Les faits et le jeu
Trois jours après la contre-performance à San Sebastian (2-2 après avoir mené 2-0), Guardiola alignait son onze de gala pour, espérait-on, remettre les pendules à l’heure face à l’AC Milan à l’occasion des débuts de la Ligue des Champions. Onze de gala ? Oui… enfin sans Puyol, laissé sur le banc après plusieurs mois d’absence et sans Piqué toujours blessé, auxquels Guardiola substituait une charnière Mascherano-Busquets avec Keita en pivot. Pour le reste c’était de l’archi classique avec Alves et Abidal dans les couloirs, Xavi, Iniesta et Messi à la baguette et Pedro & Villa sur les ailes. Petite subtilité quand même, Pedro et Villa intervertissaient pendant une grosse demi-heure leurs positions, avec le premier à gauche et le second à droite.
De son côté Milan, privé de Robinho et Ibrahimovic, alignait une équipe défensive mais avec un duo d’attaquants rapide et technique en la personne de Cassano et surtout de Pato, lequel ne mettait d’ailleurs que 24 secondes pour faire rendre gorge au bancal trio défensif Mascherano-Busquets-Keita. N’assurant pas le boulot de ratissage devant ses centraux, le Malien, mal placé, laissait l’attaquant rossoneri défier la paire expérimentale de milieux reconvertis défenseurs, avec un Busquets à la rue au moment de couvrir le jaillissement de Mascherano. 1-0 pour le Milan sur une action plus qu’anodine. Belle entame de match pour les Blaugrana qui avaient pourtant à cœur de faire oublier leur seconde mi-temps ratée à Anoeta…
Vexé, le Barça allait mettre un bon quart d’heure à se remettre en ordre de bataille, laissant ainsi au Milan quelques opportunités de corser l’addition la faute à une défense kamikaze trop facilement mise hors de position (hors-jeu fictif de Pato à la 13’, et panique dans la défense à la 17’). Comme souvent c’est Messi qui se chargeait de redonner de l’allant à ses partenaires en expédiant un coup franc sur le poteau à la 19’. Sa frappe enroulée sur le montant gauche d’Abbiati signalait le retour définitif des Catalans aux affaires et la disparition du Milan réduit dès lors à un rôle de sparing-partner que l’on imaginerait plus facilement dévolu à un second couteau du championnat espagnol. Certes le club de Silvio Berlusconi est encore en rodage avec un seul match officiel dans les jambes, mais il n’est pas interdit d’y voir là une confirmation de la thèse selon laquelle ce n’est pas la Liga qui est devenue trop petite pour le Barça et le Real mais bien l’Europe du foot dans son ensemble à l’exception de deux ou trois clubs anglais…
Bref, de la 19’ minute de jeu jusqu’à la 90’, ce ne fut qu’une succession d’occasions pour le Barça avec une domination de tous les instants dans la conduite du jeu. A tel point que l’on se demanda par moment si le Barça ne jouait pas avec seulement deux défenseurs (en l’occurrence Abidal et Mascherano). Face à cela, on ne voit pas trop ce qu’Ibrahimovic aurait bien pu apporter. On verra au retour… Bref, tout cela donna deux buts, le premier à la suite d'une percée magique de Messi entre quatre défenseurs conclue par Pedro (36’), le second sur un maitre coup franc de David Villa (50’). Entre temps, Cesc avait fait son apparition à la place d’Iniesta blessé aux ischio-jambiers et absent un mois…
Domination implacable mais domination aux conséquences finales assez limitées, puisque les Catalans ne surent pas ajouter un troisième but pour tuer le Milan. Au lieu de cela, les partenaires de Xavi se murèrent dans une récitation académique de leur tiki-taka sans véritable capacité ou volonté de corser l’addition. La dernière demi-heure ressembla ainsi davantage à un décrassage qu’à un match de C1 avec uniquement de la conservation de balle. De la gestion de bon père de famille ? Pas vraiment puisque Thiago Silva, sur l’une des seules incursions du Milan dans la surface catalane, se chargeait dans les arrêts de jeu de dérober de la tête sur corner le point du match nul sous les yeux médusés d’une défense blaugrana bien trop attentiste, à l’image d’un Busquets une nouvelle fois bouffé de la tête par son adversaire direct. Le Milan surclassé durant toute la partie n’aura au final eu qu’à sortir deux fois au début et à la fin pour obtenir ce qu’il voulait, à savoir le nul. Pour n’avoir pas su ou voulu enfoncer le clou, voilà que la Barça se retrouve dans l’obligation quasi certaine d’aller gagner à San Siro au retour pour s’assurer la première place du groupe. Rien d’insurmontable a priori vu la faiblesse affichée par le Milan ce soir, mais nul doute que c’est un défi dont la Pep Team se serait bien passée…
Le bilan n’est au final pas si négatif que cela malgré le résultat, la maitrise globale affichée par les Catalans qui n’ont fait qu’une bouchée du champion d’Italie en titre étant plutôt de nature à rassurer. Reste que les errements défensifs et l’incapacité à assurer les trois points ne peuvent qu’agacer. Mais le Barça a encore le droit de rêvasser en route, le money time n’est pas encore pour tout de suite.
Les joueurs
Valdes : 5,5
Il ne peut pas grand-chose face au sang-froid de Pato sur le premier but et pas grand-chose non plus sur le second de Thaigo Silva de la tête. Entre temps ? Chômage technique.
Alves : 5,5
Il a fait ronronner le moteur dans son couloir face à un Zambrotta bien faiblard mais sans tirer son épingle du jeu, la faute il est vrai à des partenaires pas très inspirés dans les solutions à offrir. Un tacle bien moche sanctionné d’un jaune.
Mascherano : 5
Pris de vitesse par Pato sur le premier but, et pas très à l’aise dans le premier quart d’heure, il a par la suite réglé la mire. Efficace.
Busquets : 3,5
Directement impliqué sur les deux buts avec une mauvaise couverture puis une détente verticale de poussin (ça commence à bien faire). Pour le reste il n’a pas été franchement sollicité, Abidal et Mascherano se chargeant d’éteindre Pato. A joué davantage au milieu en seconde période, et ce même avant la sortie de Keita.
Abidal : 6,5
Le meilleur derrière, sa puissance et sa vitesse lui ont permis de faire disparaitre le danger Pato. Quelques incursions offensives intéressantes
Keita : 5
Une prestation presque acceptable s’il n’était pas en cause sur le premier but. Intéressant dans ses jaillissements, il l’a moins été dans sa communication et son positionnement en début de match avec beaucoup d’incompréhension avec ses partenaires de la charnière.
Remplacé par Puyol à la 67’, qui pour sa reprise, n’aura pas amené beaucoup de sérénité derrière avec un déchet impressionnant dans la relance. Averti en plus en fin de match…
Xavi : 6
Une bonne première mi-temps où il aura, avec son compère Iniesta, écœuré le milieu de terrain milanais. S’est mis en mode « vendredi après-midi » après le repos.
Iniesta : non noté
Auteur jusque-là d’une prestation de bonne tenue, le Manchego a été obligé de quitter ses partenaires à la 39’ à cause d’une déchirure à la cuisse. Enième blessure musculaire pour le numéro 8 suppléé par Fabregas (4,5), lequel se sera très peu mis en évidence. Entrée décevante.
Pedro : 5,5
Un but opportuniste et c’est à peu près tout, que ce soit à gauche pendant la première demi-heure puis à droite le reste du match. La plupart du temps il s’est contenté de prendre son couloir et de rejouer en retrait. Mais ne doit-on pas pointer du doigt l’animation offensive trop frileuse plutôt que le joueur ?
Messi : 7
Un coup franc sur le poteau et une passe décisive suite à un rush incroyable. Il a remis le Barça sur les bons rails. Mais il a aussi contribué à ne pas le faire décoller après le repos notamment sur cette action à la 55’, où tardant à tirer, il s’est fait reprendre par un tacle magnifique de Nesta alors que le but lui ouvrait les bras. A bien chauffé les gants d’Abbiati durant ce match. Le plus dangereux.
Villa : 6
Son but est un petit bijou. Pour le reste, du Villa habituel ou presque avec un bon repli défensif, de la générosité mais aussi du déchet et un manque de spontanéité dans la zone de vérité avec un jeu stéréotypé. Sa « thierryhenrisation » se poursuit.
Remplacé par Affelay en fin de match qui n’aura pas eu le temps de montrer grand-chose.
Fiche technique :
FC Barcelone : Valdés ; Alves, Mascherano, Busquets, Abidal ; Keita (Puyol, m.67), Xavi, Iniesta (Fabregas, m.39) ; Pedro, Messi, Villa (Afellay, m.84).
AC Milan : Abbiati ; Abate, Nesta, Thiago Silva, Zambrotta ; Van Bommel (Aquilani, m.78), Seedorf, Nocerino ; Boateng (Ambrosini, m.33) ; Pato, Cassano (Emanuelson, m.62).
Buts : 0-1, m.1: Pato. 1-1, m.35: Pedro. 2-1, m.50: Villa. 2-2, m.90+2: Thiago Silva.
Arbitre : Martin Atkinson (Anglais).
Avertissement : Van Bommel (m.18), Villa (m.52), Nesta (m.57), Alves (m.70), Puyol (m.90+2).
89.861 spectateurs.