Chronique | Cruyff | lundi 12 octobre 2009 à 22:24  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Le football est comme un office dans lequel parfois tu t'amuses et à d'autres moments tu te retrouves sacrifié. En moins d'une semaine, en deux rencontres, Xavi Hernández a renforcé cette idée.

 

Face à Almeria, ses adversaires lui ont rendu la vie difficile. Contre l'Arménie il est redevenu grand. Dans l’un de ses matchs, l’adversaire angoissait tant qu’il ne m’aurait pas étonné qu’il continue de la marquer jusque sous la douche. Dans l'autre, il l’a fatigué à force de recevoir et donner le ballon, de le recevoir et de le repasser sans cesse. C’est ainsi qu’est arrivé le 0-1 de Cesc. C'était le même Xavi, mais face à l'Arménie personne ne lui a administré un marquage à la culotte alors que devant Almeria il n'a pas su répondre à quelque chose d'inconnu pour lui.

Xavi étant un milieu de terrain, il n'est pas habitué à avoir un type littéralement collé à lui. Un attaquant, oui. Et ce qu’un attaquant fait habituellement dans ce cas là, Xavi – agacé et surpris au début, blasé à la fin–  n'a pas su le réaliser : se créer des espaces en changeant de positionnement. Dit d'une autre manière, il s'agit de bouger en entraînant  avec soi l'adversaire qui te marque pour qu'un autre coéquipier surgisse pour occuper l’espace laissé libre. Sans toucher le ballon, il t’est possible de très bien jouer. Mais il est indispensable que le mouvement que l’un fait - Xavi dans le cas présent – soit accompagné d'un autre bon mouvement d'un autre compagnon, qui, lui, possède le ballon. Dans ce cas, plus que Messi se déplaçant d’un endroit à un autre, il est toujours préférable que cette irruption vienne de l’arrière, de la défense centrale. C'est pourquoi il est fondamental que l'équipe soit composée aussi bien de bons footballeurs que d'un bon technicien. Parce qu’ils t’apporteront alors d’avantage de solutions. Certainement que Piqué a essayé. Certainement que Guardiola a effectué des changements en faisant entrer des joueurs pour corriger l'anomalie dans la construction du jeu provoquée par l'ordre d’Hugo Sánchez donné à ses joueurs : colle-toi à Xavi afin qu’il ne touche jamais le ballon. Au moins, l'ordre n'a pas été de lui donner des coups de pied.

 

La formule magique
Une autre équipe répètera-t'elle ce schéma de jeu ? Je suis certain que quelques unes tenteront le coup. Mais, connaissant Guardiola et son obsession à vouloir manier tous les détails, il doit déjà s’attendre à ce que le défi tactique d’Hugo Sánchez se répète. Une autre chose à travailler, et il a dû y penser pendant et après la rencontre. Je n’ai aucun doute qu'il continuera à travailler cette question. Et avec lui, ses joueurs. Une expérience supplémentaire. Surprenant la première fois, oui, mais passionnant sur le plan du football. Certaines équipes jouent le jeu contre le Barça, d’autres moins, mais tous les rivaux cherchent la formule magique pour contrecarrer les blaugranas.


S'il y a bien une rencontre dans laquelle les équipes – certaines plus, d’autres moins – cessent de jouer leur jeu pour adopter un style différent, c’est lorsqu’elles affrontent le Barça.
Et quand tu cesses de faire ce que tu es habitué à faire, tu rencontres généralement des problèmes, c’est pourquoi précisément que ce que tu gagnes à un endroit tu le perds à un autre.
Défensivement, Almeria a annulé Xavi, mais le prix qu’elle a payé a été très important. Elle n'a pas existé offensivement. Et cela n’a servi à rien puisqu’elle a fini par perdre la rencontre.


Si Guardiola et ses joueurs ont déjà de nouveaux devoirs sur lesquels travailler, dans le domaine de l’entraînement et sur le terrain de jeu, Madrid en a beaucoup plus. Manuel Pellegrini ne doit plus rien comprendre. D'une part, il entend par ici et par là que son équipe ne joue pas comme le Barça. Il est impossible qu’il en soit ainsi. Il y a tant de joueurs de football différents – ni meilleurs, ni pires – dans l’un et l’autre des effectifs que le résultat final ne peut simplement être que différent. Je ne sais pas comment l’un et l’autre termineront la saison, mais je suis convaincu qu'ils le feront par des voies de football très différentes, chacun avec son propre style.


Remplacer Ronaldo
Par la quantité de noms dont il dispose, par le nombre de joueurs de premier niveau qu’il a accumulé, Madrid doit aujourd’hui faire face à un tas de nouvelles têtes. Sur le terrain, sur le banc de touche. Et ceci est très difficile à assembler. Le Real a perdu à Séville. Et ? Il aurait pu aussi bien perdre contre n'importe qui. Sincèrement, après six matchs de Liga et deux autres de Champions, on a déjà commencé à distribuer les critiques de manière exagérée. A-t-il perdu à Séville parce qu'il manquait Cristiano Ronaldo ? Par cette règle de trois, il perdra ou cessera de gagner autant de matchs qu’il sera privé du portugais. Je ne crois pas cela. Et je ne le crois pas parce que si je suis un joueur de Madrid, la première chose que je souhaiterais est que cette rengaine se répète au minimum. Et c'est pourquoi j'essayerai d’en donner davantage. Et si ce supplément provient non pas d’un seul joueur, mais de plusieurs, c’est le groupe qui en profite alors.


Entre autres choses, être sportif, c’est cela. Unir ses forces et redoubler d’efforts quand les choses vont mal. Ou comme lorsqu’on part jouer avec sa sélection nationale. Rivaux chaque dimanche, madridistas et culés sont unis par le port du même maillot, celui de leur équipe nationale. Et avec un résultat excellent pour certains. C’est justement ce que ne font pas les politiciens. Rivaux, non pas chaque dimanche, mais chaque jour de la semaine, contrairement aux sportifs les politiciens ne se rendent déjà pas compte que leur rival, leur unique rival en tout autre : la crise. Et il n’est malheureusement pas encore arrivé le jour où tous endosseront le même maillot national pour jouer leur partie la plus importante.


Source: Las Claves de Johan Cruyff

Posté par GreGoL
Article lu 10024 fois