Chronique | Cruyff | mardi 21 avril 2009 à 00:19  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Quand tu joues bien et gagnes, tout te coûte moins. Et si en plus ton grand rival, Madrid, ne te lâche pas, cela t'oblige à donner le meilleur. Et dans le cas du Barça, c'est ce qui se produit. Il ne suffit que de le regarder sur le terrain pour s'en convaincre.

 
Dix rencontres en cinq semaines. Onze si le Barça se qualifie pour la finale de la finale de la Champions. Trop pour le physique ? Excessif pour l'esprit ? Quand tu joues bien et gagnes, tout te coûte moins. Et la sensation que le Barça n'est pas fatigué est évidente. Cela peut paraître contradictoire que l'équipe azulgrana court toujours beaucoup et pourtant c’est bien le cas. Il peut paraître aussi contradictoire de viser jusqu'à trois titres sans que cela perturbe les têtes, et pourtant il semble que ce ne soit pas le cas. Enfin, cela peut paraître contradictoire, mais la série impressionnante de Madrid au niveau des points pourrait miner le moral de l’équipe alors qu’elle semble justement produire l'effet inverse. Plus ils me serrent au classement, plus je fais des efforts.
Pratiquer le beau jeu ne te donne pas de points supplémentaires. Mais bien sur qu'en jouant de façon attrayante tu rends heureux les tiens. En plus d'additionner les points, les équipes de tête ont l'obligation –je l’entends ainsi-- de procurer du plaisir. À tous. Pas seulement à leurs supporters. Je tire mon chapeau à Madrid en ce qui concerne les points. C’est clair. Toutefois, je ne rappelle pas une seule de leurs rencontres où je me suis dis : « Fichtre, ils m’ont vraiment donné envie de les voir ».
En revanche, le « style du Barça ? Comment il joue ? Il donne envie… », c'est déjà un commentaire fort répandu. Et son mérite est énorme. Parce qu'il se situe sur la base de son livre de style qui a réussi à rendre facile ce qui est très difficile. Arriver à se dire que l’opposition face au Bayern de Ribéry était une rencontre amicale est irréel. Penser que Lyon était une bande d’amateurs parce que tu lui en as mis cinq à la maison est irréel. Et ne pas avoir atteint la pause samedi sur le score de 0-4 ne pouvait donner la sensation alors que Getafe avait bien de la chance à ce moment là et qu’elle ressemblait à une équipe de seconde zone. Et pourtant ni le Bayern, ni Lyon, ni Getafe ne sont des équipes de seconde division. Ni de troisième.

Le manuel de Guardiola
C'est le Barça qui t'induit à commettre cette erreur. En appliquant son manuel de football, il obtient que tu crois que le rival est toujours pire que ce qu’il est réellement. Et ceci est le fruit d'un assemblage de vertus de football énorme, ajouté à une détermination digne d'éloge. Cela lui est égal que l’adversaire soit espagnol, français ou allemand. Cela lui est égal de jouer à la maison ou à l’extérieur. Si les hommes de Guardiola exécutent bien son style, ils finissent par le commander.
Les gens peuvent penser qu’en jouant ainsi tu dépenses beaucoup d'énergie. Mais ce n’est pas vrai. Jouer le ballon rapidement, en resserrant les lignes, requiert plus un effort mental que physique. Si tu parviens à jouer toujours dans le camp adverse tu te fatigues moins. Et récupérer beaucoup de ballons dans l’autre camp n'est pas synonyme de courir comme un fou, mais de courir juste ce qu’il faut vers l’arrière pour ensuite devoir courir un peu vers l'avant puisque tu es déjà avancé. Encore une fois, avec son style, le Barça, te conduit à l’erreur. Par sa manière de jouer, il court moins qu’il n’y paraît. C'est pourquoi les joueurs paraissent plus frais que leurs adversaires. Parce que pendant que ces derniers souffrent sans le ballon, les autres s’amusent.
Trop de rencontres pour peu de joueurs ? En partant du principe que le Barça court peu mais avec sens, les changements que tu vas devoir faire par usure sont minimaux. Ce principe de précaution est toujours individualisé, mais en ajoutant les points comme les ajoute Madrid, il faut maintenant redoubler d’effort plus que tout. D'abord, parce que je doute que quelqu’un veuille sortir de l’aventure actuellement. Et aussi parce qu'en remportant le titre au plus vite tu t’épargneras des efforts à la fin.

Les journées de la peur
Faut-il avoir peur de ce qu’on appelle le Tourmalet ? Ce dernier existe également pour Madrid, car le calendrier ne fait pas de distinctions. Et rappelons-nous que lors de la phase aller le Barça avait engrangé 12 points sur 12 devant Séville, Valence, Madrid et Villarreal. Il faut de nouveau remporter toutes ces médailles.
Du Barça actuel une seule chose me préoccupe : la facilité avec laquelle certains reprochent à Henry d’avoir raté les occasions qu'il a eues en première période contre Getafe. Sans l'effort de tous il n'y a pas d'occasions converties. Je sais bien que Getafe aurait pu arriver au repos avec un score de zéro à je ne sais combien, mais le football est un jeu d’erreurs. Et le Barça ne m’a pas moins plu parce qu'il n’a pas condamné son adversaire en première mi-temps. Je l’ai moins aimé en seconde période parce que son jeu était moins fluide et que certains joueurs ont plus insisté dans l’exploit individuel que dans ce qui était collectif. Mais si tu pointes du doigt  Henry ou celui qui loupe un but  en jouant comme il joue, je ne veux même pas penser à ce qui pourrait se passer l'année prochaine. D’autant plus si on gagne les trois titres. Pour peu qu'on baisse d’un cran, les comparaisons seront terribles.

La prochaine saison
Si tu comptes les buts que tu as inscrits, les passes décisives effectuées, ta contribution à l'équipe offensivement et le minimum notable défensivement tu te retrouves alors face un constat remarquable qui peut cependant se refermer sur toi. Je crains en effet qu’une saison 2009-2010 très compliquée nous attende. Déjà parce qu’il est plus difficile de se maintenir au sommet que d’y parvenir, mais aussi parce que le Culé a cette capacité bien à lui de toujours pointer du doigt ce qui dysfonctionne, et cela une année d'élections. Il entre alors là beaucoup d'égoïsme et d’éléments de distraction.

Source: Las claves de Johan Cruyff

Posté par GreGoL
Article lu 9531 fois