Article | Camp Nou | vendredi 21 septembre 2007 à 07:34  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Le 6 juin 1970, le jeune arbitre basque Guruceta avait inventé un penalty imaginaire en faveur du Real Madrid et avait gâché la rencontre...


Ce 6 juin 1970, les esprits du public blaugrana étaient plus qu’échauffés. Lors de la rencontre de quarts de finale aller de Coupe, l’arbitre navarrais Zariquiegui avait validé le second but du Real Madrid, après qu’Amancio ait initié l’action en position évidente de hors jeu.

Mais en vain, certains étaient déjà habitués au favoritisme des arbitres vers le club de la capitale et à présent le public devait soutenir le Barça pour qu'il remonte ce 2-0. Ils ne restaient plus de places aux guichets. Un spectacle de premier ordre se précisait et pas même le capitaine général Alfonso Pérez Viñeta ni le gouverneur civil Tomas Pelayo Ros, n’ont souhaité rater la rencontre et ont entouré Agusti Montal en tribune présidentielle. La direction du jeu a été confiée à un jeune arbitre basque José Emilio Guruceta Paroi, 28 ans, qui avait débuté cette saison même en première division et était considéré comme l'arbitre le plus prometteur du football espagnol.

Le scénario était clair : le Barça devait tenter de marquer dès la première minute de jeu. Et il en fut ainsi. Il a mis toute son énergie, celle qui lui avait manqué au Santiago Bernabéu – indépendamment des injustices arbitrales-.

La pression blaugrana a eu son prix au bord de la mi-temps lorsque Rexach a lancé un tir croisé et le ballon après avoir frappé les 2 poteaux est entré dans les buts défendus par l’Asturien Junquera. Le délire avait pris le pouvoir du Camp Nou. Il restait toute une seconde période pour chercher l'exploit.

Mais les espoirs sont partis en fumée à cette fatidique 59’, quand en pleine pression locale, une contre-attaque rapide des blancs rapide s'est produite. Velazquez a couru rapidement vers la surface blaugrana mais quelques mètres avant de la fouler, Quimet Rifé l’a stoppé irrégulièrement. Le milieu de terrain des merengues, après avoir trébuché, est tombé dans la surface et Guruceta, qui suivait l'action de loin a indiqué le point de penalty au milieu da la stupeur générale. Et Troie a brûlé.

Les joueurs blaugrana ont fortement protesté au milieu d'une bronca spectaculaire avec lancement de coussins généralisé. Rifé a même tenté de quitter le terrain.

Après plusieurs minutes d'interruption, Amancio a lancé le penalty et a égalisé le score à un but. Le capitaine Eladio s’est directement dirigé vers l’arbitre et selon l’acte il lui aurait dit “tu es un madridista, tu n'as pas honte”, ce qui lui a valu l'expulsion. Ce joueur de Sabadell s’est résisté à quitter le terrain mais ses coéquipiers l’ont finalement convaincu.

Mais les esprits étaient déjà échauffés au maximum aussi bien sur le terrain que dans les gradins qui, dès ce moment, n'ont pas cessé de conspuer l’arbitre et les joueurs de Miguel Muñoz. Les spectateurs lançaient tout type d’objets et il était chaque fois plus difficile de jouer. Un penalty possible sur Rifé a encore augmenté la tension.

Et, à 10 minutes de la fin, des spectateurs ont commencé à pénétrer la pelouse. La police était incapable de freiner cette avalanche humaine et Guruceta a décidé de suspendre définitivement la rencontre.

Sur le gazon du Camp Nou, une manifestation spontanée de barcelonisme a pris place. Des centaines de culés, levant des drapeaux blaugrana, ont crié pacifiquement à vive voix des consignes contre l'arbitre, le centralisme et le Real Madrid. Et plusieurs joueurs barcelonistas ont été soulevés par les épaules, comme des toreros, dans leur chemin pour rejoindre les vestiaires. Jamais une chose pareille n’avait été aperçue au Camp Nou.

Une bonne partie ‘des envahisseurs’ s'est retirée de la pelouse mais les derniers qui sont restés ont dû souffrir la brutalité de la police. C’est alors que les gradins ont scandé des cris de ‘Policiers, assassins’, chose réellement inhabituelle en ces temps de dictature. Les charges se sont poursuivies hors de l'enceinte, provoquant des scènes de panique parmi des gens qui n’étaient pas concernés par les incidents.

Les jours et semaines suivants ont été chauds. Le ‘cas Guruceta’ avait dépassé le cadre strictement sportif. En Catalogne, beaucoup l'ont vu comme une nouvelle attaque du franquisme et du centralisme contre le pays.

Agusti Montal s’était montré très critique –et à la fois compréhensif avec ses joueurs et son public- et il a demandé un changement radical dans tous les domaines du football espagnol. Bernabéu, provocateur comme toujours, disait que le penalty était évident et Guruceta ne donnait pas le moindre signal de regret. Au contraire.

Des déclarations de tout ordre ont inondé tous les médias. Jamais auparavant une polémique arbitrale n'avait soulevé autant de poussière.

Le Comité de Compétition, 4 jours plus tard, sanctionnait le FC Barcelone avec la plus forte amende, 90.000 pesetas et un avertissement de fermeture du stade, rejetait la répétition du match, suspendait Eladio pour 2 rencontres et suspendait pour 6 mois Guruceta. Ce dernier avait provoqué l'indignation du président du Comité des Arbitres, José Plaza, antibarcelonais reconnu qui, après avoir effectué de dures déclarations, a démissionné.

La direction du Barça a récusé pour toute la vie Guruceta et le public barcelonista a décidé de transformer le nom de famille de l'arbitre basque en synonyme d'insulte. Ce 6 juin 1970 a marqué, évidemment, l'histoire du Camp Nou et du Barça.

Interacivité :

La vidéo du scandale



Source: Sport

Posté par marco93fcb
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