En Une | Champion's League | vendredi 10 mars 2017 à 21:33  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Brutal! Total! Descomunal! Increible! Historia!

Les faits et le jeu

Balayé 4-0 au match aller, délesté de son fond de jeu si vital, tournant le dos à sa Masia qui lui a fourni tant de pépites, le Barça s’apprêtait à affronter le PSG en huitièmes de finale retour de Champions League… Ce 8 mars 2017 devait sonner la fin d’une époque, d’un cycle et, aux yeux de certains même, d’une institution.
Sauf qu’entre le 14 février et le 8 mars, beaucoup de choses se sont passées. Le Barça a montré qu’il avait encore faim en arrachant quelques victoires en Liga (contre Leganes et l’Atletico). Le Real Madrid a lâché des points précieux, permettant aux Blaugranas de reprendre la tête et donc d’engranger un surplus de confiance. Et surtout, après le triomphe face à Gijon, Luis Enrique a lâché une bombe : il quittera son poste en fin de saison. L’impact psychologique d’une telle décision n’est pas léger, elle remet la pression sur les joueurs et elle libère le coach.


Côté terrain, le Barça a opté pour un 3-4-3 qui a le mérite de replacer Messi au cœur du jeu sans déséquilibrer le côté droit. L’animation semble gagner en équilibre et les joueurs arrivent au rendez-vous européen sur deux scores fleuves (6-1 et 5-0). La presse espagnole, et surtout catalane, brandit des « Remontadas » dans tous ses titres, relayée par les joueurs eux-mêmes sur les réseaux sociaux. Mais tout cela n’est qu’un effet d’annonce. Jamais une équipe ne s’est qualifiée après avoir perdu 4-0 à l’aller. Et puis, en face, c’est le PSG. Quelques noms pour rappel : Unaï Emery, 3 Europa League avec le FC Séville, Marco Verratti, le nouvel Iniesta, Edinson Cavani, le meilleur buteur des championnats européens, Angel Di Maria, vainqueur de la Champions League en 2014, Thiago Silva, un temps considéré comme le meilleur défenseur du monde…


20h45, l’hymne de la Champions League raisonne. Le Camp Nou y croit, on l’a rarement connu si bruyant. Ce n’est pas le San Paolo mais les tifos et les chants sont à la hauteur. Côté catalan, devant Ter Stegen, on a opté pour 3 centraux purs (Mascherano – Piqué - Umtiti), un losange au milieu (Busquets – Rakitic – Iniesta – Messi), Rafinha et Neymar sur les côtés et Suarez en pointe. Alba est donc renvoyé sur le banc, André Gomes, Turan ou Denis Suarez aussi. Le PSG a procédé à 2 changements par rapport à l’aller : Thiago Silva récupère sa place et son brassard au détriment de Kimptembe et Di Maria, trop juste, laisse le couloir droit à Lucas.

Le début de match est conforme aux discours avec une grosse pression du Barça et 10 joueurs dans le camp parisien. Un centre de Rafinha mal dégagé, une hésitation de Trapp, une tête de Suarez, une goal line technology efficace et alléluia 1-0 pour le Barça après 3 minutes. Scénario idéal qui accentue la pression psychologique d’avant-match. Le contraste entre les deux équipes est saisissant : le Barça a une possession de balle très haute et le PSG est recroquevillé autour de sa surface. Iniesta est à la même hauteur que Messi, Neymar et Rafinha élargissent au maximum et le trio de centraux est chargé de servir de relais.

Pour autant, cette domination ne débouche pas sur des occasions franches, exception faite d’une frappe lointaine de Neymar. En face, on s’en prend une première fois à l’arbitre, coupable de ne pas sanctionner une main de Mascherano dans la surface. Puis une 2e fois quand Piqué fauche Cavani sur un ballon dangereux et ne récole pas son 2e jaune. La mi-temps approche et le PSG va offrir un 2e but au Barça : sur une passe de Suarez, Marquinhos hésite, laisse filer Iniesta qui tente une talonnade improbable que Kurzawa tente de dégager et dévisse dans son but. 2-0 à la mi-temps, la moitié du boulot est fait !



On s’attend à ce qu’Emery remobilise l’équipe et le début de 2e mi-temps nous le montre. Le bloc parisien est plus haut, le pressing plus insistant. C’est pourtant une erreur individuelle malheureuse qui va frapper le PSG : Meunier glisse et dans sa chute percute Neymar. Pénalty pour le Barça et Messi. Ce petit numéro 10 qui a loupé ses pénaltys face à Chelsea ou en finale de Copa America. Mais là, c’est sec, tendu, limpide : 3-0 à la 50e minute, la remontada n’est plus un mirage.

Le peuple blaugrana y croit mais les bonnes dispositions du PSG ne se sont pas envolées et il commence à se montrer menaçant. Servi par Meunier, Cavani trouve le poteau puis quelques minutes plus tard, il fusille Ter Stegen d’une reprise bien équilibrée (62e). 3-1, la messe est dite et on a envie de chanter « Gracies Barça » pour nous avoir autorisé à y croire. Ce fut exaltant et votre sortie est digne (pas Lucas…), messieurs. D’ailleurs, la période qui suit manque de rythme, a des allures de renoncement compréhensible et les changements vont dans ce sens : Iniesta sort pour Arda Turan, Rafinha pour Sergi Roberto. On passe plutôt proche du 3-2 lorsque Cavani trouve Ter Stegen sur sa route et que Di Maria croque une occasion en or par excès d’individualisme.

On joue alors la 85e minute et cette action n’est finalement qu’anecdotique.
Sauf que commence alors l’improbable : les 10 minutes les plus folles de l’histoire des deux clubs. 10 minutes pendant lesquelles le PSG ne réussit qu’une seule passe tandis que Neymar sort sa panoplie de puto crack. Il commence par un coup-franc exceptionnel (88e), puis transforme un pénalty (91e) avant de lancer Sergi Roberto qui trompe Trapp. 6-1 à la 95e minute et qualification du Barça. C’en est trop, Messi sort de ses gonds et finit en tribunes, Emery se met à pleurer comme certains de ses joueurs, Luis Enrique redevient ami avec ses joueurs, Sergi Roberto devient un icône éternelle…



Cet exploit ne répond à aucune logique, à aucune analyse tactique sensée mais elle met en avant la volonté de cette génération gavée de titres de continuer à en gagner, l’union sacrée retrouvée du vestiaire depuis l’annonce de Luis Enrique, le talent de sa pépite Neymar, la force collective retrouvée (on ne parle pas ici de jeu) et aussi, le manque d’expérience parisien et la faillite de ses prétendus cadres.
Certains relèvent la prestation discutable de l’arbitre, d’autres la discrétion de Messi que l’on attendait plus décisif et plus présent, ou même la prise de pouvoir de Neymar dans ce Barça. La vérité, c’est que ce match est juste un de ces moments où le football a perdu tous ses repères, ses fondements et nous a menés dans l’irrationnel. Mais il offre aussi une force mentale exceptionnelle pour les trois derniers mois du Barça de Luis Enrique. Certains osent de nouveau parler de triplé… Cap ou pas cap ?


Les joueurs

Appliqués. Sérieux. Impliqués. Exemplaires. Et surtout, héroiques. Héroiques pour avoir  réalisé l'improbable. Contre le PSG, le 8 mars 2017, le Barca a offert au monde une lecon d'abnégation et de sacrifice, une lecon de motivation et de leadership, ce groupe de joueurs a tout simplement écrit l'histoire avec un grand H.

Dès l'entame du match, ils se sont imposés face à l'adversaire. Placés très haut, Umtiti, Piqué et Mascherano (9 pour les trois) ont affronté le trio offensif parisien à l'individuelle tout le match. Cavani, Draxler et Lucas Moura n'ont pas vu la lumière, totalement asphysixiés par les jaillissements des défenseurs barcelonais, Dans les airs, Umtiti et Piqué ont été impériaux, pendant que Mascherano s'occupait de fermer tous les espaces dans le dos de la défense. Un cran plus haut, Busquets (9) a été immense. Tous les milieux parisiens ont souffert devant lui, que ce soit face à son pressing ou sa qualité dans les sorties de balles. Aucun pressing n'a eu d'effet sur lui, et Cavani, qu'Emery avait placé au marquage de Busquets, n'a pas réussi à lui prendre le ballon une seule fois. Le baromètre de l'équipe a été au top, et ca explique en grande partie l'exploit des Catalans.

Au milieu, Rakitic (7) et Iniesta (6) ont fait du très bon boulot. Tous deux précieux dans le premier pressing, en jouant leurs partitions face à la densité axiale parisienne, les deux milieux ont été importants pour servir Rafinha et Neymar sur les ailes. La circulation du ballon devait être absolument optimale, et les deux milieux ont apportés une grande fluidité au jeu. 

Messi (6), pour une fois, n'a pas été l'élément barcelonais le plus important lors d'un match de cette importance. Il a passé la majorité de son match comme s'il était perdu dans l'axe parisien, et il n'a malheureusement pas su s'en sortir. Malgré tout, sa présence est restée importante et prépondérante pour le Barca. Constamment marqué par trois adversaires, et propre à chaque prise de balle, il a permis de libérer les espaces latéraux et laisser Neymar et Rafinha en 1 contre 1. Génial quand même sur cette passe pour Suarez à la 90ème. Puisqu'il en est question, Suarez (6) a connu les mêmes problèmes que Messi. La densité axiale parisienne encombrante l'a un peu éteint, mais l'Uruguayen a quand même fait sa part du travail. Sans le ballon d'abord, en harcelant les défenseurs et en multipliant les courses, mais aussi en marquant ce premier but très tôt dans le match dans cette action désespérée en provoquant le second penalty dans les arrêts de jeu. Dans un match joué sur l'implication et rien d'autre, l'Uruguayen a bien sûr assuré.

Rafinha (6) n'a pas brillé, mais son état d'esprit a été exemplaire. Le jeune joueur a beaucoup travaillé, et pas seulement sur son aile mais aussi dans l'intérieur pour aider à vite récuperer le ballon. On aurait aimé le voir plus porté sur l'offensive, parce qu'il aurait pu profiter du mauvais match de Kurzawa. Cela dit, il n'a pas décu. 

Et le meilleur pour la fin. Comment ne pas parler du héros de la soirée ? Neymar (8) a été sensationnel. Pas nécessairement dans son match, qui n'a pas été excellent (le Brésilien aurait pu mieux faire face à Meunier), mais dans son attitude et dans la foi qu'il avait en cette équipe et ce club. Alors que tous les joueurs, après s'être battus pour honorer le maillot, avaient fini par douter, lui est resté dans sa bulle, croyant jusqu'au bout au miracle. Ce superbe coup-franc à la 88ème, ce penalty tiré avec sang-froid trois minutes plus tard, et son ouverture pour Sergi Roberto...génial ! Mais le plus remarquable reste la manière avec laquelle il réveille ses coéquipiers et le stade, tout ca n'a pas de prix. Le jeune homme a définitivement conquis le Camp Nou, et après 3 ans et demi au club, il a finalement trouvé sa place au côtés des autres héros du Barca. Neymar a franchi un palier contre Paris, celui des légendes.

 Et comment ne pas parler de ter Stegen (8) ? Sur sa ligne, l'Allemand n'a pas eu grand chose à faire et il est impossible de lui en vouloir pour le but encaissé. Il avait même retardé l'inévitable en arrêtant une frappe de Cavani quelques minutes auparavant. Ce qui marque cependant, c'est ce qu'il fait lors des dernières minutes. Présent dans la surface adverse pour que l'équipe puisse jouer sa dernière carte en supériorité numérique, il arrive à offrir aux joueurs une cartouche supplémentaire en provoquant une faute de Verratti à la 94 ème minute ! Au lieu de jouer la sécurité avant de rejoindre sa cage, il prend le ballon, dribble et le remet à Arda Turan, avant que Verratti ne fasse une faute en le taclant (ter Stegen) devant le rond central. C'est de cette faute-ci que viendra le but de Sergi Roberto.

En parlant de lui...on ne peut que lui donner la note parfaite. Sergi Roberto, c'est 10/10

Le public

Ils étaient combien au Camp Nou ? Les médias aiment toujours arrondir à 100 000. C'est à peu près ça. Aussi incroyable que ça puisse paraître, le peuple Catalan y a cru. Cruyff disait que historiquement, le Catalan est de nature pessimiste, défaitiste même. Mais plus le match s'approchait, plus les supporters y croyaient. Est-ce l'annonce du départ de Luis Enrique qui a crée cet engouement ? Est-ce le (très bon) travail de propagande de la presse ? Ou peut-être ce nouveau système et cette victoire convaincante face au Celta ?  Tout le monde a été pris par cet enthousiasme soudain. Même les plus réticents se sont dit "et pourquoi pas ?".

Cette victoire c'est aussi celle du public, qui a eu le mérite d'y croire et de mettre une ambiance des grands soirs.
Lorsque Cavani scelle le sort de ce huitième, l'ambiance devenait terne, avec le sentiment d'avoir au moins essayer. Mais quand Neymar marque ce coup franc magistral, il y a eu quelques voix qui se sont élevées. Certains dans les tribunes se regardaient avec un grand sourire "et pourquoi pas ?". L'ambiance est revenue jusqu'à l'explosion déclenchée par Sergi Roberto. Le Camp Nou a vibré.

Mais combien, devant leur télé ont vibrés ce soir-là ? Plus qu'une remontée impossible et historique qui a fait le bonheur des supporters Blaugranas, c'est un match qui a fait le bonheur des passionnés de football. Des commentateurs aux clients de bar. Et comment ne pas voir que ces anciennes gloires du football Anglais (Lineker, Ferdinand, Gerrard et l'ancien Madrilène Owen) devenues consultants explosent non pas par amour du Barça mais pour l'amour qu'ils portent pour le football ? Qui n'a pas été embarqué par le Bayern Munich vs Manchester United de 1999 ou encore cet incroyable Liverpool vs Milan de 2005 ? C'est ça le football.

Un football qui a été une fois de plus séduit et envouté par le Barça. Il faut en profiter, se rendre compte des années glorieuses et uniques que nous vivons en tant que supporter. Il ne faut pas demander quand est-ce que ça s'arrêtera. Parce que ce genre de soirée construisent la légende du club et nourrissent son ADN. Sois tranquille Johann, ton héritage est toujours intacte.

 

Fiche technique  

 

FC Barcelone : Ter Stegen; Mascherano, Piqué, Umtiti; Busquets, Rakitic (Andre Gomes, 84'), Iniesta (Turan, 65'), Messi; Rafinha (Sergi Roberto, 76'), Suarez, Neymar

Paris Saint-Germain : Trapp; Meunier (Krychowiak, 92'), Marquinhos, Thiago Silva, Kurzawa; Rabiot, Verratti, Matuidi; Lucas (Di Maria, 55'), Cavani, Draxler (Aurier, 75')

Arbitre : Deniz Aytekin

Avertissements :  Cavani (5'), Draxler (14'), Piqué (23'), Busquets (36'), Cavani (42'), Rakitic (61'), Neymar (64'), Suarez (67'), Marquinhos (90'), Verratti (93')

Buts : 1-0 : Suarez, Min. 3 / 2-0 : Kurzawa, Min. 40 / 3-0 : Messi, Min. 50 / 3-1 : Cavani, Min. 62 / 4-1 : Neymar, Min. 88 / 5-1 : Neymar, Min. 91 / 6-1 : Sergi Roberto, Min. 94

96.290 spectateurs.

 

 

Moteur, mécanique, carrosserie : Carnot
Pneus, boite à vitesse, embrayage, peinture et vitres : Ayoubaoui
Essuie-glaces, housse et enjoliveur : Tele-santana
 


Posté par carnot
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