En Une | Luis Enrique | samedi 16 avril 2016 à 11:44  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

L’élimination du Barça au Calderón est le symbole de l’effondrement soudain mais pas si surprenant de l’équipe. En première ligne au banc des accusés : Luis Enrique. Mais pas que…

 

Cette mauvaise passe des Catalans qui dure depuis maintenant cinq matchs et une seule victoire (à 11 contre 10) révèle au grand public les carences et défauts de l’actuel entraineur. Si depuis sa prise de fonction, l’Asturien peut se targuer d’un bilan comptable exceptionnel (seule la supercoupe d’Espagne lui a échappé), beaucoup parmi les supporteurs les plus assidus sont restés sceptiques quant à sa capacité à mener la barque, et ce bien avant la crise actuelle. Les victoires et les titres ne doivent pas cacher les carences de Lucho et les routes discutables qu’il a choisi d’emprunter.

Mais avant cela, il est important de préciser que le but n’est pas de tirer à boulets rouges sur Luis Enrique et d’en faire le coupable désigné de l’élimination. Personne de sensé n’irait exiger que le Barça remporte la ligue des champions chaque année. L’équipe a cette saison joué un nombre de matchs hallucinant et les voir craquer physiquement à un moment ou un autre n’a rien de spécialement étonnant. Les points développés dans cet article vont au-delà de ce match pour lequel il est par ailleurs important de préciser que la défaite est en grande partie la responsabilité des joueurs. Ce qui est réellement inquiétant ce n’est pas l’élimination en soi mais bel et bien la manière de s’être fait sortir. Sans intensité, sans révolte, sans saveur, sans cette envie d’aller chercher la qualification avec les tripes. Les joueurs ressemblaient à des poussins face aux loups affamés de l’Atletico. Une équipe sans âme ni amour propre et dont les « capitaines » sur le terrain (Messi) et en dehors (Enrique) ont traversé la rencontre comme des fantômes errant dans le néant…

Maintenant que ce point a été clarifié, le moment est venu de s’attarder sur les raisons profondes de la situation actuelle. 


Messi-Suarez-Neymar


En première ligne, comme d’habitude serait-on tenté de dire, la MSN et sa prise de pouvoir dans le vestiaire. Cet état de fait trouve sa source en plein cœur de la saison dernière. La défaite début janvier 2015 à la Real Sociedad est souvent pointée comme le tournant de la saison des Catalans, le moment charnière qui a provoqué le déclic les menant finalement à un triplé alors que la possibilité d’une nouvelle saison blanche se profilait. De retour tardif d’Amérique du Sud après les fêtes, Lionel Messi avait commencé la rencontre sur le banc, ce qui avait provoqué sa colère, de gros remous en coulisse et un club au bord de l’implosion, pour finalement aboutir à une sorte de pacte de non-agression entre Lucho et son trio d’attaque. Il les laisse jouer tous les matchs sans jamais les sortir et avec une liberté quasi totale d’action, et eux en retour ne le discréditent pas en public. Les résultats ont suivi et le monde entier a loué les qualités de la MSN, la qualifiant à juste titre de meilleure attaque de l’histoire. 

Mais avoir un trio d’attaque qui échappe à tout contrôle n’est pas une situation viable à long terme. Aujourd’hui le Barça se retrouve avec 3 attaquants qui vampirisent le temps de jeu (et le jeu tout court mais c’est un autre débat), ne sortent jamais même à 6-0 et de ce fait se retrouvent carbonisés physiquement et/ ou mentalement au pire moment de la saison. Autre conséquence, quand bien même Luis Enrique voudrait ou serait obligé de remplacer un de ses 3 attaquants, il n’y a tout simplement plus personne de crédible sur le banc pour tenter autre chose. Pedro était le 4e attaquant idéal, mais il est parti faute de temps de jeu et de considération. Résultat le Barça se retrouve avec les seuls Munir et Sandro comme réels attaquants sur le banc, deux jeunes joueurs qui n’auront probablement jamais le niveau requis mais qui de par leur statut ne se plaignent pas de leur temps de jeu. Enrique tente parfois de bricoler avec Sergi Roberto ou plus récemment Rafinha et Arda Turan, mais ces joueurs sont plus des milieux de formation et l’écart de niveau avec les 3 stars est abyssal.

Luis Enrique aurait-il pu mieux gérer son trio ? Certainement. Il aurait également pu et dû donner plus d’importance à Pedro. Mais est-il le principal responsable de la situation actuelle ? Non, certainement pas. De nos jours dans le football, les joueurs de ce calibre ont malheureusement pris une telle importance dans leur club que l’entraineur n’a parfois tout simplement plus d’autre choix que de se plier à leurs exigences et de « faire avec ». Même Guardiola ne pouvait aller à l’encontre de la volonté de Messi. Et il faut se dire que maintenant, ils sont 3. La tâche de Luis Enrique est tout simplement insurmontable sur ce point précis. Il reste à espérer que devant l’échec de mercredi soir qui est en partie le leur, ils vont se remettre en question et redevenir raisonnables quant à leur temps de jeu. Surtout qu’il y a une Copa America cet été et peut être aussi les JO pour Neymar…

 


 

La Masia


Si Luis Enrique n’est pas le premier coupable de la mauvaise gestion de la MSN, il est en revanche inexcusable pour tout ce qui concerne l’intégration des jeunes promesses de la Masia à l’équipe première. Le FC Barcelone est depuis plusieurs décennies maintenant un club formateur qui mise beaucoup sur ses jeunes et son centre de formation. Messi, Xavi, Iniesta, Puyol, Pedro, Piqué, Busquets, Valdes, pour ne citer que les plus connus et récents, tous ont été formés au club. Construire son équipe en intégrant les meilleurs jeunes du club est l’un des principes fondamentaux du Barça depuis 30 ans et l’arrivée en tant qu’entraineur du regretté Johan Cruijff. 

Or, depuis qu’il est l’entraineur du Barça, Luis Enrique semble complètement se désintéresser de la Masia. Il est un entraineur qui préfère se baser sur des joueurs de caractère et d’expérience et ne semble pas du tout compter sur les jeunes promesses. Il a fait monter Sandro et Munir mais ces deux joueurs n’ont pas d’avenir au club et sont utilisés uniquement comme bouche-trous. Plutôt que de se débarrasser de certains poids-morts du vestiaire (au choix parmi Adriano, Douglas, Vermaelen ou Mathieu) et promouvoir la jeune promesse Grimaldo en équipe A pour être la doublure de Jordi Alba à l’arrière gauche, il les a tous gardés et en ne le convoquant pas une seule fois en 18 mois, a fait comprendre à Grimaldo qu’il ne comptait pas sur lui et l’a de ce fait poussé vers la sortie. Le cas Sergi Samper est très parlant lui aussi. Annoncé depuis des années comme étant la nouvelle pépite du milieu de terrain, il a maintenant 20 ans et n’a toujours pas été promu en équipe première, devant se satisfaire d’une convocation de temps à autre en équipe A pour des matchs sans enjeu. Le reste du temps, il continue de végéter au Barça B en division 3 à un niveau où il n’a pas besoin de forcer son talent pour briller. Luis Enrique lui a même fait l’affront de lui préférer à plusieurs reprise Gérard Gumbau, jeune joueur de la Masia lui aussi mais sans talent particulier. D’autres jeunes prometteurs comme Halilovic, Adama, Denis Suarez ou Deulofeu ont eux été prêtés ou vendus avec option de rachat, témoignant encore une fois du désintérêt de Lucho pour la formation des jeunes, il préfère laisser cette tâche à d’autres.

Cette gestion calamiteuse des jeunes ne semble pas avoir de grandes conséquences pour l’instant, mais qu’en sera-t-il dans quelques années quand la plupart des cadres actuels seront en fin de carrière et qu’il faudra sortir le portefeuille pour renouveler l’équipe parce qu’aucun jeune ne sera prêt à prendre la relève ? Quand on voit qu’à l’Atletico Madrid, Diego Simeone peut se permettre en cas d’absence de ses titulaires habituels de mettre le jeune de 20 ans Lucas Hernandez titulaire en défense centrale dans un quart de finale de ligue des champions face au Barça, la comparaison fait mal. Et pourquoi peut-il se le permettre sans pénaliser son équipe ? Parce que le jeune joueur a été promu, intégré à l’équipe, mis en confiance et quand il monte sur le terrain, il est dans de bonnes dispositions pour faire un bon match.

Même avec tous les titres du monde, au Barça un entraineur qui ne s’intéresse, n’intègre et ne fait pas progresser les jeunes talents du club n’est tout simplement pas l’homme de la situation !


Bartra


Un autre point sur lequel Luis Enrique nous montre ses carences est le cas de Marc Bartra. Issu lui aussi de la Masia mais déjà âgé de 25 ans, il ne peut plus être considéré comme un jeunot et pourtant il est inexplicablement blacklisté par son entraineur. Doué, rapide, technique, bonne vision du jeu, ce défenseur central est parfaitement Barça-compatible, a une mentalité irréprochable et devrait incontestablement être le troisième central dans la hiérarchie derrière Piqué et Mascherano. Et pourtant Luis Enrique ne lui laisse qu’un temps de jeu famélique, ne lui pardonnant aucune erreur et lui préférant Mathieu et Vermaelen qui sont moins doués que lui, plus vieux, et qui enchainent les prestations décevantes et les erreurs grossières. La seule explication trouvée à ce jour étant que Luis Enrique a un problème personnel avec Marc Bartra (même chose pour Grimaldo), cela signifierait que l’entraineur asturien se laisse guider par des raisons non-rationnelles au moment de choisir ses hommes. Si tel est le cas, cela relève tout simplement de la faute professionnelle.


Tactique et coaching


Luis Enrique fait également de plus en plus l’unanimité contre lui pour tout ce qui concerne la tactique en match. Il n’est pas rare de le voir se faire dominer tactiquement par l’entraineur adverse et l’une de ses plus grosses carences, c’est de ne pas savoir apporter une réponse en cours de partie et changer son fusil d’épaule. Il est en place depuis deux saisons maintenant et il n’a toujours qu’une seule corde à son arc, qu’un seul plan de jeu. Les tentatives de variantes tactiques ont été beaucoup trop peu nombreuses et uniquement quand il lui manquait des joueurs pour un top match (PSG, Real). Il se contente de faire des changements poste pour poste et attend que son trio d’attaque finisse par faire la différence. Les voix les plus éclairées s’élevaient déjà contre cet état de fait quand tout allait bien, mais maintenant que ledit trio est en panne d’inspiration, les faiblesses tactiques de Lucho deviennent d’un seul coup encore bien plus criantes.

D’autant que si on creuse un peu le sujet, comme la MSN ne sort jamais, cela limite grandement les options de changements. Il n’est pas rare que Lucho change deux voire trois milieux de terrain, ce qui n’est jamais idéal pour l’équilibre de l’équipe. Dans le même ordre d’idée, il lui arrive également souvent de faire des changements en défense en cours de match, avec à la clé des moments de flottements entrainant des bêtes buts encaissés (avec en général Mathieu dans le rôle du coupable) qui ont pour certains couté des points en championnat.


Transferts et revalorisations


Le Barça a été interdit de transfert pendant un an, et de ce fait avec les départs de Xavi et Pedro la qualité du banc s’est retrouvée fortement amoindrie. Pire encore lorsque la sanction a été levée cet hiver, le club n’a pas pu recruter le moindre joueur par manque de liquidités. Incroyable pour un tel club mais véridique. La faute notamment au triplé qui a fait grimper les primes, et surtout à la masse salariale qui ne cesse de s’accroitre dernièrement. On remarque en effet un effet boule de neige suite à l’ampleur qu’a pris Messi ces dernières années. Du fait de son statut de meilleur joueur du monde (voire de l’histoire) et de ses exigences auxquelles nul ne peut s’opposer, il a été régulièrement augmenté, puis Neymar est arrivé avec un salaire directement très élevé (et ensuite Suarez), ce qui a poussé d’autres cadres comme Iniesta et Busquets à eux aussi réclamer une revalorisation de contrat.

C’est le revers de la médaille d’avoir une telle équipe de stars qui ont pour la plupart un palmarès exceptionnel: le cout salarial est énorme et qui plus est le vestiaire prend de plus en plus de pouvoir de sorte que chaque fois qu’un joueur réclame une augmentation, il finit par l’obtenir. Et tout cet argent investit pour garder les cadres au club fait que le Barça a aujourd’hui un banc de bien piètre qualité (surtout quand on se dit qu’Arda Turan, censé être le 12e homme, n’arrive actuellement pas à s’intégrer et à retrouver le niveau qu’il avait à l’Atletico). Ce banc pas à la hauteur du 11 titulaire a aussi comme conséquence d’installer les titulaires dans un trop grand confort, peut être une explication parmi d’autres du relâchement observé ces dernières semaines. Il est évident que tout ceci ne peut être imputé à Luis Enrique mais bien à la direction dont la gestion tant sportive que financière est elle aussi très loin de faire l’unanimité.

 



Fin de saison…


Le FC Barcelone est actuellement incontestablement le meilleur club des 10 dernières années et du 21e siècle. Il a remporté tant et tant de victoires et de titres, le tout avec une qualité de jeu allant du bon à l’excellentissime, que du coup l’exigence de résultat est devenue complètement démesurée. Pour certains, une saison ou le club ne remporte pas la ligue des champions est une saison ratée. Depuis l'élimination, on pourrait croire que le club est au fond du gouffre, en route vers une fin de saison cauchemardesque. Ce pourrait effectivement être le cas si l’équipe ne parvient pas rapidement à relever la tête et sortir de cette spirale négative. Mais toujours est-il qu’actuellement, le Barça est en finale de Copa Del Rey et a respectivement 3 et 4 points d’avance sur les deux clubs de Madrid en Liga, soit en bonne position pour réaliser un nouveau doublé coupe-championnat.

Luis Enrique n’est pas le plus mauvais entraineur du monde, on n'arrive pas à ce niveau de résultats par magie même avec un tel effectif, il ne faut pas le rabaisser plus que de raison. La saison dernière il a fait beaucoup de bien au Barça, il a remis de l’ordre dans le vestiaire et a mis fin au jeu de possession stérile qui ne menait plus à rien. Mais au Barça l’exigence n’est pas un vain mot, et on est en droit de se demander si il peut encore apporter quelque chose de plus à cette équipe. De même, il a également beaucoup de défauts énoncés ci-dessus qui font qu’il vaudrait probablement mieux qu’il ne soit plus l’entraineur du FC Barcelone la saison prochaine…


Source: FCBClan

Posté par Lord Oneill
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