En Une | Champion's League | mercredi 9 mars 2011 à 19:40  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Ultra dominateur, le Barça a tout fait, même assuré le suspense. Si l’expulsion très sévère de Van Persie lui a permis de ne pas trop souffrir pour se qualifier, le manque de réalisme a failli coûté très cher...

Les faits et le jeu


19 tirs à 0. La polémique sur le carton rouge de Robin Van Persie, très sévère, voire même scandaleux dans l’esprit du jeu et du spectacle, ne pourra pas faire oublier cette statistique. Elle ne le doit pas. Oui c’était une « décision incroyable » pour reprendre les termes d’Arsène Wenger. Et il parait a priori évident qu’il était plus facile pour Barcelone de marquer un second but (synonyme de prolongation), puis un troisième (synonyme de qualification) en étant en supériorité numérique. Néanmoins lorsque l’on entend le coach alsacien vanter le début de seconde période de ses joueurs et son intime conviction qu’Arsenal aurait pu gagner, on se frotte les yeux.

« La réalité » comme l’a bien résumé Pep Guardiola, c’est qu’à onze contre onze ou à dix contre onze, les Gunners « n’ont pas aligné trois passes de suite » et qu’ils « n'ont pas tiré au but ». Beaucoup plus encore qu’à l’aller, la différence entre les deux équipes ce soir était criante, même si le Barça n’a pas été irrésistible.


Arsenal, régulièrement encensé pour sa capacité à jouer l’attaque et ne jamais renier ses principes (lesquels ne sont pas les mêmes que Barcelone qui est beaucoup plus idéologue voire totalitaire dans son approche du football) a fait comme MU et Chelsea au Camp Nou : bétonner avec un double rideau défensif menant à une réduction suffocante des espaces. Avec le ballon, le Barça a tout fait, à tel point qu’il a même marqué tous les buts du match. Forcément, il fallait qu’il y mette du sien vu l’incapacité d’Arsenal à dépasser la ligne médiane.  Les Catalans dans leur immense mansuétude ont même été jusqu’à ne pas mettre de quatrième but, pour laisser à Bendtner une chance d’endosser le rôle de héros. Vraiment trop généreux, ces Blaugranas...

Sur le papier, Guardiola alignait sa meilleure équipe possible en l’absence de Puyol, toujours blessé et Piqué, suspendu. La titularisation de Busquets en défense centrale, aux côtés d’Abidal, s’imposait vu le niveau de jeu de préretraité de Milito, de même que celle d’Adriano au détriment de Maxwell, dont le rendement est très faible cette saison. Au milieu Mascherano accompagnait « Xaviniesta » tandis que le trio « MVP » occupait le front de l’attaque. Côté Gunners, la surprise qui n’en était plus une se nommait Van Persie, aligné en pointe. Pour le reste, c’était à peu près la même équipe qu’à l’aller, Sagna qui était suspendu en plus (contre Eboué), Walcott et Song en moins (contre Rosicky et Diaby remis de sa blessure).
 
 
 
La première mi-temps se résumait à une gigantesque attaque-défense, comme on en a plus que l’habitude au Camp Nou, mais qui pour un Barça-Arsenal ne pouvait que surprendre. 70 % de possession, la plupart du temps dans le camp adverse, le Barça maitrisait d’une main de fer les débats. Arsenal asphyxié perdait le ballon très rapidement face au pressing féroce des Barcelonais. Mais ces derniers se montraient souvent peu inspirés dans les derniers gestes, ceux qui comptent le plus, aux abords ou dans la surface de réparation. Face à la défense d’Arsenal organisée en une ligne de 5 (Nasri venant épauler Clichy pour contenir Alves) et une autre très resserrée de 4 (voire de 5 suivant la volonté de Van Persie de défendre activement ou non), le Barça peinait à trouver la faille durant le premier acte. Pedro bien lancé par Xavi avait pourtant montré la voie à suivre, celle des appels croisés dans le dos de la défense centrale (frappe contrée par Koscielny, 4’). Difficile de trouver les espaces face à un tel regroupement. Cherchant comme souvent à trop passer par l’axe, là où il concentre ses talents avec Xavi, Iniesta et Messi, le Barça se montrait au final peu percutant lors des 25 premières minutes. Des duels ultra tendus entre Alves et Nasri, un jaune pour Koscielny, un autre pour Sagna, et deux doigts de cassé pour le gardien Szczesny, obligé de céder sa place à Almunia (une vieille connaissance), voilà quels étaient les faits marquants, avant que le Barça ne se décide à monter en gamme que ce soit dans la justesse et le rythme.
 
 

Une frappe enroulée non cadrée de Pedro (28’) puis une faute grossière de Diaby sur Messi non sanctionnée à l’entrée de la surface (avec donc un penalty à la clé... 32’), ainsi qu’une frappe trop molle de Villa bien lancé en profondeur (33’) faisaient enfin entrer le Barça dans le domaine du concret après une récitation sans grande saveur de son football pendant 25 minutes. Bouffé sur tous les seconds ballons au milieu, Arsenal était mis au supplice. Mais le centre tir d’Adriano heurtait le poteau (36’).

Courbant l’échine, Arsenal réussissait à singer le Chelsea de 2009 (0-0 au Camp Nou) et à garder sa cage inviolée au moment d’entrer dans les arrêts de jeu de la première mi-temps.  Avec son maillot jaune semblable à celui de son voisin londonien, l’illusion était presque parfaite. Elle allait toutefois finir par se rompre grâce à un but d’extraterrestre de Lionel Messi dans le temps additionnel : interceptant une talonnade de l’agent double Fabregas, Iniesta effectuait un majestueux café crème au sein de l’arrière garde londonienne avant de lancer Messi à la limite du hors-jeu d’une subtile pichenette, lequel effectuait avec un sang-froid déconcertant un sombrero sur Almunia avant de transformer le tout d’une reprise de volée : But et chef d’œuvre ! Et 1-0 (45’+4) !
 

Juste avant cela (45’+3), Messi s’était déjà présenté dans une situation idéale en pleine surface, mais sa frappe mal ajustée avait été bloquée par le gardien espagnol d’Arsenal. Ce n’était heureusement que partie remise pour l’Argentin qui semblait pressé d’exorciser ses démons du match aller et de retrouver la verve offensive de son match de l’an passé lorsque son quadruplé avait allumé une à une toutes les étoiles du ciel catalan.

Autre évènement de taille de cette fin de première mi-temps, l’altercation entre Abidal et Van Persie, laquelle mettait les nerfs du Hollandais à vif, si bien que dans la foulée, celui-ci allait se faire plaisir d’une « fourchette » sur un Dani Alves qui n’avait pas besoin de tant d’égards pour se tordre de douleur (45’+2). Un jaune bien orangé, qui allait se révéler crucial en seconde mi-temps...
 
 

Celle-ci justement recommençait comme la première avec un Barça archi dominateur et un Arsenal impuissant et asphyxié. On aurait pu penser que le but allait pousser Arsenal à évoluer un peu plus haut, rien n’y faisait. Nasri, cependant, au prix d’un rush démentiel côté gauche réussissait à offrir au club rouge et blanc son deuxième corner du match à la 52ème minute de jeu. Cette timide incursion se payait le luxe d’un retour sur investissement à vous faire décrocher la mâchoire d’un Warren Buffet (mâchoire que le milliardaire du Nebraska a plutôt bien fixée), car elle aboutissait à l’égalisation suite à la tête contre son camp de Busquets gêné par Abidal et Adriano (1-1, 53’). On a beau chercher un joueur d’Arsenal à récompenser pour ce coup de tonnerre, on ne trouve personne. A croire qu’hier, seul Barcelone pouvait faire du mal à Barcelone.
 
 

1-1, il fallait désormais au Barça marquer à nouveau deux fois pour se qualifier, un seul but n’étant suffisant que pour accrocher la prolongation. La tâche s’annonçait nécessairement compliquée, mais elle était loin d’être terrifiante. De fait, Villa, dans la foulée de l’égalisation, bien lancé par Pedro dans la surface, était tout proche de redonner l’avantage aux Blaugranas mais Almunia sortait le grand jeu (54’).

Ainsi, c’est au moment où le béton londonien montrait un nouveau signe de fissure que l’arbitre suisse Massimo Busacca décidait de donner un marteau piqueur aux Catalans en excluant de façon surprenante Van Persie pour un second jaune consécutif à un acte d’anti jeu : un tir après un coup de sifflet signant un hors-jeu (56’). Scandaleux pour le spectacle et pour l’esprit du football, ce rouge constituait un nouveau tournant en boostant encore un peu plus le onze catalan en quête d’un second but.
 
 

On ne saura jamais si Barcelone aurait gagné et se serait qualifié sans ce coup de pouce arbitral. C’est un fait. Mais on ne saura jamais si à onze contre onze, le Barça n’aurait pas fait preuve de davantage de réalisme pour mettre un quatrième but qui aurait mis toute la Catalogne, et bien au-delà, à l’abri d’un ultime coup de lubie des dieux du football, comme lorsque Bendtner,  à la 87’, se présenta seul face à Valdes suite à une perte de balle monstrueusement stupide d’Adriano, pourtant jusque-là impeccable.

Tout ce que l’on sait c’est que Bendtner (qui avait remplacé Fabregas) s’est fait reprendre d’un tacle intergalactique par Mascherano (le geste défensif de l’année). Et que le Barça s’est qualifié 3-1 après avoir eu une bonne dizaine d’occasions très franches.
 
 

Ce fut d’abord Villa qui buta face à Almunia (58’), puis Alves qui tira au-dessus (60’), puis Villa à nouveau qui trouva Almunia sur son chemin (67’). Ce fut ensuite Messi qui se heurta au gardien londonien (79’), puis Affelay tout juste rentré en jeu (83’, 85’), avant le raté de la soirée signé Daniel Alves qui d’un centre-tir réussit l’exploit de ne pas cadrer et d’oublier Messi tout seul en retrait (86’) !

Heureusement, avant cela, le Barça avait renversé le cours des évènements en deux minutes, le temps pour Xavi, suite à une magnifique action d’Iniesta relayée d’une subtile déviation par Villa, d’inscrire le but du 2-1 (69’), et pour Messi d’inscrire celui du 3-1, sur un pénalty très net concédé par Koscielny pour une faute sur Pedro (71’).
 
 

Incapable de mettre un quatrième but, le Barça s’est fait très peur en fin de match en offrant à Arsenal une occasion inespérée de braquer le Camp Nou. Heureusement, un policier argentin est intervenu, et a appréhendé le voleur avant qu’il ne puisse toucher le butin. Il se murmure toutefois que le cerveau de la bande, un certain Arsène W., aux liens avérés avec des réseaux de braconnage d’adolescents, court toujours.

Mais à lui comme aux autres, la logique s’est imposée. Celle d’un Barça, nettement supérieur à Arsenal. Si les Gunners pensent que leur élimination ne résulte que d’une décision de Busacca, c’est qu’ils n’ont rien compris au film. Le casse de l’année n’a pas eu lieu. Le meilleur est passé.
 
 

Retenons néanmoins une vraie vertu à cette double confrontation : celle d’avoir montré pour évidente l’une des plus vieilles vérités de la planète foot : personne n’est invincible, même la meilleure équipe du monde.


Les joueurs 


Valdes : 6
Chômage technique total. La seule fois où il aurait pu se mettre en évidence, sur l’occasion de Bendtner, c’est en fait Mascherano qui a fait tout le travail. Difficile à noter du coup...

Alves : 7
Il a poursuivi son clash personnel avec Nasri qui datait du match aller. Globalement le gunner l’a moins mis en difficulté qu’à l’Emirates. Un gros pressing comme d’habitude et une bonne présence défensive. Offensivement, avant mais surtout après l’expulsion de Van Persie, il s’est régalé en prenant la profondeur pour profiter de passes diagonales dans le dos de la défense anglaise. Hélas il a beaucoup moins régalé dans le domaine de la finition... avec notamment ce énorme raté en fin de match qui aurait définitivement assuré la qualification. Si Bendtner avait marqué derrière...

Busquets : 6
Etant donné que le match a beaucoup ressemblé à une attaque-defense, son rôle a été assez limité. Mais il l’a parfaitement rempli. Sauf naturellement sur le but contre son camp, où il se gêne avec Abidal et Mascherano et trompe Valdes de façon imparable... Une prestation difficile à noter.

Abidal : 7,5
Encore et toujours impérial. On ne s’en lasse pas. Il a bouffé le pauvre Van Persie quand ce dernier était encore sur la pelouse. Il dégage une sécurité et une aisance rarement vu pour un défenseur du Barça.

Adriano : 6
Un match intéressant offensivement. Il a offert des solutions et bien poursuivi ses actions, malgré un manque de maitrise concernant le dernier geste. Un poteau anecdotique. Défensivement ce fut solide face au fantomatique Rosicky, mais plus compliqué après l’entrée d’Arshavin. Du reste son match restera entaché par son énorme erreur en fin de match avec un ballon perdu que Bendtner a bien failli transformer en but de l’élimination... mais Mascherano veillait ! Remplacé par Maxwell dans la foulée.

Mascherano : 8
Il a raté la plupart des passes verticales qu’il a osé tenter. On ne s’improvise pas Xavi ou Iniesta... Mais pour le reste, ce fut un récital à la récupération. Toujours bien placé pour couper le jeu des Gunners ou faire la couverture. Hyper précieux dans l’exercice du pressing haut mais aussi dans le replacement. Et que dire de son tacle mons-tru-eux sur Bendter qui sauve le Barça en fin de match. Une statue vite pour l’Argentin rien que pour ce geste. Remplacé par Keita juste après.

Xavi : 8
Il a donné une nouvelle leçon de maitrise et de finesse. Un but capital, et une présence de tous les instants dans la construction. Sa protection de balle est juste écœurante de facilité.

Iniesta : 7,5
Moins bien ces derniers temps, le Manchego est à créditer d’un match XXL. Il a été dans tous les bons coups, notamment le premier but.

Messi : 8
Un but d’extraterrestre dont on ne saisit tout le génie qu’au ralenti, et de nombreuses actions de grande classe. Trop discret pendant la première demi-heure, il est monté en puissance par la suite. Un inspirateur incroyable pour l’équipe.

Villa : 6,5
Il a vraiment péché dans la finition, même s’il ne faut pas dévaloriser la prestation d’Almunia, qui a été fantastique. Manquant parfois de jus, il a fini fatigué avant d’être remplacé par Affelay qui s’est créé deux bonnes opportunités.

Pedro : 6,5
Il amène le penalty transformé par Messi. Il a beaucoup bougé pour proposer des solutions au cœur du bloc défensif d’Arsenal. Un bon match.


Fiche technique


FC Barcelone : Valdés; Alves, Busquets, Abidal, Adriano (Maxwell, m.90); Mascherano (Keita, m.88), Xavi, Iniesta; Pedro, Messi, Villa (Afellay, m.82)

Arsenal : Szczesny (Almunia, m.19); Sagna, Djorou, Koscielny, Clichy; Wilshere, Diaby; Cesc (Bendtner, m.78), Rosicky (Arshavin, m.73), Nasri; Van Persie.

Buts : 1-0, m.45+3: Messi. 1-1, m. 53: Busquets (propia puerta). 2-1, m.68: Xavi. 3-1, m. 71: Messi.

Arbitre : Massimo Busaca (Suisse).
Avertissements : Koscielny (m.16), Sagna (m.29), Wilshere (m.36), Van Persie (m.45+1).
Expulsion : Van Persie (56’, deuxième avertissement).

95.486 spectateurs.

Posté par javito
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