En 1906 l\'Espanyol s'est retiré du Championnat de Catalogne car le président, Miró Trepat, avait déménagé à Séville pour raisons professionnelles, de nombreux joueurs étaient rentrés dans leur ville après la conclusion de leurs études universitaires et le fondateur, Angel Rodriguez, les a complétées à l'étranger. Le reste s'est intégré au 'X' jusqu'à que 'renaisse' l'Espanyol...
'X', héritier de l'Espanyol.
Le 8 mars 1906, en à peine dix lignes incluses dans sa page 3, Mundo Deportivo se faisait l'écho du premier derby disputé depuis leur naissance, correspondant au Championnat de Catalogne. La rencontre s'était disputée le 4 mars, sur 'le terrain du Foot-Ball Club "Barcelone"', comme le contait la
chronique. Le retard dans sa publication répond à la périodicité hebdomadaire que notre journal connaissait à ses origines.
Le FC Barcelone avait gagné 2-0, avec des buts de Comamala et de Harris. Les locaux ont fait face au 'X Sporting', dont les membres étaient connus comme les 'inconnus' et qui pendant un temps a été l'héritier d'un Espanyol qui avait 'disparu' quelques années pour de graves problèmes internes.
Ces chocs de rivalité citadine n'avaient pas, et de loin, la même importance que les années lui ont donnée. Il allait encore énormément pleuvoir avant que les Barça-Espanyol déchaînent les passions qu'ils allaient éveiller.
Joan Segura Palomares, 'biographe' de l'Espanyol, rappelle que "le premier derby officiel, le 27 janvier 1901, s'est achevé par un 1-4 pour le Barça grâce à quatre buts de Gamper qui ont neutralisé le but initial d'Angel
Ponz. A la fin du choc, Gamper et le reste des joueurs ont entonné trois 'hourras' pour l'Espanyol, pour leur comportement exquis".
Cette bonne ambiance s'est maintenue durant une bonne décennie. Concrètement, jusqu'à la saison 1911-1912. Dans la précédente, l'Espanyol s'est proclamé vice-champion de la Coupe d'Espagne dans la phase finale disputée à Bilbao. Plusieurs clubs, parmi eux le Barça, ont choisi de ne pas assister à ce rendez-vous final, qui a été clairement été dévalué.
"La Fédération, pour récupérer la faveur du FC Barcelone, a choisi de lui accorder l'organisation de la Coupe suivante, ce que l'Espanyol a considéré comme une offense", explique Segura Palomares. "Le Barça a gagné cette Coupe, où l'Espanyol n'y a pas pris part, qui a proposé un défi à son rival pour décider d'un superchampion. Il y a eu une double victoire 'perica' (1-0 et 4-0) mais le second choc 'est soldé par un scandale d'une telle proportion que les deux clubs, en plus de s'être accusé mutuellement de l'avoir provoqué, ont rédigé des lettres dans lesquelles ils juraient de ne plus jamais s'affronter".
Jaume Sobrequés, historien et ancien dirigeant du FC Barcelone, est d'accord pour signaler l'époque immédiatement préalable à la Guerre Civile comme celle de la plus grande rancune dans les relations entre les deux rivaux de la ville. "Tant que l'égalité sportive s'est maintenue, cette rivalité a existé", argumente-t-il. "Dès que le Barça a pris avantage au potentiel sportif, les derbys ont perdu de l'intensité jusqu'à l'actualité, où ce sont des rencontres décaféinés, avec un Espanyol qui est plus habitué à lutter pour le maintien que pour l'Europe".
"L'absorption des quartiers par la grande ville a facilité la croissance des deux clubs au détriment des équipes 'locales', favorisant leur rivalité", assure Segura Palomares. "Et l'arrivée des vagues migratrices a coïncidé avec un Espanyol divisé par des luttes internes pour la propriété du terrain de Sarrià, ce qui a fortement facilité l'adhésion de ceux qui sont arrivés récemment dans un club uni et plus fort comme le Barça, un cheval gagnant".
"Le fait que le FC Barcelone choisisse de prendre le nom de la ville et que son premier écusson soit également proche de celui de la ville lui a accordé un plus grand soutien populaire", défend Sobrequés. "Et depuis les années 20, il était déjà perçu dans le reste de l'Espagne comme un club catalaniste, ce qui lui a valu de dures attaques dans la presse".
Toutefois, ceci ne signifie pas, comme l'on se dépêche d'indiquer, que le Barça ait l'exclusivité du catalanisme face à un Espanyol théoriquement 'marié' avec le pouvoir central durant le franquisme. "C'est une vision des choses qui a été imposée par la majorité barcelonaise et que pendant le franquisme, cela nous a intéressé de maintenir", admet Sobrequés.
"Mais la réalité était très différente. Bien que la masse sociale blaugrana avait en effet une volonté catalaniste, les dirigeants du club, jusqu'à l'arrivée d'Agusti Montal, étaient aussi franquistes que ceux de l'Espanyol. De plus, pendant les années les plus dures du régime l'équipe qui a gagné le plus de Ligas a été le Barça, tendance qui a changé avec l'arrivée de Di Stéfano à Madrid. Et en parlant de ce joueur : Di Stéfano n'a pas signé au Barça non parce qu'ils nous l'ont 'volé' mais parce que la direction de cette époque n'a pas voulu le recruter. Mais parfois ce que disent les gens vaut aussi bien que la réalité".
Segura Palomares retire également de l'importance au facteur politique comme clé de la rivalité, bien qu'en effet il admette une différence sociale dans la composition des publics respectifs : "Celui de l'Espanyol a accueilli une classe bourgeoise moyenne traditionnelle, très proche d'une certaine élite, tandis qu'au Barça y a trouvé refuge la nouvelle société bourgeoise industrielle, apparue avec le développement du textile".
L'avenir d'une rivalité centenaire, les deux coïncident, dépend du moment sportif de l'une et de l'autre équipe : si l'Espanyol s'installe dans un niveau 'européen' la rivalité ne disparaîtra jamais. Ils divergent, toutefois, quand le débat porte sur un hypothétique changement de nom du club blanquiazul. "À court terme ce serait négatif, beaucoup de socios partiraient, mais à moyen terme de nombreux Barcelonistas deviendraient socios du nouveau club parce qu'ils veulent voir avant tout du football. Si actuellement, ils ne franchissent pas le pas c'est parce qu'il s'avère difficile d'assumer d'être socio d'une équipe qui s'appelle Espanyol", défend Sobrequés. "C'est un débat absurde", censure Palomares : "Le changement de nom non seulement n'apporterait pas de nouveaux socios mais ferait fuir ceux qui le sont déjà et le club serait décomposé. Sans aller plus loin l'Europa (Note : club de 3ème division catalane) a été fusionné en son jour avec une autre équipe de son quartier, le Gràcia, pour ne pas disparaître. Le nouveau club s'est appelé Catalunya et a fini par disparaître, obligeant l'Europa à 'renaître' de ses cendres".

Des temps difficiles : Après s'être proclamé champion de Catalogne en 1905 (3-2 face à l'Espanyol en finale), le Barça devait changer de terrain : les propriétaires du terrain de la route d'Horta où il jouait décidèrent de construire et l'équipe s'est transférée à la Calle Muntaner. En 1906 la crise s'est approfondi : lots d'un déplacement à Bilbao, l'équipe a encaissé un historique 10-1.
Traduction : http://www.fcbarcelonaclan.com/
Source : Mundo Deportivo