Article | Cruyff | mercredi 11 février 2009 à 05:38  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Seulement ceux qui n'ont pas été sportifs peuvent affirmer aussi facilement que le Barça va obtenir le triplé. Dix années sans atteindre la finale de la Copa n'est-il pas une durée suffisante pour évaluer la difficulté de l'entreprise ?

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Avec celle d'hier contre le Sporting Gijon, le Barça a disputé 11 rencontres en 5 semaines. Fatigués les joueurs ? L’équipe parait plus ou moins asphyxiée, mais dispose plus de tête que de jambes. Les 15 prochains jours avec une seule rencontre à disputer par semaine feront un grand bien au Barça, et cela autant sur le plan physique que mental.

En effet, depuis Noël, l’équipe n’a fait que gagner, le plus souvent en enchainant les buts, éloignant tous ses rivaux en Liga. Et en copa elle a éliminé l’Atletico, puis a fait la même chose avec l'Espanyol et Majorque.

Si elle gagne contre le Betis et l'Espanyol, il ne manquera plus alors qu’à atteindre le même objectif contre Lyon, si tout va bien. Si gagner est compliqué, le faire en inscrivant autant de buts est exceptionnel.

Seulement ceux qui n'ont pas été sportifs peuvent affirmer aussi facilement que ce Barça va faire le triplé. En plus de cent années d'histoire, seulement deux Coupes d’Europe des clubs Champions. Et seulement quatre doublés Liga-Copa.

Être à un pas de la finale de la Copa parait le plus normal du monde. N’oublions pas un détail : 11 années se sont écoulées depuis sa dernière finale de Copa. Dix années n'est-il pas un temps suffisant pour évaluer la difficulté de l'entreprise ? Je ne sais pas si le Barça arrivera à atteindre la  finale de la Champions League. Mais par contre, uniquement une catastrophe l’empêchera d’atteindre celle de la Copa. Tout comme selon toute vraisemblance il terminera champion. Pour moi, être sur la photo de l’équipe en possession de la coupe n'est pas le succès définitif, mais le fait d’être arrivé en finale. C'est un signe que tu as très bien fait les choses. Perdre une finale n'est pas un échec. Comme un sportif sait que sa seule envie est de la gagner.

 

L'exemple de Nadal

Il y a  peu de jours, Rafa Nadal a gagné l’Open d’Australie. Aucun tennisman espagnol ne l'avait fait avant lui. Le Majorquin a gagné quatre Roland Garros et un Wimbledon, et sortir vainqueur à Melbourne ressemble un peu à ce qui entoure le Barça cette saison. L'équivalent pour Nadal des nombreuses victoires consécutives du Barça avec toujours plus de buts à la clé serait: "il te manque l’Open des EU, gagne-le!". Le triplé pour le Barça équivaut pour Nadal au Grand Chelem dans l’année. Combien de tennismen l’ont-ils fait dans l’histoire ? On peut les compter sur les doigts d'une main. Je vous assure que Nadal évalue une finale comme ce qu'elle est : un énorme succès. Il peut la gagner ou la perdre mais il sait que seulement deux arrivent à y accéder, et qu'y être signifie que tu as très bien fait les choses.

Le classement dit que Nadal est le numéro un mondial mais, comme sportif, le Majorquin sait deux choses : le Numéro un peut perdre contre les dix, les 20 ou même les cent premiers mondiaux. Et que, dans une rencontre sportive, tous les détails comptent. Si Federer avait gagné en Australie, parlerions-nous d'un échec de Nadal ?

Le gamin est aussi bon dans son domaine que le Barça l’est cette saison, et il soulève tellement d'attentes que je crains qu’on ne reconnaisse son succès qu'en triomphant dans les finales.

Le pauvre, s’il arrive en finale de Roland Garros et qu’il ne la remporte pas pour la cinquième fois ! La pression est énorme et il est seul à la supporter.

Au Barça, le fait d’être une équipe fait que l’on est plusieurs à la supporter.

C’est pour ça que j’ai dit tout à l’heure que l’équipe paraissait plus ou moins asphyxiée, oui, mais en avait plus dans la tête (mental) que dans les jambes.

 

Les ressources de Messi

En parlant de jambes, j’ai remarqué un détail sur Messi la semaine dernière contre Santander que je tenais à vous faire remarquer : les deux buts qu'il a marqués l’ont été avec son pied droit, sa mauvaise jambe. Messi a beaucoup de qualités, mais il est jeune et cela implique qu'il peut encore accumuler de l’expérience. Contre Santander il a déjà effectué un pas en avant.

Je sais déjà qu'il se débrouille à merveille avec le pied gauche. Mais, selon comment le ballon t’arrive ta mauvaise jambe se met parfois à être la bonne. L'exécuter sans penser te transforme en ambidextre et, donc, d’être un meilleur footballeur. Tu agrandis l'éventail de tes ressources  et passes de surprendre beaucoup à surprendre encore plus. Ses deux buts ont été inscrits du pied droit, oui, mais avec une technique différente.

Le premier l’a été avec l'intérieur du pied, en la poussant du creux, doucement. Il avait le corps orienté pour le faire ainsi et n’a pas cherché là s’arrêter pour se repositionner tout de suite sur à sa bonne jambe. Il a profité du peu d'espace dont il disposait.

Pour le second, la position du corps est totalement différente. Déséquilibré, incliné et portant le ballon avec la poitrine pour éliminer un adversaire. Le ballon était bon pour un droitier mais mauvais pour un gaucher comme Messi. Sa mauvaise jambe est devenue la bonne et il a su l'exécuter --par sa frappe et son placement-- comme s’il avait été droitier.

Il s’agit simplement de deux buts (qui ont donné les trois points à son équipe), mais pour moi ils sont beaucoup plus que cela. Par rapport à la saison passée, et même par rapport à ce que nous l’avons déjà vu faire cette année, il s’agit d’un grand pas en avant.

Je sais déjà que Messi peut inscrire un but à la suite d’un slalom impossible de plusieurs dizaines de mètres. Mais cela, il le fait régulièrement. En revanche, de près ou en marchant, son talent peut se traduire autrement et apporter encore plus à l'équipe. D’autant plus que tu te convaincs que tu peux le faire des deux côtés. Si avec une jambe tu fais peur à tes adversaires, en utilisant les deux avec plus ou moins la même aisance tu deviens alors tout à fait imprévisible. Et c'est pourquoi tu seras encore plus difficile à marquer.


Source: Las claves de Johan Cruyff

Posté par GreGoL
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