Chronique | Cruyff | mardi 5 mai 2009 à 00:16  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

La Liga est déjà azulgrana pour beaucoup de personnes, même pour celles qui retardaient ce moment, et ce n'est que justice. Le Barça mérite le titre, par son jeu et sa philosophie, quelque chose que Guardiola n'a pas trahi. Il a attaqué et attaqué encore. Félicitations.

 

Excepté mathématiquement, la Liga est gagnée. C’était le jour, le lieu, le rival pour certifier ce que l’on savait déjà : que le Barça est le digne champion. Dans le sport, dans 90% des cas, il y a une justice. Et samedi, au Bernabéu, il n'y a pas eu de place pour les doutes. Avant la rencontre il y avait deux choses.
Un, que le Barça avait additionné beaucoup de points, marqué beaucoup de buts et encaissé moins que les autres. Et le tout avec un jeu aimé de tous. A l’opposé, Madrid. Une phase retour complète sans connaitre la défaite : 17 victoires et nul en 18 rencontres. Il avait numériquement fait l’impossible. La différence entre les deux équipes était la manière. Avec plus de réserve côté madridista, on savait déjà avant la rencontre laquelle des deux équipes suscitait le plus de sympathie chez les gens.
Pourquoi Guardiola a aligné l’équipe type ? C'était au Bernabéu, certes, mais il ne l'a pas fait par prestige. Il a aligné son onze de gala parce que c'était le jour, le moment où un titre se décidait. Il a aligné ce onze parce qu'il est resté fidèle à ce qu'il a défendu mille fois tout au long de cette saison. La partie la plus importante était celle qui était en train de se jouer, pas celle qui allait suivre. Et si en plus tu peux gagner un titre, le mieux est de le faire par la voie rapide et d’éviter les complications.

Sans penser à Londres
Pep aurait sûrement réservé quelques uns de ses joueurs avec neuf points d'avance, mais avec seulement quatre et autant de journées ensuite à jouer, il était interdit pour eux de se réserver et de se tourner vers Chelsea. Pas même un regard du coin de l’œil. Le match de mercredi en est un autre, avec d'autres circonstances. Pourquoi Guardiola a-t’il aligné son équipe type ?
Parce qu'il en a été ainsi dans la grande majorité des rencontres. Parce que l'équipe s'est habituée à jouer d'une manière très concrète. Sa décision s'est basée sur deux choses : un rendement qui avait fait ses preuves et une confiance en eux des joueurs. Ils apprécient de jouer ainsi, rien de plus. Ou, bien sur, il y a aussi une certaine décision tactique. Comme celle de positionner Eto’o à droite et de mettre Messi dans l’axe. Xavi et Iniesta se sont trouvés tant de fois que le ballon avait disparu pour Madrid.
Les milieux de Madrid sont bons s'ils ont une marque de référence. Dès qu'ils l'ont perdue, ils se sont sentis dans une position inconfortable. Cela a été très bien pensé par Guardiola et exécuté tout aussi bien par ses joueurs. Et pas seulement par les trois petits. Tous ont fait ce qu'ils devaient faire, sans chercher la gloire personnelle. Personne n'a voulu frimer, et c’était pourtant le jour, l’endroit et le rival pour succomber à cette tentation.
La qualité et la proximité des trois petits leur a permis d’être associés avec succès. Par contre, le travail d'Etoo sur le côté a été, pour moi, quelque chose digne d'éloge. Pour que les autres puissent briller, il devait bien le faire à une place qui n’est pas la sienne habituellement. Parfois, il faut savoir se sacrifier et il l'a fait en connaissance de cause, sachant pertinemment qu’il lui aurait été bien difficile d’avancer un peu plus dans la quête de son objectif individuel : le Soulier d'Or. Il a fait passer l'équipe avant son intérêt personnel. Pour moi, il s’agit de deux pas en avant dans sa maturité. En ce qui concerne Henry, j’ai pu entendre ce commentaire suite à ses deux buts : C’est de nouveau le Henry d’Arsenal. Non, ce sont deux passes en profondeur comme celles qu’il recevait à Arsenal, ce qui est très différent. Techniquement, il s’agit du même footballeur.

Hiddink est prêt
Et mercredi voilà Chelsea. Guardiola répétera-t’il cette formule en attaque ? Le Barça a largement démontré qu'en jouant ainsi il était très fort. Mais son adversaire aussi l’a vu. Et Hiddink va prendre des mesures pour l'éviter. Lesquelles ? Nous ne le savons pas encore. Au Camp Nou, il était déjà prêt.
En désamorçant la pression haute du Barça il a réduit presque à zéro les pertes de ballons près de sa surface en sautant le milieu de terrain barcelonais. Ainsi, il a désactivé une qualité du rival. Ai-je apprécié ? Aucunement. Le comprends-je ? Malheureusement, oui.
Dans une partie de prestige, il a cherché l'avantage pour les siens. Après ce Madrid-Barça, Hiddink a de nouveau une référence des autres variantes du Barça avec lesquelles travailler et s'adapter pour les combattre. Dans le football, deux et deux ne font pas toujours quatre et encore moins si tu as en face de toi un vieux renard comme Guus. Ce qui a fonctionné merveilleusement bien au Bernabéu ne peut pas être renouvelé à Stanford Bridge. Ce qui est certain, c’est que le Barça sera fidèle à lui-même, qu’il a des ressources au-delà du simple talent de ses joueurs et qu’il présente un avantage au départ pour se qualifier : Deux des trois résultats possibles lui conviennent. Comme au Bernabéu.

Casillas, le meilleur
Il faut se rendre à l’évidence, le Barça marque assez normalement des buts. A domicile comme à l’extérieur. Ce qui est rare c’est d’en mettre six. Dans son cas, ça ne l’est pas tant que ça. Mais si samedi le Barça a bien mis six buts, il l’a fait face à Casillas, le meilleur joueur de Madrid. Et cela est synonyme d'être toujours allé vers l’avant, vers le but adverse. C'est pourquoi, parce que nous parlons d'une équipe qui prend du plaisir et en donne tout autant, j’ai été désagréablement surpris que cette rencontre se termine précisément à la 90ème minute. Pas une seule seconde d’arrêt de jeu avec pourtant un nombre important de remplacements. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’était pour mettre un terme à l’humiliation de l’équipe locale. Et ceux qui prennent du plaisir ainsi que ceux qui le donnent ? Ceux-là ne comptent-ils donc pas ?


Source: Las claves de Johan Cruyff

Posté par GreGoL
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