Chronique | Cruyff | lundi 5 octobre 2009 à 22:28  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Je ne suis pas partisan des longs contrats et celui que vient de signer Messi avec le Barça en est un. Je préfère les renouvellements pour trois ou quatre années. Beaucoup d'étoiles n'ont pas donné le rendement attendu après avoir renouvelé pour autant de saisons avec leur club.

 
L'amélioration et l'extension de contrat de Leo Messi date déjà de quelques semaines. Par sa qualité, sa trajectoire et sa progression, son rendement aussi bien sur le plan individuel que collectif, il n’y a rien à objecter à l'amélioration de ses émoluments. En ce qui concerne l'extension de son contrat jusqu'en 2016 c’est déjà autre chose. Particulièrement, je continue à défendre les contrats de courte durée à ceux plus longs. Et par courte durée, je me réfère à un maximum de trois ou quatre années. Cette norme sur laquelle je m'arrête vaut pour tous, même pour le meilleur joueur du monde, appelons-le comme il se doit.

Tout joueur, quel qu’il soit, a besoin d'une motivation pour continuer à progresser. Et, en tant que club, je dois toujours garder la possibilité de lui améliorer les choses, année après année, s’il le mérite. Dans le sport, tu ne peux jamais être tout à fait tranquille. Je sais déjà qu'on lui a appliqué une clause antiFlorentino, je sais déjà qu'on a aligné son salaire sur celui des meilleurs joueurs du monde, primes mises à part. Mais allonger son contrat jusqu'en 2016 me paraît excessif. Et je ne dis pas ceci pour le club, mais pour le joueur lui-même. Le club le fait à cause de la vieille crainte que la noix de coco dont elle dispose viendrait à tomber ou qu’un autre cocotier viendrait à s’y intéresser. Donc, et si cela advenait ? On le voit, il y a beaucoup de si… qui peuvent apparaître et qui apparaîtront sans doute.

Le garçon est sans doute celui qui mérite de gagner le plus, mais, moi, j’utiliserais plutôt une autre formule. Et si cela est bon pour lui, ce sera évidemment bon pour le reste. Trois ans de contrat, quatre au maximum, et en fin de saison, une année supplémentaire. Si le joueur reste encore lié à son club, cette année supplémentaire aura certainement davantage de valeur que celles signées aujourd’hui jusqu’en 2016, et je la préfère aux nombreux "et si… " qui peuvent apparaître et faire que la chose paraisse tordue.

Le rendement
Pour moi, la question n'est pas de savoir si tu paies 8, 10 ou 12 millions, mais d’utiliser une formule qui récompense le rendement réel, pas celui que tu penses qu’il peut donner dans le meilleur des cas. Et encore moins sur une aussi longue période. J’insiste, mais il s’agit d’une formule qui est bonne pour le club et encore meilleur pour le joueur. La différence entre jouer exceptionnellement bien ou seulement bien n'est pas aussi importante. La différence entre un rendement exceptionnel aussi bien dans ce qui est relève de l’individuel que du collectif n'est pas aussi importante non plus. Et le football reste un jeu d'équipe. La différence peut se faire si tu es concentré à 100% ou à 90%.

Sera-ce une bonne année ? Et par bonne année je ne me rapporte pas à ce qui est exceptionnel : une année supplémentaire. Et comme amélioration je te paye plus que cela aurait été le cas avec un plus long contrat, mais je te le paye avec goût parce que tu m'as démontré une chose : que ton rendement était maximum. Et ce n'est pas rien, car si nous regardons en arrière il y a un tas d'exemples, un tas de noms, de grands joueurs, à qui on a fait signer un long contrat et dont le rendement ensuite a été très en dessous des espoirs placés en eux. 9 joueurs sur 10 sont devenus mauvais. Et je doute beaucoup que cette proportion soit exagérée.

Dans le fonds, il s'agit de changer quelque chose pour stimuler le rendement. Comme ce qui a été fait par Guardiola à un autre niveau, avec l’échange d'Ibrahimovic par Eto'o. Je me réjouis qu’il n’ait fallu que quelques journées de Liga pour que les comparaisons avec le camerounais cessent.

Dans la peau de Guardiola
D'entrée, et contrairement à il y a trois ans, après la Champions de Paris, quelqu'un s'est rendu compte que quelque chose devait avoir lieu, quelque chose d’important, un peu choquant, pour casser d'une manière ou d'une autre ce qui était vu comme très bon par l’extérieur. Je me mets dans la peau de Guardiola et regarde les meilleurs joueurs de mon effectif : Messi, Xavi, Iniesta, Eto'o…
Lequel je choisis pour donner un coup à cet effectif ? A qui je demande de partir et qui je fais venir ? Je sais ce que je veux provoquer : que les qualités exhibées ne tombent pas en déchéance et qu’un nouveau défi avec lequel travailler apparaisse. Et je veux tout cela avec le changement d'un seul joueur. Un joueur de football qui, par des qualités différentes, implique l'attention maximale des coéquipiers qui l'entourent. Xavi et Iniesta imposent la marque Barça. Messi est différent de tous. C’est pourquoi la décision était claire. En outre, un détail : Eto’o était le seul dont le contrat s’achevait. Et en étant le 9 du Barça, le mouvement de ce joueur référence entrainait des répercussions sur le reste cde l’équipe. Un seul changement, certes, mais un changement très adroit.

Un premier grand duel
De l’affrontement Séville-Madrid, plusieurs choses. Un : que les Andalous jouent, d’une certaine façon, comme le Barça, en profitant des ailes avec Navas, Perotti et Capel. Ils rendent le terrain de jeu plus grand et permettent l'arrivée d'hommes du milieu de terrain en zone d’attaque. En cela, Barça, Madrid et Séville se ressemblent aussi : ils aiment jouer à 15-20 mètres de la surface de réparation adverse et cela est synonyme de spectacle. Un jeu direct et la victoire pour celui qui est le plus en réussite. Comme Séville hier. Cette équipe peut-elle lutter pour la Liga ? Oui, mais elle rencontrera des problèmes avec les plus petites équipes. C'est pourquoi je crois qu'elle peut mieux réussir en Champions. Et Madrid ? Le Real a démontré que le battre cette année sera très compliqué. Et il a de nouveau exhibé son esprit de toujours : Ramos aurait pu égaliser dans les tous derniers instants.

Source: Las Claves de Johan Cruyff

Posté par GreGoL
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