, soutenu par un duo Xabi Alonso Diarra (préféré à Khedira), et une défense à quatre composé de Marcelo, Ramos, Pepe, et Coentrao en arrière droit.
 
 

Sur le papier, les approches étaient claires, avec un Real ambitieux, oubliant la stratégie de démolition employée au printemps dernier avec Pepe au milieu, et un Barça offensif comme toujours mais somme toute prudent avec quatre défenseurs et surtout un milieu très renforcé en manieurs de ballon et l’absence de vrais finisseurs (si l’on excepte Messi).

De la théorie à la pratique, il ne fallait que 20 secondes au Real Madrid pour voir son idée de jeu récompensée, et notamment son pressing haut dès les premiers relanceurs catalans. Sur l’engagement blaugrana, le ballon redescendait jusqu’à Valdes, lequel après un échange avec Puyol se trouait complétement dans sa passe à Abidal. Cette bourde profitait à Di Maria, mais celui-ci se montrait maladroit, sa passe pour Benzema étant contrée par Busquets bien placé. Dans la foulée Özil reprenait de volée sans grande conviction, et le ballon dévié arrivait dans les pieds de Benzema qui profitait de l’alignement désastreux et assez incompréhensible de Piqué pour ne pas être hors-jeu et exécutait tranquillement le premier fautif, à savoir Valdes d’une reprise à bout portant imparable. 20 secondes de jeu, et 1-0 pour le Real avec ce but express, le plus rapide de l’histoire des clasico.
 

Plombés par cette entame cauchemardesque, les Barcelonais peinaient à développer une circulation de balle fluide. Face au pressing blanco, les pertes de balle surprenantes étaient nombreuses, et l’absence de maitrise criante. Le navire catalan allait-il sombrer ? Non, car les tauliers veillaient à maintenir la ligne de flottaison, à commencer à Xavi et Puyol, et à remobiliser tout le monde, y compris Valdes, dont le jeu au pied était rapidement resollicité. Surtout Messi, sur une récupération dans les pieds d’un Ramos en pleine glissade, se rappelait au mauvais souvenir du Bernabeu en étant tout proche d’égaliser d’un plat du pied gauche magnifiquement détourné en corner par Casillas. Non ce Barça, touché, bougeait encore.

Très équilibrée la rencontre se jouait au milieu avec un Real bien décidé à ne pas laisser la gonfle à son adversaire et à récupérer très haut. Malgré son quintette Messi-Xavi-Fabregas-Iniesta-Busquets, le Barça était bousculé dans la possession de balle et les transmissions, la faute à une certaine fébrilité avec pas mal d’imprécisions. Mais vu le scénario de la rencontre et l’intensité de l’engagement merengue, cette fébrilité paraissait presque comme héroïque, tout comme cette obsession de ne pas balancer et de relancer toujours au sol depuis les lignes arrière, malgré une nouvelle erreur de Valdes, cette fois-ci sans conséquence (13’).
 
 

Le quart d’heure de jeu arrivant, Guardiola décidait de chambouler son schéma tactique en demandant à Alves de monter d’un cran. Le 4-1-3-2 se transformait en 3-1-4-2, avec Busquets en véritable libero à l’ancienne, mi défenseur central, mi pivot défensif. Au milieu Fabregas, habitué à jouer les faux avants-centres, se retrouvait au niveau de Xavi dans l’axe avec Alves à sa droite et Iniesta à sa gauche tandis que Messi se positionnait juste devant avec Sanchez tout seul en 9. Une défense à trois avec un duel Ronaldo Puyol, et un milieu quasiment à six, tel était le nouveau plan mis en place par Pep pour reprendre pied dans ce match. En face le Real restait dans sa configuration en 4-2-3-1 avec un gros travail défensif de Benzema et Özil. 
 
 

Conséquence de ce réajustement tactique, le Barça améliorait sa possession de balle et sa maitrise avec davantage de solutions au milieu et une première rampe de lancement, à savoir Busquets, moins soumis au pressing car partant de plus bas. Plus fluide la circulation de balle catalane n’empêchait cependant pas le Real de se créer une énorme occasion de but, par l’intermédiaire de Ronaldo magnifiquement servi par Benzema. Heureusement pour le Barça, le Portugais manquait complétement sa frappe en ouvrant trop son pied, malgré une situation idéale à l’entrée de la surface (25’).
 
 

Cette grosse alerte ne paniquait pas le Barça mais signalait l’urgence d’une égalisation laquelle finissait par advenir à la 30’ sur une accélération plein axe de Messi qui fixait quatre Merengues avant de servir Sanchez dans la profondeur ; lequel devançant Pepe et Coentrao s’en allait croiser sa frappe et battre Casillas (1-1, 30’).

Soulagement côté catalan et large sourire pour Guardiola qui voyait ses choix payer, que ce soit la réorganisation à trois derrière ou sa décision peu évidente au coup d’envoi de préférer Sanchez à Villa. Avec 58 % de possession de balle, le Barça était à nouveau pleinement dans son match, tandis que le 3-1-4-2 se transformait en 3-1-3-3 avec un Alves positionné véritablement en tant qu’ailier. Tout n’était cependant pas parfait avec toujours des difficultés à relancer proprement et surtout des pertes de balle encore un peu trop nombreuses au milieu. L’orage était cependant passé et la maitrise collective catalane commençait être de plus en plus criante avec une ligne de récupération plus haute qu’en début de match et globalement un jeu se déroulant dans la moitié de terrain madrilène.
 

Les occasions barcelonaises étaient cependant moins nombreuses que les fautes madrilènes, et l’arbitre après avoir averti Messi pour contestation était tout proche de sortir un second jaune pour un tacle en retard au milieu sur Alonso (44’). Mi-temps.

Au retour des vestiaires, les organisations et les joueurs ne changeaient pas. De même que la physionomie avec un Barça globalement dominateur mais pas souverain. Ce qui ne changeait pas non plus c’est le non match de Cristiano Ronaldo, lequel après avoir manqué le but du 2-0 en première mi-temps gaspillait coup sur coup deux coups franc bien placés (50’).

On a coutume de dire que la réussite se provoque, et c’est ce qui se produisait à la 53ème minute lorsqu’à la suite d’une longue séquence offensive des Catalans, le ballon revenait sur Xavi qui reprenait de volée à l’instinct un ballon que Marcelo lui aussi à l’instinct déviait hors de portée d’Iker Casillas, impuissant. Ce deuxième but éminemment chanceux de la part des Barcelonais (1-2, 53’) portait un coup très dur au Real, lequel deux minutes plus tard ne profitait pas de la troisième mauvaise relance de la soirée de Valdes (55’).
 
 

Moins bien en place tactiquement, coupé en deux avec des offensifs visiblement incapables de renouvellements les efforts de la première mi-temps, le Real commençait à perdre les pédales et le fil de son match. Kaka remplaçait un Özil fatigué et invisible depuis la reprise, tandis que Sanchez servi par Messi se heurtait à Casillas (62’). Plus proche de sombrer que de sortir la tête de l’eau face à ce temps fort blaugrana, le Real se voyait néanmoins offrir une occasion en or de revenir dans le match. Mais Ronaldo, oublié par la défense, manquait inexplicablement le cadre sur sa tête (65’). 
 
 

Le football de très haut niveau se joue sur des détails, et le Barça en plus d’avoir désormais la maitrise globale du ballon et des débats s’appliquait justement à ne pas gâcher les opportunités s’offrant à lui. Ainsi une minute après le raté de Ronaldo, Iniesta amorçait un contre poursuivi par Messi qui décalait Alves dont le centre impeccable trouvait au second poteau la tête plongeante de Fabregas. 3-1 !

KO le Real de Mourinho tentait bien d’ajouter un joueur de surface en la personne de Higuain (pour Di Maria), mais c’est le Barça qui conservait la main avec plusieurs offensives intéressantes mais mal ajustées, notamment un trois contre trois mal géré par Alves (72’) et une tête de Xavi juste à côté sur un nouveau centre d’Alves (75’)
 
 

Madrid ne s’avouait pas encore vaincu mais cela y ressemblait de plus en plus, d’autant que Benzema n’accrochait pas le cadre (75’) et que Valdes sortait en toute hétérodoxie la frappe de Kaka (84’). Guardiola apportait un peu de sang frais avec Keita pour Fabregas et Villa pour Sanchez, tandis qu’Iniesta grandiose en seconde mi-temps s’amusait sur le côté gauche à écœurer Khedira et surtout Coentrao. Le Barça jouait cependant mal les coups en attaque et raté le quatrième but à plusieurs reprises (86’ avec Iniesta, 87’ avec Villa, 88’ avec encore Iniesta). Dans ces dernières minutes, le Barça marchait sur un Real abattu et résigné. Il n’y avait plus qu’une seule équipe à Bernabeu, celle tout de bleu et grenat vêtue.
 
 

Le match pouvait s’achever avec la sortie d’Iniesta pour Pedro et un dernier coup franc mal négocié par CR7.

Le Barça l’a donc à nouveau emporté face au Real. La différence soyons en sûr n’a pas été abyssale entre les deux équipes. Mais comme en 2010, lorsque les catalans s’étaient imposés 2-0 au Bernabeu avec des buts de Messi et Pedro, il semble qu’un monde sépare encore Barcelone et Madrid. Là où le Barça a su se relever de son entame catastrophique, le Real a plongé une fois mené au score. Le Barça a plus de talent, notamment au milieu ou l’alliance Busquets-Xavi-Iniesta-Messi et maintenant Fabregas lui assure une maitrise impossible à contester, mais il a surtout un mental à tout épreuve, à commencer par son gardien, lequel malgré ses erreurs a continué coute que coute à relancer dans les pieds. Les Catalans ont un plan de jeu, toujours le même : avoir le ballon, et le faire vivre en passes courtes et au sol. Sur cet axiome de base, se greffent ensuite des schémas de plus en plus évolutifs avec une défense à trois performante (merci Puyol !) et une ligne d’attaque déconstruite où les joueurs vont et viennent. Virtuellement toujours en retard sur son adversaire du soir au classement, le Barça s’en est allé à Madrid remporter une triple victoire : technique tout d’abord, tactique ensuite et enfin mentale. Cette dernière n’est sans doute pas la moins importante. C’est un cycle de plusieurs décennies que le Barça est en train de balayer, celui de l’éternel complexe d’infériorité face au grand rival. C’est désormais Madrid qui a un problème avec Barcelone. Plus l’inverse.
 
 


Les joueurs


Valdes : 4
Une bourde monstrueuse dès la dixième seconde, et deux autres petites boulettes par la suite. Il n’a cependant jamais craqué complétement, continuant de jouer au pied sans que le ballon ne le brûle complètement. Une parade importante mais un peu chanceuse sur la frappe de Kaka en fin de match et plusieurs sorties au poing qui ont fait du bien sur corner.

Alves : 7,5
D’abord positionné arrière droit, il est ensuite monté au milieu puis en attaque dans le cadre d’une profonde réorganisation tactique. Techniquement plutôt à l’aise dans un match où les pertes de balle ont été anormalement nombreuses, le Brésilien a délivré un magnifique centre sur le but de Fabregas tout en étant un poison pour Marcelo dans le couloir.

Puyol : 7,5
On ne sait pas s’il est capable de jouer tous les matches d’une saison à ce niveau, mais une chose est sûre, il est indispensable dans les grands matches. Ultra concentré, il a parfaitement muselé Ronaldo, et comblé les différentes brèches dans la défense, même si Benzema ou Kaka l’ont parfois mis en difficulté.

Piqué : 6
Son comportement sur le but du Real est incompréhensible, puisqu’en restant 10 mètres derrière tout le monde, il permet à Benzema de ne pas être hors-jeu. Deux grosses fautes sur Ronaldo dont l’une non sifflée. Pour le reste il rendu une copie acceptable.

Abidal : 7
Solide, le Français a toutefois eu du mal à contenir les assauts de Di Maria et Özil en début de match. Match beaucoup plus tranquille après le repos.

Busquets : 8
L’une des clefs de la victoire blaugrana. Tout d’abord un mot sur sa sérénité et sa justesse technique. Ce type a une maitrise et un sang-froid tout simplement glaçants. Cela a été décisif pour se sortir du pressing adverse, surtout une fois le passage à trois défenseurs dans un schéma où le rôle de Busquets en libéro du milieu de terrain était déterminant. Grand match.

Xavi : 7
Un but chanceux, mais surtout une présence constante dans l’entrejeu pour répondre au défi madrilène. A tenu bon en première mi-temps avant de dérouler par la suite.

Iniesta : 7,5
Une première mi-temps discrète, avant un second acte flamboyant de maitrise technique. Il a été virevoltant au milieu face à des Merengues écœurés par tant de maestria. Son incapacité totale à faire les bons choix dans les 25 derniers mètres ternit toutefois sa prestation.
Remplacé en toute fin de match par Pedro.

Fabregas : 7
Nettement moins en vue que ces deux compères, l’ancien gunner a néanmoins été décisif, malgré son positionnement assez bas, en offrant le troisième but à son équipe. Il lui manque encore un peu de bouteille dans cette équipe pour être complétement épanoui. Cela viendra.
Remplacé par Keita qui a assuré son rôle au milieu sans frémir.

Messi : 7,5
Il n’a pas fait un match monumental, mais sa capacité à fixer trois joueurs adverses a fait merveille que ce soit sur le premier ou le troisième but. Plus meneur de jeu qu’attaquant, l’Argentin a beaucoup œuvré pour le collectif. C’est cette capacité à guider le jeu qui en fait de loin un joueur plus complet que Ronaldo.

Sanchez : 7
Un but plein d’adresse et une activité débordante malgré un certain isolement. Il a justifié la confiance placée en lui par Guardiola au coup d’envoi en remplissant parfaitement son rôle d’attaquant.
Remplacé par Villa en fin de match qui a eu quelques opportunités de se mettre en valeur.
 
 


Fiche technique


Real Madrid : Iker Casillas ; Coentrao, Pepe, Ramos, Marcelo ; Xabi Alonso, Lass (Khedira, min.63), Özil (Kaká, min.58) ; Di María (Higuaín, min.68), Cristiano, Benzema.
FC Barcelone : Víctor Valdés ; Alves, Piqué, Puyol, Abidal ; Busquets, Xavi, Iniesta (Pedro, min.89) ; Alexis (Villa, min.84), Cesc Fábregas (Keita, min. 78), Messi.
Buts : 1-0. Min.1. Benzema. 1-1. Min. 30. Alexis. 1-2. Min. 54. Xavi. 1-3. Min. 66. Cesc.
Arbitre : David Fernández Borbalán.
Avertissements : Xabi Alonso (26'), Lass (61'), Pepe (62'), Sergio Ramos (69') ; Alexis (27'), Messi (36'), Piqué (48').
83.500 spectateurs.

Posté par javito
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