Chronique | Liga | lundi 12 janvier 2009 à 04:43  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Menés 2 à 1, les blaugranas ont su trouver les ressources pour revenir au score et l'emporter. 8ième victoire consécutive à l'extérieur...

Les faits et le jeu

À première vue, l'affiche paraissait totalement déséquilibrée: entre un Barça impérial sur tous les tableaux et un Osasuna lanterne rouge de la Liga (13 points en 17 rencontre et seulement 2 victoires en poche), il n y avait à priori pas photo... à priori.
Pep Guardiola, en fin connaisseur des arcanes du football qu'il est, avait vu venir le coup. Le boss catalan, un pragmatique convaincu, refuse en effet de céder à l'euphorie ambiante qui règne en Catalogne. Interrogé sur un éventuel triplé de ses hommes cette saison, l'homme fort du barcelonisme ne perd pas une occasion de modérer ses joueurs et répond sèchement: "en 109 ans d'histoire, aucune équipe du Barça ne l'a jamais décroché."

Sur le terrain, c'est un tout autre scénario auquel ont eu droit les supporters des 2 équipes, un scénario qui rend hommage aux 2 équipes et au football moderne de manière plus générale.

18 ième journée donc, avec le premier en déplacement chez le dernier. Guardiola, une fois de plus, reste fidèle à ses principes de rotation et aligne une équipe largement remaniée par rapport à la rencontre précédente. Seulement 5 joueurs titulaires au Vicente Calderon étaient reconduits ce soir. En défense, confiance est accordée au quatuor Abidal-Puyol-Piqué-Alvès. Dans l'entrejeu, les clés de la maison sont confiées au trio Busquets-Xavi-Keita tandis que devant, Henry est préféré à Iniesta. Messi et Eto'o l'accompagnent à la pointe de l'attaque.

Le match débute dans des conditions météréologiques difficiles avec au menu froid sibérien et épais brouillard. Malgré cela, les catalans  commencent leur rencontre comme à l'accoutumée, à savoir en  s'installant rapidement dans le camp adverse.
Logiquement, la première occasion ne tarde pas à arriver et elle est signée Messi: l'argentin entame une jolie accélération mettant dans le vent 2 défenseurs avant de tirer. Manque de chance, le poteau droit décide de s'en mêler...
2 minutes plus tard, un Henry très en jambe crochète puis place une frappe dans un angle fermé mais le ballon est repoussé par un Roberto vigilant.

célébration fc barcelone

On pense que l'ouverture du score ne saurait tarder mais c'était se méprendre sur la volonté de Camacho et de ses hommes d'en découdre avec le leader de cette Liga. Les joueurs de Pampelune pratiquaient un football décomplexé et défendaient bec et ongles leur territoires. Peu dangereux en contre, les hommes de Camacho affichaient en revanche une défense de fer, eux qui disposent de la 7ième meilleure défense de cette Liga. Offensivement, ils ne parvenaient à s'illustrer qu'une seule fois lorsque, à la réception d'un centre côté gauche, Pandiani plaçait une tête que Valdés parvenait à bloquer sans trop de difficultés (41').
Alors que la première période est sur le point de s'achever, Messi et Eto'o décident de sortir de leur tanière: le premier place une folle accélération avant de servir le camerounais aux 18 mètres. Le lion rugit pour la 16ième fois de la saison en Liga à la suite d'une frappe croisée limpide à raz de terre.1-0 (44').

Au retour des vestiaires, la situation est toujours inchangée avec un Barça qui campe résolument dans la moitié de terrain adverse. Keita d'une belle frappe qui finit sur le poteau puis Henry sont sur le point de doubler la mise.
Bien que maîtres du cuir, les blaugranas ont quand même sensiblement diminué leur vigilance or un Barça peu attentif est un Barça qui paie cash ses erreurs.
Cette fois encore, il n y a pas eu d'exception et comme la tradition le veut, c'est sur coup de pied arrêté (le talon d'achille historique des azulgranas) que l'égalisation est survenue. Sur corner, Flano saute plus haut qu'Alvés (pas difficile me direz-vous) et d'une tête bien ajustée lobe Valdés. 1-1 (63').
Les 10 minutes qui s'ensuivent rappelent étrangement la fin de l'époque Rijkaard avec un Barça qui s'écroule complètement dès que son adversaire recolle  au score. En effet, ce but, au lieu d'agir comme un électrochoc, ramollit davantage les troupes blaugranas qui semblent perdues sur le terrain.

En face, Osasuna a bien senti le coup et place un coup d'accélérateur, récompensé par un second but. Portillo se joue de la vigilance d'Abidal côté gauche et place un centre dans l'axe que Pandiani reprend de volée. 2-1 (72').
Les barcelonais ont payé au prix fort ce relâchement coupable mais n'abdiquent pas pour autant. Guardiola de son côté joue le tout pour le tout en faisant entrer Bojan à la place d'un Keita transparent (76').
Les blaugranas, qui n'ont jamais semblé paniquer, prennent les choses en main et c'est Xavi qui remet les pendules à l'heure. À l'origine de l'égalisation, Messi trouve Alvès dans l'axe. Ce dernier s'excentre à droite puis sert idoinement Xavi en retrait qui reprend de volée. 2-2 (80').
Les dernières minutes de la partie sont complètement folles avec une rencontre qui s'emballe et à ce jeu, c'est encore le Barça qui se montre le plus fort, ou plutôt Messi qui, comme contre l'Atletico, sauve les siens. Après qu'Alvés ait récupéré un ballon pour lui, Messi s'élance et décoche une somptueuse frappe décroisée qui ne laisse aucune chance à Roberto. 3-2 (85').

MessiEn position idéale, le Barça opte pour la prudence en contrôlant le cuir de façon insolente et en usant de la redoutable passe à 10, marque de fabrique du club. À noter que les blaugranas ont franchi le cap symbolique des 500 passes réussies (522 plus précisément) et ont disposé du ballon 66.8 % du temps. Des statistiques affolantes qui montrent à quel point l'équipe catalane contrôle son destin- et celui de ses adversaires- en ce moment.
Le match se conclut avec un public de Pampelune complètement sous le charme d'un certain Leo Messi. Après l'hommage du Vicente Calderon, c'est au tour de Pampelune de se "prosterner" devant la toute-puissance du prodige argentin en scandant son nom.

Au chapitre des enseignements, que peut-on tirer de cette rencontre ? Tout d'abord que ce Barça-là a des ressources morales et une capacité de réaction assez impressionnants. Qu'on ne se méprenne pas, les blaugranas auraient sombré un an plus tôt à Pampelune. Cette saison, ils ont acquis une force de caractère exceptionnelle qui leur permet d'entreprendre des remontées improbables (Boca, Espanyol, Villareal).
Plus que le fond, c'est la manière d'effectuer ces remontées qui impressionne: tout en calme, sans précipitation, comme si les joueurs savaient qu'ils finiraient par y arriver... quoiqu'il arrive. Cela est indubitablement la marque des grandes équipes. Garder son sang froid en étant mené au score, continuer à tranquillement pratiquer son football et finir par l'emporter, c'est tout simplement prodigieux.

Second enseignement, les baisses de régime du Barça, quand elles se produisent, sont toujours aussi sévères.  Historiquement, le Barça est une équipe aux baisses de régime "mortelles". En ce sens, Guardiola doit concentrer une bonne partie de ses efforts sur la maintien de la motivation de ses troupes ainsi que sur la constance de leur concentration.
Ces 2 points seront critiques dans la course au titre cette saison de même que dans les années venir. Un Barça déconcentré est un Barça qui peut se prendre 2-3 buts dans un intervalle de temps très limité (rappelez-vous du fameux Chelsea-Barça lors de la campagne 2004-05).

Troisième enseignement, l'éloignement de la Messi-dépendance est somme toute très relatif. L'argentin vient de le prouver 2 rencontres d'affilée. Ce soir, sans lui, les chances de succès étaient bien minces face à une équipe d'Osasuna redoutable défensivement. Seul un brin de folie pouvait forcer le verrou et c'est exactement ce qui s'est produit. Guardiola doit absolument trouver la parade pour rendre cette équipe moins dépendante de son maître à jouer. Cela est d'autant plus impératif que l'on connaît la propension aux blessures de Leo.

Eto'o

Les joueurs

Valdés: 6 Ne peut pas grand chose sur les 2 buts. Vigilant le reste de la rencontre.

Abidal: 5  17 passes manquées pour un défenseur, même latéral, cela fait beaucoup. Se fait battre un peu trop facilement sur le second but d'Osasuna. Offensivement, un tir à son crédit et ... c'est tout.

Puyol: 6.25 Un match correct. Aurait cependant pu se montrer plus offensif, surtout en voyant que ses coéquipiers rencontraient des difficultés. Également coupable sur le but de Pandiani.

Piqué: 6.75 Très précieux sur jeu aérien et serein dans ses interventions. Il faut mentionner une chose qu'on oublie souvent: Piqué défend généralement pour 2 car Alvés n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler un latéral droit. A sa décharge, un jeu long souvent trop compliqué.

Alvés: 7 Passeur sur le second but et récupérateur sur le troisième, Dani a encore une fois été décisif. Une performance hyper active, mais toutefois en baisse par rapport à ses toutes dernières sorties.

Busquets: 7.25 Quel calme, quelle justesse, quelle maturité dans son jeu ! Sergi s'est parfaitement fondu dans le collectif catalan et son jeu tout en relâchement est tout bonnement déconcertant. Pep doit lui donner davantage de temps de jeu.

Xavi: 7.25 El maestro à la baguette signe une jolie performance. Constamment porté vers l'avant, présent à la récupération, il a vu son travail récompensé par un joli but.

Keita: 4 Était-il vraiment sur le terrain ? Pas en première période en tout cas. Se référer aux autres chroniques après match pour plus de détails. Remplacé par Bojan (75') qui montre des choses intéressantes.

Henry: 5.5 Un bon premier quart d'heure, c'est tout ce que l'on peut mettre à son crédit.. À gauche, le français a vraiment été à court d'idées. Ses éternels "je fixe un défenseur puis je centre" ou je "fixe un défenseur puis je reviens en arrière" n'ont pas porté leurs fruits. Remplacé par Iniesta (64'), qui, hormis une belle frappe, se fera relativement discret.

Eto'o: 6 Excepté son superbe but, il a lui aussi été très discret. Placé dans un positionnement batard (tantôt à droite, tantôt dans l'axe), le camerounais n'a que très peu pesé sur le jeu. Remplacé par Touré (88') qui entre en jeu pour faire conserver le score à son équipe.

Messi: 8 Étincelant. Présent sur les 3 buts, il prouve une fois de plus au monde qu'il fait partie de cette catégorie très restreinte de joueurs qui peuvent faire une équipe à eux-seuls. Et pas n'importe quelle équipe s'il vous plait...
Cette saison, le petit lutin a amélioré une facette de son jeu: il répartit désormais mieux ses efforts sur l'ensemble de la rencontre pour mieux exploser. Dans le même ordre d'idées, il est capable de jouer par acoup, ce qui le rend encore plus imprévisible.

Fiche Technique

Osasuna: Roberto; Azpilicueta, Sergio (Josecho, 45'), Miguel Flaño, Monreal; Juanfran, Vadocz, Puñal (Portillo, 58'), Nekouman, Plasil (Masoud, 82') et Pandiani.

FC Barcelone: Valdés; Alves, Puyol, Piqué, Abidal; Xavi, Busquets, Keita (Bojan, 76'); Messi, Eto'o (Touré, 88') et Henry (Iniesta, 64').

Arbitre: Fernando Teixeira Vitienes (Cántabro). Cartons jaunes pour Abidal (32'); Josecho (68'); Valdés (68'); Pandiani (68'); Busquets (90')

Buts:
0-1,
Eto'o (44')
1-1, Miguel Flaño (62')
2-1, Pandiani (72')
2-2, Xavi (79')
2-3, Messi (84')

 

 

 


Posté par youssef
Article lu 10585 fois