En Une | Liga | lundi 18 avril 2011 à 01:54  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

En ramenant le nul de Bernabeu, le Barça a fait un très grand pas vers le titre de champion : avec 8 points d’avance plus la différence de but particulière, il apparait désormais hors d’atteinte. Place à la Copa...

Les faits et le jeu


C’était le premier des quatre clasico. Le moins déterminant aussi. La faute à un Barça trop fort en Liga qui disposait au coup d’envoi de 8 points et d’une différence de but particulière de +5 grâce au match aller. Un gouffre. D’autant plus que Madrid doit encore se déplacer à Valence, Séville et Villarreal lors des six dernières journées quand le Barça n’a plus que l’Espanyol au Camp Nou comme adversaire d’envergure. A partir de là, l’enjeu de ce clasico était difficile à jauger. Côté Catalan, l’idée était avant tout de ne pas perdre afin de conserver à la fois l’avance au classement et de ne pas laisser s’installer un début d’euphorie au Real sur le mode du « Yes we can ». Côté Madrid, on peut dire que l’idée était à peu près identique, une victoire ne servant pas à grand-chose étant donné la configuration au classement, si ce n’est à laver l’affront de la Manita. Mais on sait tous que la seule chose qui pourra effacer cette tâche, la liga étant perdue, c’est d’éliminer le Barça au Camp Nou en Ligue des Champions en rééditant le coup de l’Inter l’an passé. La Manita avait servi aux culés à expier la folle course de Mourinho sur la pelouse barcelonaise en C1, et l’on se dit qu’il n’y a qu’une nouvelle course du coach portugais qui pourrait faire oublier à la maison blanche les rougeurs infligées par Xavi, Pedro Villa et Jeffren en novembre dernier.
 
 

Les compositions des deux équipes s’avéraient surprenantes, enfin surtout celle de Barcelone avec la présence du capitaine Puyol, absent depuis deux mois, et rétabli officiellement depuis la veille. Officiellement. Car on peut aussi penser que Guardiola avait fomenté son coup depuis quelques jours déjà. A l’heure où tout le monde voyait le bloc défensif du Barça décimé, voilà que Pep alignait son trio axial type, Puyol-Piqué et Busquets en pivot. De fait c’était quasiment la même équipe que celle de la Manita, Abidal en moins remplacé par le plus en plus convaincant Adriano. Côté Madrid, tout le monde s’attendait à un triple pivot et donc à la disparition d’un créatif. Ozil était la victime, car moins à l’aise que Di Maria pour défendre sur les côtés, tandis que l’heureux gagnant était Raul Albiol aligné en défense centrale avec Carvalho du fait de la présence de Pepe au milieu. Point de Marcelo au milieu comme annoncé un peu partout, mais seulement derrière. Le plan sur le papier était assez clair : Pepe devant la défense pour empêcher Messi, Iniesta et Xavi de rendre fou Khedira et Alonso comme à l’aller, et Di Maria à gauche pour aider Marcelo à défendre sur Alves, Ronaldo occupant le couloir droit et Benzema l’axe de l’attaque. Une stratégie en béton pour éviter de prendre l’eau. Pour ceux qui en doutaient, l’heure n’est plus au romantisme côté Merengues, mais au réalisme : Madrid ne souhaite plus contester la supériorité dans le jeu du Barça, mais simplement le résultat de cette supériorité. Mourinho a été pris pour cela. Non pas pour redonner au Real son lustre et sa classe, mais pour arrêter le Barça coute que coute.
 
 

Le début de match était conforme aux attentes du papier : un Madrid ultra attentiste face à un Barça ronronnant. Etrange configuration néanmoins que de voir les Blaugrana autant monopoliser le ballon à Bernabeu (75 % après le premier quart d’heure, 71 % à la mi-temps). Messi se balade un peu partout comme à son habitude, d’autant plus que Pepe est particulièrement présent dans l’aspect défensif, tandis que Piqué est placé en central gauche pour défendre en second rideau face à Ronaldo, soit le choix exactement inverse du premier clasico où Puyol avait continuellement suivi l’éphèbe portugais en couverture. 

Le round d’observation s’éternise. Le Barça fait mumuse avec le cuir dans le rond central, sans véritable pression des locaux, ce qui le don de faire s’impatienter le Bernabeu. Les consignes de Mourinho sont parfaitement respectées : un pressing sur le porteur seulement à partir de la ligne médiane, des prises à deux systématiques mais qui alternent, et une réduction de l’espace maximale entre la ligne de défense et celle du milieu avec un Pepe en gendarme. De fait le match s’avère assez ennuyeux. Le Barça qui se contenterait bien d’un nul ne se sent pas l’ardente obligation d’aller assiéger la cage de Casillas, mais davantage celle de ne pas perdre le ballon et de ne pas s’exposer aux contres. Ce qui donne des séquences de passes à dix relativement interminables avec beaucoup de liberté pour Piqué et Busquets qui font davantage office de gestion que de préparation. Les deux équipes défendent, l’une avec le ballon l’autre sans.
 
 

Il faut attendre la fin du premier quart d’heure pour avoir un premier frison avec un coup franc de Ronaldo bien capté par Valdes, auquel le Barça réplique une poignée de minutes plus tard avec une tentative manquée de lob de Messi sur Casillas suite à une ouverture lumineuse d’Iniesta qui venait conclure une séquence de deux minutes et 47 passes (sic).

Le match semble alors enfin lancé. Mais c’est Madrid grâce à son jeu ultra vertical qui se montre le plus concret avec une série de corners dont l’un est repris de la tête par Ronaldo juste au-dessus (23’). Bousculé le Barça remet un peu les gaz, juste de quoi offrir à Villa un duel avec Casillas (26’). Le gardien de la Roja fauche dans son plongeon l’attaquant des Asturies. Pénalty ? Non selon l’arbitre. Oui selon tous les observateurs, y compris As et Marca (sic). L’arbitre préfère au final avertir Piqué pour contestation, soit le second avertissement pour le Barça après Adriano. La demi-heure de jeu se profile, tout comme le premier carton madrilène (Marcelo pour une main), quand intervient une situation très chaude pour Madrid : suite à une intervention de Busquets sur Ronaldo, le ballon revient dans les pieds de Marcelo qui se lance dans un mini rush qui entraine toute la défense et libère l’espace pour CR7, lequel servi s’apprête à armer dans la surface. Heureusement, Adriano, vigilant intervient, et Valdes après un billard avec Piqué peut se saisir du ballon (34’).
 
 

Avertissement sans frais auquel réplique inévitablement Messi à la 44ème minute après un triangle avec Iniesta et Villa, mais Casillas est sur la trajectoire de la frappe de l’Argentin. Et alors qu’on allait en restait là, Adriano sauvait sur sa ligne une tête de Ronaldo suite à une remise visiblement travaillée à l’entrainement de Ramos sur corner (45’).

Match nul au tableau d’affichage et niveau des occasions.

La seconde mi-temps démarrait comme la première avait débutée, avec ce même refus du jeu de Madrid, pourtant à domicile, et cette même absence de risque et d’initiative de la part du Barça, trop heureux visiblement de se voir laisser la possibilité de faire des petites passes à 50 mètres de la zone de vérité. Le Real poursuit son plan de jeu : d’abord bien défendre et ensuite on verra.

Et ce qu’on voit c’est un coup franc splendide de Ronaldo sur la base extérieure du poteau de Valdes. Pas veinard le Portugais (50’). Sa malédiction contre le Barça semble se poursuivre, tout comme la veine de Guardiola, qui a gagné ses 5 clasico en tant qu’entraineur, puisque dans la foulée, Busquets balançait une ouverture anodine vers Villa qui se concluait en pénalty, du fait d’un placement catastrophique d’Albiol, pris par le rebond et la vivacité de l’attaquant culé et auteur d’une main et d’une cravate qui ne pouvait cette fois-ci laisser aucun doute à l’arbitre, lequel appliquait même la double peine avec un carton rouge. Mourinho riait jaune sur le banc lui qui a encore cette semaine annoncé que ses équipes finissaient souvent à dix face au Barça. C’est sûr que lorsqu’on ne fait que défendre, on s’expose à ce genre de chose. Messi avec sang-froid exécutait la sentence : 1-0, avec un joueur en plus, Barcelone en plein Madrid s’ouvrait la voie royale vers son 21ème titre de champion d’Espagne.
 
 

La suite était une reconfiguration des deux armées avec les entrées d’Ozil pour Benzema (57’) puis Adebayor et Arbeloa pour Di Maria et Xabi Alonso (66’). Pepe pouvait ainsi conserver son rôle si stratégique au milieu, Ramos prenant l’axe de la défense, tandis que Ronaldo, Ozil et Adebayor étaient chargés d’entretenir la flamme devant. Côté Barça, Guardiola s’activait également, en faisant sortir tout d’abord Puyol pour Keita, ce qui impliquait le passage en défense de Busquets. Curieuse sortie que celle de Puyol, qui trente secondes avant de réclamer la civière galopait encore comme une antilope. Il est permis de penser que le capitaine a joué la précaution au maximum en vue de mercredi, de même qu’il a joué la montre. La suite du coaching consistait en l’entrée d’Affelay à la place de Pedro, encore un peu juste physiquement (66’). Entre temps, Xavi avait expédié une merveille de frappe enroulée sur le sommet de la barre transversale (62’). Il s’agissait cependant de la seule vraie occasion catalane qui malgré sa supériorité numérique ne semblait pas presser de corser l’addition et d’assurer la victoire. Suffisance ? Volonté de s’économiser ? Le moins que l’on puisse dire c’est que le frein à main, que l’on avait déjà vu à l’œuvre depuis l’entame de la rencontre semblait encore plus serré. Très peu de verticalité, la recherche souvent à l’excès de la passe facile plutôt de la passe pertinente, bref un Barça au petit trot, et donc toujours pas à l’abri d’un retour madrilène, chose que Pepe, décidément partout, se chargeait de rappeler en ratant sa reprise du pied au second poteau suite à un nouveau corner (65’). Message aux Catalans pour mercredi : attention aux remises du second poteau vers le premier sur corner !
 
 

Les vingt dernières minutes étaient marquées par quelques timides offensives barcelonaises mal exploitées par Villa (notamment 71’ après un beau déboulé de Messi) et surtout par l’égalisation de Madrid sur un pénalty généreux mais pas scandaleux transformé par Ronaldo (81’) suite à un tacle d’Alves sur Marcelo. A l’origine de tout ça, une mésentente Busquets et Xavi dans la relance plein axe, parfaitement exploitée par ce diable d’Ozil, tranchant depuis son entrée. A noter que l’arbitre préférait sortir le jaune à Valdes pour contestation plutôt qu’à Alves pour son tacle, et ce à la fureur de Mourinho sur le banc qui réclamait un second avertissement pour le latéral droit barcelonais, qui venait d’être averti trois minutes auparavant. C’est un complot on vous dit !
 
 

La fin de match voyait le Barça, quelque peu vexé de s’être fait rejoindre, pousser un peu plus ses coups, mais sans grande conviction malgré tout (deux duels « manqués » de Villa face à un Casillas très vigilant dans ses sorties). De son côté le Real, boosté par son égalisation, alternait les fautes (notamment Pepe sur Keita puis Busquets) et les tentatives de contre assassin (notamment avec Ozil pour une finition manquée de Khedira). On en restait cependant là avec un résultat dont les deux équipes pourront sans doute tirer avant tout des satisfactions : le Real qui souhaitait surtout ne pas perdre pour se rassurer après la Manita n’a pas perdu et a même réussi à revenir au score à 10 contre 11 en profitant de la satiété catalane ; le Barça qui souhaitait avant tout conserver son avance de 8 points repart de Madrid avec le titre quasi en poche et ce sans avoir trop forcé avec une possession de balle historique pour un déplacement à Bernabeu mais cependant le regret d’avoir laissé échapper une victoire à sa portée. Le Barça a néanmoins confirmé sa supériorité, mais on le sait ce ne sont pas toujours les meilleurs qui gagnent. Et Mourinho a tout miser la dessus.
 
 

Il était entendu que ce premier round n’était qu’un tour de chauffe. On avait glosé sur son impact psychologique, mais à moins d’un carton dans un sens ou dans un autre, qui aurait pu croire qu’une défaite ou une victoire aurait eu de grandes conséquences sur la suite ? Autres matches, autres compétitions, autres enjeux. Les compteurs auraient de toute façon été remis à zéro. Seuls les acteurs seront les mêmes.


Les joueurs


Valdes : 6,5
Un bon match globalement. Solide sur sa ligne et dans son jeu au pied.

Alves : 6
Un match timide. Bien bloqué par la prise à deux de Marcelo et Di Maria, il a peu trouvé le relais de ses coéquipiers ou les espaces. Auteur de la faute qui donne le pénalty avec un tacle en retard qui n’était pas forcément nécessaire. S’en tire bien de n’avoir pas été expulsé.

Puyol : 7,5
Quelle rentrée ! Une présence incroyable pour un match de reprise. Remplacé par Keita qui a pris place devant la défense.

Piqué : 7
Il a haussé son niveau de jeu à la hauteur de l’évènement notamment en première mi-temps où il retrouvait son compère Puyol. Moins impérial en seconde mi-temps avec encore quelques mésententes avec Busquets.

Adriano : 7,5
Un très gros match. Il sort deux ballons de buts de CR7 et a globalement rendu une partition très solide. Une vraie satisfaction quand on se rappelle de ses prestations cataclysmiques de cet hiver dans l’autre couloir (notamment contre le Betis en Copa). Maxwell a définitivement perdu sa place. Mais des douleurs pour Adriano en fin de match lui ont quand même permis de gouter à la pelouse madrilène avec le résultat habituel : une prestation insipide et peu rassurante. Heureusement que ça n’a duré que 10 minutes

Busquets : 6
Il a régalé au milieu de terrain, malgré un jeu pas toujours au top. Néanmoins c’est ce jeu long qui amène le pénalty avec un maximum de réussite. N’a pas convaincu après son replacement en défense.

Xavi : 6
La verticalité de son jeu a souffert de la densité madrilène. Du coup il s’est contenté d’un jeu de proximité sans grandes prises de risques. Un peu le symbole de l l’attentisme gestionnaire des Catalans. Perd le ballon qui amène l’égalisation (même si Busquets est coresponsable sur le coup avec une passe toute vilaine).

Iniesta : 6,5
Un peu plus d’allant et de verticalité que son compère. Curieusement on l’a plus vu à 11 contre 11 qu’à 11 contre 10.

Pedro : 5,5
Physiquement il n’est pas encore au top et cela s’est vu dans sa capacité à répéter les courses. Peu en vue.
Remplacé par Affelay qui s’est enfermé dans des solos sans grand intérêt.

Messi : 7,5
Il a signé les principales occasions, ainsi que le but sur penalty Il s’est globalement pas mal débrouillé face à bloc madrilène, en bougeant beaucoup. 

Villa : 5,5
Il amène le pénalty, mais dans l’ensemble sa prestation a été décevante : des frappes sans conviction et imprécises, un jeu avec ballon assez brouillon, et des appels de balle souvent trop compliqués pour être servis.


Fiche technique


Real Madrid : Casillas; Sergio Ramos, Raúl Albiol, Carvalho, Marcelo; Pepe, Khedira, Xabi Alonso (Adebayor, m.66); Di María (Arbeloa, m.66), Cristiano Ronaldo, Benzema (Özil, m.57).
Barcelone : Valdés; Alves, Puyol (Keita, m.57), Piqué, Adriano (Maxwell, m.80); Busquets, Xavi, Iniesta; Pedro (Afellay, m.66), Messi, Villa.
Goles: 0-1, m.53: Messi, de penalti. 1-1, m.82: Cristiano, de penalti.
Arbitre : Muñoz Fernández.
Avertissements : Marcelo (31), Arbeloa (76) ; Adriano (9), Piqué (26), Álves (78), Valdés (81), Xavi (90).
Expulsion : Raúl Albiol (52).
79.500 spectateurs.

Posté par javito
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