Interview | Cruyff | lundi 31 août 2009 à 18:18
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Pendant des années, Pep Guardiola a écouté ses paroles sans savoir qu'avec le temps il se transformerait en son meilleur disciple. Aujourd'hui, l'élève continue d'honorer le maitre bien qu'il ait déjà écrit sa propre histoire avec un Barça prodigieux. Au milieu de cette admiration mutuelle, Cruyff, qui il y a déjà une année a parié avec fermeté sur Pep, maintient cette foi aveugle.

--Il est facile de penser que si vous étiez derrière Guardiola dans le vestiaire vous répéteriez que " la seconde année est la plus difficile ".
--Tu sors d'une saison fantastique et, quand les choses se sont si bien passées, c’est facile de penser qu’il ne faille rien changer. Mais, même si on peut l’expliquer mille fois, comment une chose est arrivée et comment en maintenir une autre, il y a toujours une possibilité que cela ne se passe pas ainsi. Après un succès, il faut changer quelque chose. Ce que Guardiola tente c’est d'améliorer la qualité de l’équipe et de savoir faire face aux problèmes, et pour moi il l’a fait parfaitement.
--Le grand changement est le départ d’Eto’o.
--Beaucoup parlent maintenant de lui avec un ton critique qui ne me paraît pas juste. Ses cinq années ont été très bonnes. Eto’o a été parfait. Mais, sincèrement, je crois que sept années font beaucoup. Et il y a une autre chose : personne ne peut entrer dans sa dernière année de contrat sans l’avoir renouvelé, parce qu'il y a toujours beaucoup d'influences et que c’est une situation inconfortable, surtout en fin de saison, quand tu joueras les titres. Donc il faut donner raison à Guardiola. Et il a hérité en outre d’Ibrahimovic, qui est très bon joueur de football.
--Tu comprends ce qu’a dit Guardiola en affirmant que c’était une question de feeling ?
--Oui, c'est quelque chose qui se devine, se sent, presque à l’odorat. Tu crois que tu dois prendre cette décision, mais, quand tu ressens une émotion au moment de négocier, cela est difficile à expliquer. Mais, si tu vois comment Pep s’est comporté avec Etoo, il a été parfait. Il lui a donné le brassard lors des dernières rencontres, quelque chose qu'il n’avait sans doute jamais espéré, après avoir gagné la Liga; il a fait le pasillo à Majorque en tant que capitaine… Ce sont des détails importants. Si tu le haïs ou le manipules, tu ne fais jamais quelque chose comme ça.
--Mais, pour l'instant, le souvenir d'Eto’o pèse…
--Oui, clairement, et c’est logique. Les comparaisons vont commencer, ou, ont déjà commencé. Mais elles n’ont aucun sens. Chacun joue son rôle et il faut savoir attendre. Ibra vient de jouer cinq années en Italie et n'est pas encore habitué à la Liga espagnole. Il doit entrer dans une dynamique nouvelle. Et non seulement lui, mais les autres également. S'il ne va pas dans un sens il doit aller dans l’autre. La pression n'est pas la question d'un joueur, mais celle de toute une équipe.
--Et il te plait ?
--Question football, c'est un joueur que j'aime beaucoup, parce qu'il domine tous les aspects de ce sport. Depuis son passage à l'Ajax, et ses 5 années passées en Italie, il a mûri. Il a amélioré ses qualités. Peut-être qu’à présent il marque moins, mais, par contre, il donne davantage de passes décisives. Et, par exemple, il marquera plus de buts de la tête que les autres, et cela est déjà une amélioration pour l’équipe. Son type de caractère fonctionnera parfaitement durant les premières années, parce qu'il voudra prouver qui il est, et cela est quelque chose dont tu as assurément besoin. Il est de plus dans une équipe dans laquelle, s'il a de la confiance, les gens qui sont autour lui en donneront encore plus.
--Et, en accord avec sa philosophie, il permettra aussi un nouveau triplé ?
--La seconde année est toujours difficile, bien que, dans ce cas, encore plus de par tous les succès obtenus par les joueurs. Depuis le premier entraînement, Pep sait déjà où il peut y avoir des problèmes, et c’est là qu’il doit serrer. Il fait bien en serrant partout. C'est pourquoi il a tant insisté pour acquérir Chigrinskiy. Dans une équipe, tu peux toujours te dissimuler derrière l’un ou l’autre, mais lui, il ne peut se cacher derrière personne. Et, si l'équipe est mauvaise, les critiques seront pour lui. Donc il faut bien qu’il serre par le haut et par le bas. Il doit le faire, parce qu'il sait très bien que se maintenir au sommet est très difficile. Si un joueur donne 98% au lieu de 100% comme avant, ce n'est déjà plus la même chose et, si tu l'ajoutes pour chacun des joueurs, tout est beaucoup plus difficile. Il faut être gentil tout en surveillant tout le monde. C'est un vrai travail de fous.
--Pour commencer, il vient d’ajouter deux Supercoupes au triplé.
--Il faut recommencer de zéro. Il s'agit de favoriser la concurrence : que la personne sur le banc se sente indispensable, qui personne ne pense qu’elle ait un passe-droit de par son passé brillant. C’est pourtant humain, parce qu'il n'est pas aisé d'assimiler autant de succès. Il faut exiger chaque jour pour que tout le monde se donne à cent pour cent. Mais il y a aussi l'influence de l'environnement et de ce que dit la presse. Tout cela complique ton travail. Il y a une année, beaucoup ont tué Guardiola avant même le commencement de la saison parce qu'il n'avait pas expérience…
--Cette année, l'environnement sera plus agité avec la perspective des élections. Crois-tu que cela peut avoir une influence pendant la saison ?
--Guardiola connaît la maison et sait ce que cela signifie. Il a pris la position adéquate. Il ne va pas être récupéré par personne. Il doit seulement dire : « Je suis l’entraineur et ce sont mes joueurs. Si vous me voulez, c’est très bien, sinon, je suivrai mon chemin ».
--C'est ce qu’il a insinué qu'il fera et, pour l'instant, il n’a toujours pas voulu renouveler jusqu'en 2012.
--C’est normal. Il est très cohérent. Il pense uniquement à la partie sportive, c’est celle qui lui correspond, et il aura tout le temps pour de décider. Et cela dépendra aussi de qui arrive. Un président n'est pas simplement quelqu'un qui achète et qui vend.
--Il y a un an, il disait qu'il fallait veiller sur Messi et qu'il avait beaucoup d’exemples pour savoir le chemin qu'il ne devait pas emprunter. Et il ne s'est pas trompé…
--Oui, le plus important est qu'ils l'aient très bien protégé. Pep, le club, ses coéquipiers. Ils ont su réviser son contrat au moment opportun et quand il le méritait. Ces détails sont ceux sur lesquels il fallait veiller, savoir s'adapter à la situation, et, quand il fallait donner, savoir le faire.

--Et au niveau du football ?
--Logiquement, cette année il se passe la même chose que lors de l’exercice précédent ou celui encore avant : il faut s’améliorer, il faut toujours s’améliorer. Si tu commettais avant 10 erreurs, tu dois maintenant n’en commettre que 9. Les adversaires vont te surveiller beaucoup plus, et tu dois aller de l’avant. Ce que tu as pu réaliser par le passé ne te sert déjà plus. Les adversaires te connaissent, ils vont te marquer plus dur, et tu dois prévoir par où ils vont attaquer et chercher une solution. Et non seulement cela est le travail du joueur mais aussi celui de l’entraineur et de tes coéquipiers qui doivent tous t’aider. C’est là le jeu le plus intéressant : surveiller tous ces détails est ce que j’apprécie le plus. Entrainer consiste essentiellement en ceci, se préoccuper des détails du jeu en dehors, et faire en sorte d’être suivi par les joueurs sur le terrain..
Source: El Periodico de Catalunya
Posté par GreGol
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