En Une | Club | mardi 2 juin 2009 à 15:13  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Victorieux de la Liga, de la Coupe du Roi et de la Ligue des Champions, le FC Barcelone a réussi un triplé de légende tout en proposant un football de rêve. Retour sur la saison dorée du meilleur Barça de l'Histoire.

Chapitre 7 : Avis de tempête 

Depuis le début de l’année, le Barça a réussi l’exploit de garder son rythme étourdissant. Avant de se déplacer au Betis pour le compte de la 23ème journée, le club blaugrana compte 59 points pour une différence de but de + 52, soit une moyenne par match stupéfiante de 2,68 points et de plus de trois buts inscrits ! Vertigineux. Les Catalans restent également sur une série de dix succès consécutifs en Liga (à quatre petites unités du record de 2005-2006) et ils n’ont plus ramené de leurs déplacements autre chose que les trois points depuis la défaite à Numancia (neuf victoires d’affilées). Quand on pense que la saison passée, la bande à Rijkaard n’avait remporté sur toute la Liga que cinq petits matches loin du Camp Nou…

Mais toute série a une fin, et les difficultés à Osasuna puis Santander indiquaient que cette fin était proche. Au stade Manuel Ruiz de Lopera, le Barça commence par sombrer en étant mené 2-0 par le Betis. Mais une nouvelle fois, la défaite sera éconduite par un Barça prêt à tout pour arracher le moindre point, Eto’o sur penalty puis sur une action individuelle en fin de match permettant aux Catalans de refaire leur retard.

Eto'o double buteur contre le Betis

Cette capacité de réaction de la Pep Team, l’une de ses marques depuis le trophée Gamper en passant par Getafe, le Shaktar, Osasuna, Santander ou bien sûr l’Espanyol, ne saurait toutefois masquer les soucis concernant son absence de banc. Recrutés chacun pour la bagatelle de 15 millions d’euros, Hleb, Caceres et Keita semblent incapables de se mettre véritablement au niveau des cadres, de même que Gudjohnsen ou Bojan. Quant l’équipe tourne bien, leurs insuffisances passent relativement inaperçues, mais quand la belle mécanique est fatiguée, elles deviennent criantes. Inquiétant quand on sait que c’est grâce à trois jokers, Iniesta, Larsson et Belletti que le Barça avait réussi à décrocher la Ligue des Champions en mai 2006 face à Arsenal.

Après ce partage des points, le Barça affronte à nouveau l’Espanyol, cette fois-ci en Liga. Les Blaugranas, privés une énième fois de Iniesta (blessure) sont rapidement réduits à dix avec l’expulsion particulièrement sévère de Keita. Quelques minutes plus tôt, Abidal avait quitté la pelouse suite à une déchirure aux adducteurs, et ce quelques jours avant ses retrouvailles avec le public de Gerland. Bien que dominateurs, les Barcelonais n’arrivent pas à développer leur jeu habituel, la faute à un gros pressing des joueurs blanquiazuls et surtout à de très nombreuses fautes. Au retour des vestiaires, les joueurs de Pep Guardiola se font surprendre bêtement par de La Pena, l’ex espoir blaugrana, une première fois, puis une deuxième à la suite d’un dégagement complètement manqué de Victor Valdes. Malgré la réduction du score de Touré, le Barça doit s’incliner (2-1). Un coup d’arrêt qui fait mal à la fois aux jambes et aux têtes.

Alves pris de vitesse face à l'Espanyol

Meurtrie par cette défaite, la Pep Team se déplace dès le mardi à Lyon pour le match aller des huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Face à des Lyonnais décomplexés par leur ouverture du score rapide (coup franc de Juninho à la 7ème minute), les Catalans souffrent énormément en première mi-temps malgré un  poteau de Samuel Eto’o. En seconde mi-temps, Lyon relâchant son pressing, les Barcelonais arrivent à reprendre le contrôle des débats sans véritablement se montrer dangereux. Mais à force d’user les Lyonnais, les hommes de Guardiola finissent par trouver la solution, sur corner, avec Thierry Henry. Si la machine n’y arrive plus, ce but à l’extérieur (1-1) n’en reste pas moins une très bonne opération face à un Lyon conquérant mais somme toute limité. Surtout qu’Iniesta sera présent au match retour au Camp Nou.

Si Thierry Henry a sorti une belle épine du pied au Barça, tous les nuages ne se sont pas pour autant dissipés. Le Real n’est « plus » qu’à sept points en championnat avant un nouveau déplacement à Calderon. Une quatrième victoire face à l’Atletico ferait un bien fou. Celle-ci semble d’ailleurs se dessiner puisque Henry d’une superbe frappe enroulée et Messi d’une percée fulgurante donnent un bel avantage de deux buts au Barça tout en soulignant une nouvelle fois l’indigence de la défense madrilène. Mais l’Atletico va parvenir à refaire son retard, une première fois, puis une seconde après que Henry ait réussi à inscrire un nouveau but. Incapable de tenir les rennes du match, incroyablement fragile au milieu et en défense, le Barça finit même par craquer en concédant un quatrième but ! Deuxième défaite d’affilée (4-3).

Cruelle défaite à Calderon

Et puisque le Real gagne encore et toujours, cela ne fait plus que quatre points d’avance au classement ! Le confortable matelas de douze points acquis en décembre au soir du Clasico a fondu des deux tiers en seulement trois matches. Or il reste encore treize matches à disputer, dont une 34ème journée avec un déplacement à Santiago Bernabeu. La Liga est relancée. Après avoir marqué l’année dernière l’effondrement du Barça (défaite 4-2 à Calderon malgré un but somptueux de Ronaldinho alors que le Barça était revenu à deux petits points seulement du Real avant ce match comptant pour la 26ème journée), l’histoire va-elle se répéter ?

Pas le temps de cogiter pour les Catalans puisqu’il faut immédiatement enchaîner avec une autre compétition, la Coupe du Roi. Fort de son avantage du match aller (2-0), le Barça peut se permettre de gérer au retour. Mais miné psychologiquement par son revers madrilène et affaibli par le choix somme toute légitime de Guardiola de faire tourner après quatre matches joués d’affilés par « l’équipe type », le Barça va rapidement se retrouver au bord du précipice. Après avoir encaissé un but dans les arrêts de jeu de la première mi-temps sur sa première frappe cadrée concédée, les Catalans se retrouvent réduits à dix à l’heure de jeu avec un penalty sifflé contre eux.

 

Mais la tempête atteint toujours son apogée juste avant de laisser place à l’accalmie. Grâce à un arrêt de Pinto, l’habituel doublure de Valdes et auteur d’un sacré numéro d’intimidation en direction du tireur majorquin, le Barça arrive finalement à garder son avantage du match aller avant que Messi, entré en jeu en seconde période, ne plie définitivement l’affaire d’un but opportuniste (1-1). On ne répétera sans doute jamais assez à quel point cet arrêt de Pinto a été décisif. A dix, mené 2-0, on n’aurait pas donné cher de la peau du Barça. Quelles auraient été les conséquences d’une nouvelle élimination en demi finale de Coupe du Roi ? Mais les bons dieux du football étaient avec le Barça et avec Pinto. Onze ans après le doublé Liga-Copa, deux ans après le cauchemar du Coliseum Alfonso Perez, le Barça est de retour en finale de Coupe du Roi.


Chapitre 8 : La machine remise en route

Cinq matches sans victoire, cela fait beaucoup, surtout pour la Pep Team, habituée depuis septembre à tout renverser sur son passage. Face à son futur adversaire en finale de Coupe du Roi, l’Atletic Bilbao, la victoire fait son retour, mais pas seulement tant la domination blaugrana est implacable et les occasions nombreuses (un poteau pour Iniesta, et un poteau et une barre pour Eto’o), ce que le score relativement étriqué (2-0) ne reflète pas. Cerise sur le gâteau, le Real est accroché dans le derby madrilène par un Atletico pourtant incroyable de maladresse offensive (petite malice du calendrier, le Real joue à chaque journée l’adversaire que le Barça vient d’affronter). Six points d’avance au classement avant le match retour de C1 contre Lyon, cela fait du bien.

Indéniablement la machine de démolition catalane s’est remise en route et la première mi-temps contre Lyon au Camp Nou en sera l’éclatante confirmation. Arrivés confiants en terre catalane du fait de leur bonne première mi-temps au match aller à Gerland, les Lyonnais sont littéralement vaporisés par le quintette magique Xavi-Iniesta-Henry-Messi-Eto’o. Doublé de Henry, chef d’œuvre de Messi et lucarne de Eto’o, le tout en 43 petites minutes, le Barça retrouve toute sa maestria. Prodigieux de facilité, les Catalans semblent jouer face à des enfants tant la maîtrise affichée est gargantuesque. Le jeu est fluidissime, à une ou deux touches, de façon à multiplier les jeux en triangle, une-deux et autres remises. Lyon ne voit jamais le ballon et se demande encore comment il est possible de presser aussi haut. Hélas ce chef d’œuvre restera inachevé, la faute à une grosse déconcentration juste avant le retour aux vestiaires et juste après, permettant à Lyon d’inscrire deux buts faciles. A 4-2, le Barça se remet un peu à douter. Après tout, le match à Calderon ne date que de dix jours. Néanmoins, la faiblesse lyonnaise et la capacité d’un Xavi ou d’un Touré à mettre le pied sur le ballon permettent au Barça de gérer son avantage et même de l’aggraver en toute fin de match (caviar de Xavi pour un but de Keita). 5-2 : c’est officiel la Pep Team flamboyante est de retour !

 

Au match suivant, à l’extérieur, l’équipe de Guardiola semble se contenter de gérer les affaires courantes. Victorieux 2-0 sans forcer (mais avec leur traditionnelle possession de balle de 65 %) sur la pelouse d’Almeria grâce à un doublé de Bojan au retour des vestiaires, les Catalans peuvent ensuite enfin profiter d’une véritable semaine de travail sans compétition, et ce juste avant de recevoir Malaga, la révélation de la saison avec sa sixième place au classement.

Dans son antre du Camp Nou, Barcelone va une nouvelle fois se montrer intraitable en répétant le scénario de Lyon en menant 4-0 à la mi-temps avec une possession de balle surréaliste de 76 %. Les joueurs blaugranas volent avec un duo Xavi-Iniesta stratosphérique au milieu. Score final : 6-0. Et pourtant Eto’o et Messi ont raté 4 ou 5 buts tout faits ! Malaga est réduit en cendre. Ces Barcelonais sont magiques !

Suite à une nouvelle coupure due à des matches internationaux, le Barça se déplace à Valladolid qu’il avait pulvérisé 6-0 en novembre. A quelques jours de son quart de finale aller de Ligue des Champions contre le Bayern, Guardiola décide de faire tourner. Messi et Alves débutent sur le banc (ils rentreront à l’heure de jeu), tandis que Touré soigne une petite blessure. Tout en dominant largement les débats, les Blaugranas se contentent de gagner sur la plus faible des marges, 1-0. Une préparation réussie avant la réception du Bayern Munich, lequel après avoir atomisé le Sporting au tour précédent (12 buts en deux matches !) connaît un passage à vide en Bundesliga (défaite 5-1 à Wolfsburg). Privé de Lucio et Lahm, la défense bavaroise connaît le même sort que celle de Lyon et de Malaga et encaisse quatre buts en première mi-temps face une nouvelle fois à un trio Henry-Eto’o-Messi déchaîné parfaitement mis en mouvement par les magiciens du milieu Xavi et Iniesta. Touré de retour de blessure se régale devant sa défense, tandis que Valdes au chômage technique ne peut qu’admirer la corrida footballistique offerte par ses partenaires (4-0). Un seul regret finalement : que le Barça ait relâché son étreinte en seconde mi-temps et n’ait pas mis huit buts.

Car si les statistiques donnent déjà au Barça sa qualification, il faudra néanmoins faire sérieusement le boulot au retour. Impossible d’envoyer la réserve. Et pourtant, en ce début de mois d’avril, la gestion de l’effectif est au centre de toutes les préoccupations. Le rush du début d’année n’était rien au regard du programme de cette fin de saison avec le retour du Tourmalet, la perspective d’une demi finale de Ligue des Champions et la finale de la Coupe du Roi !


Chapitre 9 : L’ascension de l’Everest

La réception de Huelva et le match retour à Munich constituent les deux premiers faux plats avant l’ascension de ce qui apparaît comme un véritable Everest (Getafe-Séville-Valence-Chelsea-Real-Chelsea-Villarreal et finale de la Coupe contre Bilbao ! Tout ça en 25 jours !). Victorieux 2-0 de Huelva avec un Festival Iniesta et une équipe fortement remaniée, les Catalans font ensuite ce qu’il faut à l’Allianz Arena pour assurer leur qualification (match nul 1-1 avec un but de Keita suite à une séquence hallucinante de 20 passes !). Mission accomplie, malgré deux cartons jaunes évitables pour Alves et Puyol.

Sur les première pentes de l’Everest, se profile un déplacement à Getafe, modeste club de la banlieue madrilène mais épouvantail du Barça depuis trois saisons et surtout depuis une défaite 4-0 en Coupe du Roi en 2007. Enfin il faut se rappeler que cette équipe avait réussi à revenir du Camp Nou à l’aller avec le point du nul. De fait, comme à Munich, Guardiola aligne l’équipe type au Coliseum Alfonso Perez (à l’exception de Touré et Abidal, lequel revient tout juste de blessure, tandis que Henry qui était malade lors du déplacement en Bavière retrouve sa place). Si Messi ouvre le score à la 18ème minute, ni Stojkovic, le gardien de Getafe, époustouflant face à Henry et Piqué, la grande révélation de la saison catalane en défense, ni surtout l’arbitre, refusant deux penalties évidents et un but valable, ne facilitent la tache des Blaugranas (1-0). Il est temps désormais d’aborder le Tourmalet retour.

Malgré ses 78 points, soit un total de points supérieur ou égal à celui de six des dix derniers champions, le Barça est toujours sous le menace d’un Real Madrid époustouflant en terme de résultats en Liga depuis l’arrivée de Juande Ramos (quinze victoires et un nul !). Malgré son humiliante élimination en huitième de finale de la Ligue des Champions (4-0 au retour à Anfield Road contre Liverpool), le Real ne lâche rien. Son jeu n’est pas spectaculaire et ses victoires souvent difficiles, mais l’efficacité et la culture de la victoire du club royal forcent l’admiration. Et dépassent même parfois l’entendement, comme face à Getafe à Bernabeu. Mené 2-1 à la 84ème minute, le Real égalise deux minutes plus tard d'un coup franc magistral de Guti, mais concède dans la foulée un penalty à cause d’un pétage de plomb de Pepe (expulsé et suspendu très lourdement). 3-2 pour Getafe ? Non, car n’est pas Paneka qui veut. Casquero manque lamentablement sa tentative, permettant ainsi à Higuain, l’inévitable vengeur masqué du Real cette saison depuis la blessure de Van Nistelrooy, de donner l’avantage à la Maison Blanche dans les arrêts de jeu ! Nouvelle victoire merengue.

Ainsi, le Barça est sous pression avant de recevoir Séville. Il ne possède plus que trois points d’avance. Mais sa classe collective et individuelle avec un duo Iniesta-Xavi titanesque lui permet de soulever la montagne sévillane. Le score est une nouvelle fois sans appel (4-0) de même que la manière, éblouissante. Et pourtant Messi était sur le banc. De fait le money time a commencé mais le navire catalan ne change pas le cap. La victoire. Le spectacle. Le football à l’état pur tout simplement. La vitesse de croisière ne faiblit pas. L’océan est pourtant peuplé d’icebergs qui ne demandent qu’à éperonner la coque du vaisseau blaugrana. Mais le Barça est un brise glace que rien ne semble pouvoir arrêter. Ce Barça 2008-2009 est en train de repousser toutes les limites. Où les joueurs de Guardiola s’arrêteront-ils ?

Avant le triple enchaînement colossal C1-Clasico-C1, il faut réussir à sortir vivant du brasier de Mestalla. Valence n’est plus l’équipe en crise de l’hiver, incapable de payer les salaires de ses joueurs, et reste sur une excellente dynamique avec l’objectif d’accrocher la quatrième place qualificative pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Guardiola, continue d’aligner l’équipe type avec simplement un ou deux changements. Après Messi et Puyol, ce sont Henry et Touré qui sortent du onze de départ, ceci devant permettre de concilier à la fois l’exigence de performance et celle de gestion de la fatigue. Face à un Valence affamé et techniquement capable de rivaliser, au moins par séquence, avec le Barça, les Blaugranas souffrent terriblement malgré l’ouverture du score de Messi à la suite d’un mouvement d’école. Contrairement à ce qui s’était passé à Séville fin novembre, les hommes de Guardiola n’arrivent pas à garder leur avantage jusqu’à la mi-temps et se font surprendre par deux fois juste avant le repos. Techniquement peu inspiré (à l’image d’un Xavi hors du coup), le Barça n’arrive pas à percer le bloc défensif de Valence et ne doit son égalisation qu’à une sortie manquée de César en fin de match devant Busquets (l’autre révélation de la saison) et au flair de Henry (2-2). Malgré la nouvelle victoire de Madrid le lendemain contre Séville avec un triplé de Raul, ce nul rapporté de Mestalla doit être vu comme un bon point, car avec quatre points d’avance sur le Real, le Barça est assuré d’être toujours leader à l’issue du Clasico et ce quoi qu’il arrive.


Chapitre 10 : Un chef d’oeuvre et un miracle

Après Lyon et le Bayern, c’est désormais Chelsea qui se dresse sur la route du Barça dans sa quête d’un troisième triomphe européen en C1. Comme contre le Bayern, le Barça reçoit au match aller, ce qui lui a rarement souri en Coupe d’Europe. Pour ne prendre que la période récente, il faut se souvenir que le parcours victorieux de 2006 avait vu le Barça recevoir systématiquement au retour. A l’inverse, que ce soit en 2005 face à Chelsea, en 2007 face à Liverpool ou en 2008 face à Manchester, chaque fois que les Blaugranas se sont déplacés au retour, ils se sont fait éliminer.

Au Camp Nou, Chelsea débarque avec un projet très clair : défendre, défendre, et défendre. Guus Hiddink, le nouveau coach de Chelsea depuis le limogeage de Scolari à l’hiver, avant tout connu pour son jeu offensif (Pays-Bas 1998, Corée 2002, PSV 2005, Russie 2008) se prend pour Helenio Herrera et aligne un bloc de huit joueurs à vocation principalement défensive (Terry, Alex, Bosingwa, Ballack, Obi Mikel, Essien, Lampard) auquel on peut aussi ajouter Malouda. Refusant complètement de jouer, Chelsea reste campé dans sa moitié de terrain, n’attaquant qu’à un ou deux joueurs (sic). Quasiment du jamais vu au Nou Camp. Face à cette muraille, le Barça se montre peu inspiré. Il monopolise certes le ballon comme jamais, mais il pèche cruellement dans la finition. Ainsi Eto’o, puis Bojan et Hleb n’arrivent pas à punir le sinistre football de Chelsea, alors qu’une erreur grossière de Marquez aurait pu offrir un but à Chelsea en première mi-temps. L’arbitre n’est pas à la hauteur de l’événement, il laisse Chelsea jouer dur (notamment Alex et Ballack) et oublie un penalty sur Thierry Henry. L’arbitrage : maillon très faible de cette double confrontation.

De ce bal tragique le football ne sort pas grandi. Le Barça avait les armes pour gagner. Il a échoué. Et s’il n’a pas encaissé de but, la tâche s’annonce néanmoins difficile au retour dans un stade très hostile, et ce sans Marquez (blessé au genou, saison terminée) ni Puyol (suspendu car averti après avoir remplacé Marquez ; il aurait même pu être expulsé après un autre tacle irrégulier sur Malouda).

Après ce triste nul, le Barça doit dans le foulée se rendre à Bernabeu. C’est la finale de la Liga. Depuis trois mois, les joueurs et la presse madrilène répètent à l’envie que tout se jouera lors du Clasico. D’abord perplexes, les joueurs catalans ont du se rendre à l’évidence : Madrid ne lâche rien, et surtout pas sa double couronne qu’il faudra venir lui arracher dans son antre. Guardiola aligne son meilleur onze, de même que Ramos. Rarement un Clasico n’avait eu autant d’enjeu ces dernières années.

D’entrée, l’engagement est maximal. Aucune des deux équipes ne calcule. On pressent qu’il va y avoir beaucoup de buts. La défense de Madrid joue très haut et laisse beaucoup d’espace, tandis que de son côté Robben semble très en jambe face à Abidal. Après une bonne entame, le Barça se fait surprendre par Sergio Ramos qui adresse un excellent centre à Higuain qui vient d’échapper au marquage. 1-0. Bernabeu exulte. Bientôt il va cauchemarder. La réaction catalane est foudroyante. Henry sur un caviar de Messi, puis Puyol d’une tête énergique sur un coup franc de Xavi, redonnent l’avantage au Barça. Madrid est en train de couler au milieu face à Iniesta, Xavi et Touré, tandis que Messi positionné dans l’axe fait des ravages, si bien que le 3-1 arrive avant la mi-temps. Madrid est KO, mais il n’est pas mort. Sergio Ramos profite de la passivité de la défense blaugrana pour marquer de la tête sur coup de pied arrêté. Madrid est-il en train de refaire une de ses remontées dont il a le secret ? Non. Le suspens ne dure que deux minutes, le temps pour Henry de prendre l’espace et de crucifier Casillas. La suite, c’est une orgie pour le Barça avec deux nouveaux buts de Messi et Piqué (son premier en Liga). Le FC Barcelone l’emporte 6-2 à Bernabeu avec quasiment le même onze que celui qui avait été humilié il y a un an. Tout va si vite en football. La Liga sera bel et bien blaugrana. Mais à côté des six buts inscrits par la Pep Team dont on reparlera encore dans 50 ans, c’est presque une anecdote.

Pas le temps de savourer ce triomphe qu’il faut prendre l’avion pour Londres. Après le chef d’œuvre de Santiago Bernabeu, le Barça va connaître le miracle de Stamford Bridge. Avec une équipe affaiblie au milieu de terrain par les absences de Henry (blessure au genou), Marquez et Puyol, obligeant Touré à jouer derrière (Pep ne faisant pas confiance à Caceres et Sylvinho) et Iniesta à jouer sur l’aile (titularisation de Busquets et Keita aux côtés de Xavi), le Barça manque de qualité dans le cœur du jeu. Mené très rapidement par un coup de canon sublime de Essien (9’), le Barça parait impuissant. Messi et Iniesta sont serrés de très près, tout comme Eto’o. Et surtout le Barça ne cadre pas. De son côté Chelsea joue comme à l’aller, à dix derrière, mais tente davantage sa chance en contre. Le Barça est au bord de la rupture face à Drogba. Mais Valdes sort une nouvelle fois le grand jeu, comme à l’aller.

De son côté l’arbitre perd le contrôle du match. La faute de Dani Alves sur Malouda est dans la surface (24’) mais il ne siffle que coup franc. Plusieurs mains sont commises dans la surface (Ballack 5’, Piqué 82’, Eto’o, 95’) sans conséquence pour autant, tandis que Drogba et Anelka tendent à s’écrouler au moindre contact. Abidal est d’ailleurs expulsé pour une faute imaginaire. Réduits à dix depuis l’heure de jeu, les Catalans arrachent finalement le nul (1-1) grâce à une frappe de 20 mètres d’Andres Iniesta, la première frappe catalane cadrée du match, à la 93ème minute ! Au bout du suspens, Saint Andres arrache la qualification. Que d’émotion ! Barcelone rejoint Manchester en finale au stade Olympique de Rome, où décidément, tous les chemins mènent. Le Barça revient de l’enfer et touche désormais du doigt les portes du paradis et d’un triplé historique avec deux finales et encore trois matches de Liga à jouer.


Chapitre 11 : Triple couronnement

Quatre jours après la thaumaturgie d’Iniesta, le Barça reçoit Villarreal au Camp Nou. Madrid a perdu la veille à Valence et semble enfin abdiquer. Il ne reste à la Pep Team qu’à finir le travail en battant le sous-marin jaune afin d’offrir la Liga au peuple barcelonais venu en masse. Guardiola aligne à nouveau son équipe type, tout juste amputée de Henry, toujours blessé et désormais incertain pour la finale de Rome. La fête bat son plein dans les tribunes, le temps est radieux. Et le Barça mène facilement à la pause 3-1. Mais Abidal est à nouveau expulsé en commettant une faute dans la surface. Revenu à 3-2 en transformant le penalty, Villarreal pousse et fini par trouver la faille (3-3). A la 92ème minute... Toutefois aucun culé n’échangerait ce coup de théâtre contre celui de Stamford Bridge ! Contrairement au match aller, le Barça n’a pas su résister à dix. Relâchement légitime. Après les deux titres de 2005 et 2006, le Barça sera à nouveau sacré champion loin de son public. Inquiétude enfin pour Iniesta sorti du terrain en boitillant. Verdict : légère déchirure musculaire. Pour le Manchego, comme pour Thierry Henry, la course contre la montre pour jouer la finale contre Manchester a commencé.

Après avoir manqué de s’adjuger la Liga dans son stade, le Barça a l’occasion de se rattraper de belle manière avec la finale de la Coupe du Roi. A Mestalla, face à l’Atletic Bilbao, Guardiola doit encore bricoler sa défense du fait de la suspension d’Abidal. L’option Touré en défense centrale est confirmée, tandis que les absences de Iniesta et Henry sont palliées par Keita et Bojan. Le début de match est équilibré, mais voit l’ouverture du score de Bilbao sur corner. Heureusement pour les Catalans, Touré égalise à la demi-heure de jeu d’une frappe canon à la suite d’un rush dévastateur. Dès lors le Barça retrouve tout son football et va plier l’affaire au retour des vestiaires en marquant trois buts en 10 minutes (4-1). Avec cette 25ème victoire en finale, les Blaugranas affirment leur statut de rois de la Coupe.

Dans la quête d’un triplé historique, le Barça a déjà accroché la Coupe du Roi. La Liga suit trois jours plus tard, et ce sans jouer, puisque le Real, magnifique de courage jusqu’au Clasico, est en pleine déliquescence et perd à nouveau (contre Villarreal). Champions dans leurs canapés, les joueurs de Guardiola, n’ont désormais plus qu’à préparer la finale de Rome. De fait, c’est une équipe très bis qui se présente sur la pelouse de Majorque, avec comme seul titulaire habituel Samuel Eto’o. Cherchant à assurer son titre de pichichi face à la menace Forlan, Eto’o vendange un nombre impressionnant d’occasions (après avoir néanmoins ouvert le score). Le Camerounais rate notamment un penalty en fin de match. Le Barça perd 2-1. Anecdotique évidemment tout comme sa défaite lors de la journée suivante face à Osasuna au Camp Nou (1-0). Muet, Eto’o, une nouvelle fois aligné alors que tous ses compères de l’équipe type sont en tribune ou sur le banc, a la désagréable surprise de voir la fusée Forlan (buteur lors des dix derniers matches) lui ravir le titre de meilleur buteur. 31 buts pour l’Uruguayen, contre 29 pour le Camerounais. Le scénario de 2006 se répète.

Mais l’essentiel est ailleurs. La chasse aux records, dont celui du plus grand nombre de buts inscrits en Liga (le Barça reste bloqué à 104, à trois longueurs du Real Madrid de John Toshack 1989-1990) reste quelque chose de secondaire. Tous les regards sont en effet tournés vers Rome.

En débarquant dans la Cité éternelle pour y affronter Manchester United, tenant du titre et triple champion d’Angleterre, le Barça n’est pas favori selon la plupart des observateurs. On met en avant ses difficultés face Chelsea en demi-finale ainsi que ses problèmes d’effectif. En effet, Henry et Iniesta sont incertains malgré des déclarations rassurantes, tandis que Marquez, Abidal et Alves sont blessés et/ou suspendus. Comme l’a indiqué la finale du Coupe du Roi, Touré jouera en défense centrale aux côtés de Piqué, éblouissant depuis trois mois. Utilisé à tous les postes de la défense, Puyol sera aligné à droite à la place d’Alves alors que le jeune Busquets occupera le poste de pivot. Mais quid du couloir gauche. Sylvinho qui a joué les pompiers de service malgré ses 35 ans n’a jamais déçu cette saison. Mais Guardiola semble douter des capacités du vétéran brésilien pour un tel match. Il parait ainsi tenté d’aligner Keita, ce qui constituerait un pari assez osé. Finalement le onze de départ est le suivant : Valdes - Puyol, Touré, Piqué, Sylvinho - Xavi, Busquets, Iniesta - Eto’o, Messi, Henry.

 

Le début de match est très à l’avantage de MU. Positionnés très haut, les Anglais profitent du manque de réglage du bloc défensif catalan pour se créer trois bonnes occasions par Ronaldo. Messi, qui a débuté à droite, passe rapidement dans l’axe, laissant son couloir à Eto’o afin de perturber l’organisation défensive anglaise et de donner plus d’équilibre au bloc blaugrana face à Evra et Rooney. Après avoir laissé passé l’orage, Barcelone place sa première banderille. Iniesta récupère le ballon au rond central et déchire le premier rideau défensif de MU pour lancer Samuel Eto’o. Le Camerounais se joue de Vidic avant de tromper Van Der Sar. Manchester ne se remettra jamais de cette ouverture du score précoce (10’) et abandonnera progressivement le milieu de terrain, là où tout se joue, à Iniesta et Xavi, encore une fois fabuleux. Au retour des vestiaires, le Barça appuie sur l’accélérateur et manque de peu de corser l’addition par Henry, Messi puis Xavi (coup franc sur le poteau). Finalement c’est Messi, du haut de son mètre soixante-neuf, oublié par le géant Ferdinand, qui double la mise à vingt minutes de la fin du match d’une tête prodigieuse sur un service de l’inévitable Xavi. 2-0, le Barça est champion d’Europe au terme d’un match presque à sens unique, et conclut comme dans un rêve sa saison par un triplé de légende.

Toute la ville de Barcelone s’embrase au coup de sifflet final. La liesse est gigantesque. A la mesure de la performance accomplie par la Pep Team dont la maîtrise collective implacable a mis au tapis Manchester United, réputé meilleure défense du monde et invaincu au niveau européen depuis sa défaite à Milan en demi-finale en 2007. Alors que la presse du monde entier dresse leurs louanges, les Blaugranas reviennent à Barcelone pour recevoir un triomphe tout ce qu’il y a de plus romain dans les immenses avenues géométriques de la ville puis dans la monumentalité du Camp Nou. Dans cet écrin d’obscurité et de lumière, le staff et les joueurs font un à un leur entrée pour présenter leur triple couronne au peuple culé. La république barcelonaise acclame ses rois dans la moiteur radieuse et suave d’une nuit que tous souhaiteraient sans fin.

La plus belle et la plus glorieuse saison de tout l’histoire du FC Barcelone est terminée. Les historiens particulièrement pointilleux souligneront toutefois que l’épopée en or du FC Barcelone 2008-2009 ne s’est achevée qu’après un match nul (1-1) sur la pelouse du Depor, juste le temps pour Samuel Eto’o d’accrocher une trentième perle à son fabuleux collier de goleador. Mais c’est dès la fin du match de Rome qu’un sentiment de nostalgie s’est emparé du peuple bleu et grenat. Déjà. Ce fut beau, ce fut magnifique, ce fut grand.


Epilogue : Dans la légende

La légende du football est une dame exigeante. Elle ne s’offre qu’à peu d’escouades. Ce Barça là peut-il avoir le privilège et l’honneur de l’embrasser ? Indiscutablement.

Au delà de la froideur clinique des statistiques (158 buts en 62 matches dont 105 pour la seule Liga…) et des trois titres majeurs accumulés au crépuscule des ides de mai, ces petites lignes au palmarès si chères aux austères comptables de l’histoire footballistique, il restera de cette épopée un sentiment de plénitude absolue dans l’art et la manière de faire vivre le ballon. Rarement une équipe aura réussi à amasser dans le creux de ses pieds autant de flamboyance et de magnificence sur l’ensemble d’une saison. Aussi haut, aussi longtemps. Dessiner les arabesques collectives et individuelles les plus prodigieuses et superposer les buts jusqu’à venir caresser les étoiles quelque ce soit l’adversaire, Empereur, Général ou fantassin, et ce des premières fraîcheurs de l’automne jusqu’aux bourgeonnements du printemps, voilà ce qui a d’abord fait la grandeur de ce Barça. Réconcilier manière et résultat est ensuite ce qui en a fait la majesté. Mais l’on sait que triompher même dans les grandes largeurs n’est qu’une accumulation minutieuse et malicieuse de détails. Et que les dieux du football sont facétieux. La victoire et les titres ne peuvent pas être le seul étalon. S’il ne peut y avoir de défaite belle et glorieuse, l’aune de la beauté et de la gloire échappe souvent à ceux qui n’étreignent fougueusement que le gain.

Ce Barça là peut-il continuer à régner ? Ce qui d’abord est gloire à la fin devient fardeau écrivait le poète. Il est coutume de dire que rester en haut de la montagne est plus difficile que d’en gravir les pentes, aussi abruptes soient-elles. Les joueurs arriveront-ils à digérer tant d’honneurs et d’éloges ? Nul ne le sait encore. La réponse se trouve essentiellement entre leurs mains et celles de leur génial entraîneur. Qu’ils sachent simplement que personne n’exigera d’eux un nouveau triplé et qu’ils seront les seuls à même de proposer pareille folie. Nous ne ferons que les accompagner. Comme toujours. Et pour toujours.

Visca Barça !

 

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Posté par javito
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