Chronique | Cruyff | lundi 19 octobre 2009 à 21:21  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Ce qui est positif, c'est qu'une rencontre que l'on pouvait perdre s'est terminée en accrochant Valence. Sans être à son meilleur niveau, nous saluons tous le retour progressif d'Andres Iniesta, un type très bien qui aime sa profession.

Bien que n'étant toujours pas à son meilleur niveau, on ne peut que se satisfaire du retour progressif d'Iniesta à la compétition. Un type bien. Au-delà même de ses qualités acquises, c’est un footballeur qui sait voir les priorités d’une profession qu'il aime. Bien que blessé en mai il a tenu à disputer la rencontre qu’il considérait comme celle qu’un joueur ne doit jamais perdre : la finale de la Champions League. Il l’a jouée, l’a remportée et a aggravé sa blessure. À sa place j’aurais exactement fait la même chose.


Tout en sachant le risque qu'il encourait, Iniesta a pesé le pour et le contre pour savoir s'il davait disputer cette rencontre. S’il ne la jouait pas, point d’urgence, point de nervosité ou de stress. Il aurait continué sa récupération tranquillement et, au retour des vacances, se serait retrouvé frais comme une rose. Et plus frais que tous les autres pour n‘avoir pas disputé le dernier mois de la saison. Et s’il la jouait, il se blessait encore plus puisqu’il l’était déjà. Mais, ainsi, il ne passait pas à côté d’une telle finale.
Dans la carrière de tout joueur de football, y compris les plus grands, les occasions de ce genre ne se présentent pas si souvent. Et si je me blesse d’avantage, comme cela a été le cas, c’est le prix à payer. Il faut ensuite savoir serrer les dents, vivre par, et pour, la récupération, et se dire que l’on aura bien le temps avant d'effectuer son retour. Plus tard, oui. En septembre ou en octobre.

Meilleur en décembre
En sa faveur, outre le geste qu’il a eu pour ses coéquipiers, pour le club et pour lui-même, il faut savoir que ce qu’il ne parvient pas à réaliser maintenant il le fera par la suite. En toute logique, si aucun contretemps physique ne vient s’interposer. Iniesta sera probablement plus frais que plusieurs de ses coéquipiers en décembre et janvier. Et cela, dans un court effectif comme celui qui caractérise en ce moment le Barça, où chaque élément est fondamental, c’est un supplément individuel dont le principal bénéficiaire sera le groupe.
Iniesta a su se maintenir éveillé quand le sommeil redoublait et se reposer lorsqu’il le fallait. Dans le football il y a un principe : ne pas perdre les matchs que tu ne peux pas gagner. Et comme il est impossible de gagner toutes les rencontres, le jour où tu accumules trop d’éléments en ta défaveur pour espérer une victoire, le match nul est un bon résultat. Avec ou sans Villa, Mestalla est un stade où tu peux facilement perdre. Avec ou sans Luis Fabiano, pour citer un autre exemple, le Sánchez Pizjuán est autre stade où tu peux également perdre. Parce que tant Valence que Séville sont deux bonnes équipes, qui au top sur 90 minutes, peuvent te provoquer un coup d’arrêt.
A Valence le Barça a arraché le nul, en revanche Madrid a lui perdu à Séville. Le principe de ne pas perdre les rencontres que tu ne peux pas gagner n’a ici pas été respecté. Et avec aussi peu de rencontres déjà disputées, ce petit détail est ce qui fait que l’un est premier au classement et l’autre deuxième. Il reste beaucoup de matchs, bien entendu, mais à la fin tous les détails s’ajoutent.
Le Barça aurait pu perdre au Mestalla, c’est certain, mais de là à croire qu’aussi mauvais il aurait pu encaisser une goleada, il y a un gouffre. Déjà, parce qu’analyser combien de fois l’adversaire ou le Barça s’est retrouvé devant le but ne vaut rien pour moi. Tout comme combien de fois Valdés a sauvé l’équipe ou César Valence. Toute  partie est un processus. Et le développement de celui-ci n’est jamais égal à zéro-zéro, tandis qu'une équipe inscrira le premier but avant l’autre, cette dernière marquera alors d’autant plus ou moins rapidement. Qui peut assurer qu'avec 1-0 en première période pour Valence la rencontre aurait été la même ? Qui peut affirmer que Valence ne se serait pas replié derrière et, de cette façon, aurait renoncé à beaucoup de contres, refusant alors de monter habilement ? Je crois que personne n’est en capacité de le dire.

Fatigue évidente
En tout cas, j'ai constaté une énorme fatigue chez les blaugranas. Attribuez-là aux voyages ou aux rencontres disputées avec leur sélection. Ou appelez cela virus FIFA parce que l’équipe en a aussi souffert. Et la fatigue entraîne de la lenteur. Physique et mentale. Et si tu n'es pas précis, cela se traduit par beaucoup trop de pertes de ballons.
À partir de la qualité individuelle et de la rapidité des attaquants valencians, ils n'y a pas de contre possible si tu ne perds pas de ballons. Et au final le Barça en a perdu pour une fois bien plus que son rival et a récupéré bien moins de ballons. Mais même ainsi, il a terminé la rencontre sans angoisse.
Une dernière réflexion pour expliquer ce qui arrive à Messi avec l'Argentine. Si je suis le 9 et suis bon de la tête, je brillerai si mon équipe a des ailiers qui m’approvisionnent en bons ballons en centrant. Si dans mon équipe personne ne centre vers moi ou le fait mal, j’ai beau être très bon de tête que cela ne servira à rien puisque je ne pourrai jamais la placer.

Un jeu d'équipe
Le football est un jeu d'équipe dans lequel la qualité individuelle s’additionne. Et pour que cela se fasse remarquer, les gens qui t'entourent doivent donner le maximum pour profiter du meilleur de toi-même. L'Argentine ne le fait pas avec Messi, et le pire c’est qu’elle ne le voit pas, ou ne veut pas le voir. A cause de cela les bâtons arrivent et emportent tout ou presque sur leur passage.
Que le joueur blaugrana affiche depuis quelques semaines une baisse physique est un peu plus qu'évident. Ce qui arrive, c’est que ces manques sont beaucoup plus visibles au sein de sa sélection, mais même au Barça il commence à accuser quelque chose que, logiquement, je ne peux que l’excuser : la pression à laquelle il est soumis en étant considéré comme le meilleur du monde.


Source: Las Claves de Johan Cruyff

Posté par GreGoL
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