En Une | El Soci Opina | lundi 21 janvier 2008 à 23:08  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Petite analyse du jeu de Lionel Messi, devenu prophète en son pays, chose qui n'était plus arrivée depuis la fin du mythe du Pibe del Oro...

 

Lors de cette première partie de saison, avec Andres Iniesta, Lionel Messi a sans doute été le joueur du Barça le plus mis en avant par la presse à tel point qu’on parle de Messidépendance. En effet, à l’heure actuelle, il y a peu de joueurs aussi déséquilibrants dans le monde que lui. Et pourtant, sa deuxième place au FIFA World Player ne veut certainement pas dire que le joueur n’est pratiquement plus perfectible. Essayons donc de repasser en détail ce que le gaillard de 1m69, 65 kilos et 20 ans fait avec le numéro 19 azulgrana.


Avant d’en venir au négatif, parlons d’abord des quatre facteurs qui font que Leo est devenu le prophète du Dieu que Maradonna incarne chez les albicelestes. On peut ainsi citer son caractère, son indifférence absolue face à la pression sa technique et sa vitesse. Reprenons donc ces éléments un par un.

 

Le caractère de Leo Messi

Ca ne doit sans doute pas être facile pour un gamin de 11 ans qu’on te détecte une anomalie de croissance alors que tu joues dans l’un des meilleurs clubs de ton pays, Newell's Old Boys, et qu’on te mette à l’écart à cause d’un test où tu as été détecté comme étant trop petit et parce que ton traitement coûtait 900 dollars par mois pendant 3 ans. On peut donc imaginer l’enfance de Messi et également la force de ses parents qui furent capables de quitter leur terre natale pour la Catalogne pour que leur enfant puisse bénéficier de ce traitement afin de pouvoir continuer dans le football.


Dans un sport où le muscle, la force et la taille priment, c’est quasi un miracle qu’un joueur comme Messi soit apparu. Mais grâce à sa force mentale qui lui donne sa vivacité qu’on lui connaît, il dispute les ballons aériens qu’on croit, pour lui, perdus d’avance et aller au duel face à des grands costauds. Pour les défenseurs, la manière la plus facile de l’arrêter est par la force. Et pourtant, on ne le voit jamais protester, se plaindre ou s’énerver contre quelqu’un. Curieusement, c’est souvent son adversaire qui pète un plomb comme cela s’est passé avec Asier Del Horno avec la fameuse représentation théâtrale décrite par Mourinho face à Chelsea lors de la Champion’s League 2005-2006.

 

Son indifférence absolue face à la pression

Cette caractéristique va de pair avec son caractère mais, dans le cas de Messi, il est important de la détacher tant celle-ci est importante. On a toujours pensé que ce qui différenciait les plus grands joueurs professionnel du reste était qu’ils supportaient mieux la pression que pouvaient susciter les matchs qu’ils affrontaient comme situations normales là où les autres mortels appréhendent cela en tremblant ou tétanisés par l’évènement.


Messi n’a fait que brûler les étapes lors de sa carrière professionnelle grâce à sa vitesse et son naturel. Depuis tout petit, il jouait déjà avec des joueurs plus âgés que lui, si bien que ses passages par les équipes intermédiaires comme le Barça C ou le B furent éphémères. A ce propos, il y a d’ailleurs une anecdote peu connue de Messi lors d’un match disputé avec le Barça C en Tercera División. Dans les dernières minutes, face à Gramenet B, alors que l’équipe perdait 2-0, l’entraîneur a décidé de faire rentrer Leo. Finalement, le Barça a gagné 2-3 grâce à un ‘hat trick’ du gamin de 16 ans. Par la suite, il a débuté avec l’équipe première dans un match amical contre Porto. Puis, tout s’est enchaîné. Il a joué son premier match officiel avec l’équipe le 16 octobre 2004 à 17 ans, il a marqué son premier but dans un match officiel à 17 ans, 10 mois et 7 jours face à Albacete, il fût sacré Ballon d’Or du Mondial des moins de 20 ans que l’équipe a gagné avec l’Argentine l’été du Gamper face à la Juventus. Son match a tellement été exceptionnel (surtout avec un certain Patrick Vieira en face) qu’il avait reçu les éloges d’un entraîneur avec une mentalité défensive comme Capello. Avec l’Argentine, il a débuté au Mondial avec seulement 18 ans sur sa tête et, lors de son premier match (gagné 6-0 face à la Serbie), il avait déjà inscrit un but, devenant ainsi le sixième plus jeune joueur à marquer dans une Coupe du Monde.


Ces deux dernières années, Messi n’a fait que montrer à chaque fois un protagonisme toujours plus important avec l’équipe première azulgrana et seules les blessures, dont nous parlerons plus tard, ont freiné sa progression brutale. Avec la situation du début de saison où Eto’o était blessé, Ronaldinho hors de forme et Henry qui revenait de blessure, le ‘19’ a dû porter l’équipe sur ses épaules et s’est converti en leader . Bien que ce soit plutôt momentané, la situation est vraiment surprenante si on prend en compte le fait qu’il n’a que 20 ans et qu’il joue avec quelques uns des meilleurs et des plus influents joueurs du monde.


Il y a eu un détail lors du match aller du championnat face à Sevilla qui définit à la perfection le caractère de Messi. L’argentin avait déjà ouvert la marque et le Barça bénéficiait d’un penalty que s’apprêtait à frapper Deco. Le plus facile pour Messi aurait été que le portugais le tire, pour l’importance du match et parce qu’il est plus expérimenté, mais il a pourtant demandé le ballon et l’a transformé avec une facilité déconcertante.

 

La technique de Leo

Messi est un joueur extrêmement technique. Il n’a pas la variété de dribbles d’ailiers comme Cristiano Ronaldo ou Ronaldinho mais par contre, c’est le joueur du monde qui a la meilleure conduite de balle (avec Kaka, plus technique que lui mais moins rapide). Ses propres caractéristiques physiques font qu’il a un centre de gravité corporel très bas et une musculature plus courte, ce qui lui permet ainsi d’exécuter des mouvements avec une plus grande vitesse. Si son défenseur reste droit lorsqu’il joue, il suffit qu’il baisse la tête, qu’il se courbe et son centre de gravité descend encore plus.


Cependant, quand on dit que Messi n’a pas une variété de dribles aussi importante, cela n’empêche pas qu’il soit extrêmement habile dans le un contre un parce qu’il peut aller des deux côtés du défenseur et tire plutôt rapidement, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps de réaction au défenseur.


Face à des défenseurs grands et forts, comme c’est le cas de Zaragoza par exemple, l’argentin est tout simplement génial. On en arrive ainsi à la conclusion que la meilleure manière de le freiner est d’avoir en face de lui un latéral de petite taille et très rapide comme Ashley Cole (Chelsea), un des seuls qui a clairement gagné ses duels face à lui.

 

L’explosivité de Messi

Nos muscles ont deux types de fibres : les lentes (de type I) et les rapides (de type IIa, IIb et IIc). Chaque muscle et chaque personne est différente, comme le démontre un cycliste qui peut arriver à avoir 80% de fibres rapides alors qu’un marathonien n’en a que entre 1 et 7%. Leo, de manière naturelle, a une grande quantité de fibres rapides, quelque chose qui, avec sa petite taille et sa formation corporelle grâce aux hormones de croissance qu’il a pris étant jeune, font qu’il est terriblement rapide et explosif. Pour l’expliquer de manière simplifiée, les muscles de Messi sont pratiquement toujours sous tension et sont formés d’une grande quantité de fibres rapides.


Ces fibres se caractérisent par un apport important d’explosivité mais provoquent cependant un grand coup d’énergie, ce qui exige une plus grande récupération. Cela se remarque dans la majorité des matchs de Messi où il a un début de match spectaculaire jusqu’à l’heure de jeu avant de perdre de la vivacité et de la fraîcheur dû à ce coût énergétique très important. Dans ses premiers mois avec l’équipe première, lorsqu’il était titulaire, Rijkaard le faisait sortir après 60 ou 70 minutes pour Giuly et en profitait pour se donner à fond pendant les 10 dernières minutes. L’an dernier, l’ailier a marqué 11 buts en Liga. Parmi ceux-ci, 8 ont été inscrits dans la première heure de jeu (et la majorité en première mi-temps), aucun entre la minute 60 et 80 et 3 durant les 10 dernières minutes, dont le 3-3 face au Real au Camp Nou. En résumant donc, le jeu de Messi est destructeur au début, lorsque les rivaux sont froids. En seconde mi-temps, il ‘récupère’ pendant 30 minutes avant de tout donner dans les 10 dernières minutes.

 

Attention aux blessures

Lorsque l’an dernier Messi s’était cassé un métatarse du pied suite à un choc pas spécialement violent avec Alberto Zapater, il disait naturellement qu’il souffrait d’une fracture de stess et que cela pouvait arriver. Les fractures de stress arrivent suite à une activité musculaire excessive réalisée de manière répétitive (fracture de fatigue), fréquente chez les sportifs, localisées dans les métatarses et sont relativement normales pour un os ‘affaibli’.


Rappelons qu’une partie de la composition osseuse de Leo Messi est artificielle dû aux hormones de croissance. Si à cela on ajoute son style de jeu incisif et que souvent la seule manière de l’arrêter est de donner des coups, le risque est multiplié. Cela explique donc plus facilement cette certaine fragilité. Cependant, la chose qu’on pourrait lui conseiller pour éviter les coups lorsqu’il est fatigué est de parfois repiquer vers le centre du terrain. Cela lui permet de se protéger et de ne pas abuser de ce type d’action.


D'un autre côté, sa formation musculaire, avec une grande quantité de fibres rapides, exige que sa récupération soit parfaite et qu’il obtienne parfois du repos, puisque sa 'fatigue' est beaucoup plus grande que le reste des joueurs. S'il ne le fait pas, il est très probable que le joueur ait les problèmes musculaires (ruptures fibrillaires, contractures …).

 

Que peut-on lui reprocher ?

Quels sont les défauts que l’ont peut attribuer au ‘petit’ crack ? Malgré sa vitesse et sa technique, on peut penser qu’il n’utilise pas tout le potentiel qu’il a.


Lorsque Messi reçoit une balle, sa première intention est toujours de déborder le(s) défenseur(s) qui le marque(nt). Il tend ainsi de plus en plus vers le centre en réduisant considérablement les espaces et en accumulant les joueurs, là où il est donc plus difficile de créer une action dangereuse. Cela ne veut pas dire qu’il ne profite pas du débordement mais qu’il le fasse plus régulièrement. On peut citer par exemple les matchs contre le Depor où les défenseurs de La Coruña ont su lire son jeu à chaque fois qu’il allait faire quelque chose, bien que contre l’Espanyol, la seule fois qu’il ait essayé d’aller par l’extérieur, cela a créé une occasion qui s’est terminée par un but. Tout cela pour dire qu’on ne peut pas mettre le but du siècle à chaque action.


Si Leo varie légèrement sa façon de jouer, cela peut lui bénéficier autant à lui-même qu’à l’équipe. Au lieu de toujours se faire faucher en allant vers le centre, il pourrait chercher à se démarquer par la bande, frapper rapidement, bouger davantage sans ballon, … On peut ainsi le comparer d’une certaine manière à Cristiano Ronaldo qui, après avoir laissé quelque peu sur le côté son individualisme, joue un peu plus pour l’équipe.

 

Le futur lui appartient

Beaucoup diront que Leo Messi méritait le Ballon d’Or 2007. Pourtant, il n’y a aucun doute que cette année, c’était bien Kaka, meilleur buteur de la Champion’s remportée par Milan tout comme la Supercoupe, qui le méritait. Mais il est certain qu’il le gagnera bientôt. Cette fois-ci, on peut comparer Messi à Cesc, à savoir qu’on ne sait pas où sa marge de progression s’arrêtera. Le plus important est qu’il maintienne dans son jeu toutes les caractéristiques que nous avons énumérées et qu’il continue à travailler. Le jeu de Messi est différent parce qu’on dirait qu’il est toujours dans la cour du collège en prenant le ballon aux autres et en les affrontant les uns après les autres, en mettant de côté les systèmes et les ordres tactiques pour se glisser une fois de plus entre les jambes de ses adversaires.

Crédits photos : messiadictos.com 

 

 

 

 

 


Posté par TheBelgianLion
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