En Une | Liga | lundi 28 mai 2007 à 16:37  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Trente-six journées. Plus de 3240 minutes à courir après un ballon. D'innombrables scènes de joie, de tristesse, de déception, d'euphorie, de colère. Des polémiques, des souvenirs ineffaçables, des erreurs inexplicables...

Trente-six journées. Plus de 3240 minutes à courir après un ballon. D'innombrables scènes de joie, de tristesse, de déception, d'euphorie, de colère. Des polémiques, des souvenirs ineffaçables, des erreurs inexplicables, des actions inoubliables. Trente-six journées, que nul n'oubliera, que tous raconteront à leurs enfants, décrivant comment « en ce temps là, le football était plein de suspense ».

Tant d'émotions parcourues, de malentendus dissipés pour en arriver ici, aujourd'hui, à une situation quasiment identique à celle du début de saison, époque en laquelle ni culés ni madridistas ne pouvaient imaginer un tel épilogue à cette saison, qui, bien que décevante, ne perdit jamais cette capacité inexorable à faire tourner nos cœurs dans tous les sens.

Alors qu'il ne reste que deux journées dans ce championnat espagnol, trois équipes peuvent encore l'emporter. Le F.C Seville, relégué à deux longueurs de la place de leader. Cette dernière, étant occupée par le Real Madrid, et le F.C Barcelone. Petit avantage néanmoins au club de la capitale qui, grâce au Goal Average particulier, sera auréolé d'une nouvelle couronne de Campeon en cas d'égalité.

Alors que le Barca ne fut quasiment jamais inquiété durant cette saison par les anciens Galactiques, ces derniers ont dorénavant pris leur destin en main. Deux victoires, contre Saragosse et Mallorca achèveraient la saison de la façon la plus douloureuse qui soit pour les supporters catalans. Une victoire pour cette équipe de Madrid, qui pourtant, a perdu sa philosophie de jeu pour adopter un nouveau genre, bien moins attirant, mais indubitablement très efficace.

Sommes nous tristes en cette fin de saison? Oui. Ne nous désespérons pas de ces points bêtement perdus, de ces balles échouant sur le poteau, de ces dispersions d'un effectif qui, malgré tout, nous fera toujours rêver. Bien entendu. Ne regrettons nous pas d'avoir gâché tant de rencontres ? Evidemment. Mais, au fin fond de nous-mêmes, bien qu'il soit difficile de l'avouer, nous aimons tous cette situation qui peut changer à chaque minute de chaque rencontre, grâce à la simple trajectoire d'un petit ballon rond. Aucun d'entre nous, aficionados fidèles n'avons regretté le déroulement si douloureux de la finale de la Ligue des Champions l'année dernière. Et, il y a quinze ans de cela, personne ne s'est dit qu'il aurait voulu un autre scénario que de voir le Barca remporter cette finale sur un coup franc de Ronald Koeman, en plein milieu des prolongations. Aucun d'entre nous aurait préféré une victoire sans débat sur le score de 3-0. Nous aimons le suspense. Comment pourrait-on même oser le nier ? Ce suspense qui nous ronge jour et nuit, qui nous fait ne pas écouter un professeur en cours, pensant au futur derby entre le Barca et l'Espanyol. Ce suspense, qui nous fait taper dans l'épaule d'un inconnu dans la rue, alors que nous étions entrain de nous rappeler l'expulsion de Ronaldinho contre Getafe. Ce suspense, qui nous fera annuler tous nos plans, préférant regarder ces deux derniers matchs - oh combien décisifs - pour connaître le vainqueur de la Liga. Ce suspense qui rameute en nous une haine inexplicable vis à vis d'un maillot blanc, floqué au nom d'un Raul, Robinho, ou Cannavaro.

Un jour, nous avons tous imaginé pouvoir vivre une fin de saison comme celle qu'ont vécues les supporters de la Dream Team, il y a quinze ans de cela. Nous avons tous rêvé pouvoir voir le titre se jouer sur un penalty tiré à côté. Qu'y a t'il de plus beau que de gagner une compétition à la dernière, ultime seconde de jeu ? Et, si cela peut se faire contre le rival historique, l'ennemi de toujours, que peut on espérer sincèrement de plus grand ? Le football, c'est aussi cela. Cette petite part de masochisme, dans le seul but de pouvoir par la suite exulter, crier au monde entier la victoire, notre victoire par un but d'un tel sur une passe d'un autre.

C'est aujourd'hui même, que nous devenons tous superstitieux. Que nous cherchons dans le passé, ou bien même dans les étoiles pour les plus acharnés, un certain signe qui pourrait faire pencher la balance en faveur de « nos » blaugranas. Que cela soit une étoile filante alors que l'on est posé, la nuit dans l'herbe mouillée, ou une recherche longue et implacable sur d'innombrables statistiques qui en temps normal ne servent strictement à rien.

Nous avons tous besoin d'un signe, fusse-t-il minime, fusse-t-il stupide, du destin. Chaque jour, l'ambiance monte d'un cran. L'on ressent de plus en plus la chaleur, l'on imagine de plus en plus dans nos têtes des scénarios rocambolesques impliquant trois buts en quatre minutes pour Barcelone, ou deux buts coup sur coup pour les adversaires de Madrid. L'on devient irritable, tendu, incompréhensible pour ceux qui ne connaissent pas le vrai sens des mots « passion » et « football », et au fond de nous, l'on bout littéralement. Nous avons tous pesté contre l'expulsion de Ronaldinho, il y a quelques jours de cela. Nous avons encore plus crié lorsque Van Nistelrooy a fait cette passe décisive de la main. Et face à l'Espanyol, face au Nastic, nous crierons, encore une fois. Comment en douter ? Serions nous sincèrement capables de garder nos émotions contenues, alors que le rival de toujours pourrait nous voler cette troisième Liga consécutive ? C'est inimaginable. Alors, nous cherchons des signes du destin.

Et à ce jeu, amour du Barca ou non, nous trouvons plus de motif d'espérance. Tout d'abord, Madrid doit aller jouer à Saragosse, qui cette saison, n'a perdu que deux rencontres sur son terrain, et doit continuer de lutter pour une place européenne. Et, Majorque, dernier adversaire du Real n'a pas oublié leur cinglante victoire sur le score de 5 - 1 à Bernabeu, il y a quelques années de cela. Qui n'a pas imaginé un but de Maxi Lopez à la dernière seconde, privant les Madrilènes du sacre ? Aussi, et l'on ne peut l'oublier, ces derniers temps, le Barca a été meilleur pour gagner dans la dernière journée. Par deux fois, lors de l'époque de la Dream Team, le Barca gagna la Liga lors de la dernière journée, grâce à l'équipe de Tenerife. Une fois contre le Deportivo la Corogne, et la deuxième fois face à... Madrid.

De bon augure, de très bon augure pour la suite. Alors croyons y. Pensons nous maîtres de notre destin. Certifions que si le Barca gagne ses deux dernières rencontres, il sera champion. C'est un mensonge. Rien ne prouve, ni n'assure qu'avec deux victoires, les hommes de Rijkaard ramèneront le titre. Alors pourquoi le dire ? Tout simplement parce qu'en cette fin de saison, le combat pour la victoire se fait tout aussi bien sur le terrain, que dans les esprits de chacun. Pour Barcelone et ses socios, l'essentiel est dorénavant de croire. Et peut-être alors, dans le dernier virage de la Liga, ce destin tant convoité fera enfin son apparition, donnant un coup de pouce au Barca, notre Barca. Et, que Madrid le veuille ou non, sur ce plan, les superstitions jouent de notre côté. Alors, blaugranas de tout endroit du monde, continuez d'espérer en la victoire. Ou mieux, continuer de savoir que le Barca gagnera, et ne peut faire autre chose que remporter cette Liga. Car, sans votre soutien basé exclusivement sur votre foi, sans votre capacité à faire douter l'ennemi de Madrid, les joueurs se sentiront abandonnés par ceux qui comptent le plus : les supporters. Et alors, nous pourrons dire que le titre est déjà perdu.


Posté par tendaifcb
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