Chronique | Cruyff | samedi 6 février 2010 à 18:53  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Le Real Madrid s'est imposé au Riazor car les joueurs remplaçants d'un grand club sont toujours meilleurs que les titulaires d'un club plus modeste. Mais les sensations que donne le Barça en gagnant tout sont écrasantes.

La semaine dernière, nous avons évoqué un tas de mots se prêtant peu au football: sanction, commission, appel, suspension... Le football est de partout pareil mais la question du fair-play ou de la sportivité est très différente selon les pays et les mentalités. Ici l'on voit une pression extérieure, suspicieuse sur chaque décision. En Angleterre ou aux Etats-Unis par exemple, la sanction se subit, point à ligne. Chez nous, sanction est synonyme de recours juridiques. Et si quelqu'un de connu est impliqué, le cirque médiatique est garanti.

J'ai été attaquant. Et comme à tous les attaquants, mes adversaires m'ont tiré le maillot, par le bras, par le cou... Ton instinct en tant qu'attaquant est celui de te défaire de leur bras, de rester debout. Ce qui est, évidemment, plus difficile si tu as le ballon entre les pieds. Ton instinct te pousse à sortir toi aussi le bras. Un coup signifiant "lâche-moi!" et qui peut se terminer par un coup de sifflet contre toi. Après, c'est selon l'arbitre. Faute de l'attaquant ou faute du défenseur, même si dans mon cas, je remarquais que c'était toujours mon adversaire qui avait commencé. La phase sanction/commission/appel/suspension passée, l'action entre Cristiano Ronaldo et le jouer de Malaga relève d'un intérêt: il s'agit là d'une lutte comme une autre mais avec un final spectaculaire en forme de nez cassé. Faute? Oui. Cela mérite-t-il une sanction? Sans doute. Et c'est ce qui s'est passé. Rouge direct et deux matchs de suspension. Ceci dit, j'ai vu et je verrais une infinité d'actions encore pires.

EXAMEN AU RIAZOR
Sans Cristiano, le Real a gagné plus que trois points au Riazor. La pression mise par le Barça (le Real étant à six points derrière au début de match avec la possibilité d'être à huit en cas de défaite), le fait d'avoir passé un paquet d'années sans avoir gagné là-bas et les multiples absences faisaient de ce match un examen important. Et lorsqu'on les enterre un peu trop vite, les gens se réveillent. Qui plus est lorsque l'on parle d'un grand. La preuve, une fois de plus, que le football n'est pas une science exacte. Et plus c'est dur, plus concentré il faut être. Ce sont des efforts ponctuels qu'il est nécessaire de faire pour une grande équipe. Car le remplaçant d'une grande équipe est certainement plus fort que n'importe quel titulaire d'une autre équipe. Concentrés et bien rentrés dans la partie, cette qualité peut ressortir et faire la différence. La talonnade de Guti sur le but de Benzema en est l'exemple. Que Guti soit un super joueur, personne n'en doute. Sa façon d'être, c'est autre chose. Et pas autant sur qu'en dehors du terrain. Même si c'est son problème et celui du Real.

Le mois de janvier s'est clôturé, les sensations positives transmises par le Barça toujours aussi écrasantes. Revenir à la compétition après la trêve hivernale est très dur. Le faire après être entré dans l'histoire avec une année 2009 incroyable s'ajoute à la note. Il y a eu l'élimination en Copa, mais il y a des façons de perdre, et celle-ci peut être considérée comme une fierté par les supporters. Et après cela, un grand nombre de buts marqués, qui auraient pu être encore plus nombreux, il suffit de voir ce que les joueurs ont raté à Gijon, mais toujours aussi peu encaissés.

L'équipe dégage quelque chose qui ne se voit pas dans les statistiques. Elle est en train d'apprendre à réagir différemment à chaque sortie, d'apprendre à trouver des solutions face aux équipes qui te jouent différemment, d'apprendre ce qu'il faut faire et ne pas faire dans ces premières quinze ou vingt minutes durant lesquelles tes adversaires viennent te presser très haut. Et, il y a de réels progrès. Il faut moins se reposer sur Valdès, moins souffrir. Lui le premier. Et tout cela parce que les solutions trouvées pour contourner la première ligne défensive sont plus réfléchies. Elles comportent toujours des risques, mais des risques acceptables et cohérents pour l'idée du football que développe cette équipe.

LA LIGNE ET L'EQUIPE
Mais ici, c'est le Barça, donc la joie n'est jamais totale. Il y a toujours quelqu'un à pointer du doigt. Premièrement, ce fut Henry. Aujourd'hui, c'est Henry ET Ibrahimovic. Si tu es attaquant et que tu ne marques pas, ca te colle à la peau. Les juger sur leur manque d'efficacité est aussi facile qu'incorrect. Il ne s'agit pas de regarder le joueur mais plutôt la ligne collective (défensive, au milieu de terrain et offensive) et le fonctionnement de l'équipe par la suite. Méforme passagère? Il y a des toujours des moments plus durs que les autres, mais ce n'est pas là que se trouve les réponses selon moi. Prenons la dernière prestation de Thierry Henry en date, à Valladolid. Récital d'Alvés sur le côté droit. Réaction d'après-match: on  a pas vu le français. Logique, car il joue côté gauche et que tout s'est passé côté droit. S'est-il bien déplacé? Oui.Je ne l'ai jamais vu baisser les bras. A-t-il "élargi" le terrain? Oui, et ça a aidé les joueurs de l'autre côté du terrain. Pour un attaquant, le but est important. Mais il n'est pas tout.

Aujourd'hui, donc, c'est Ibrahimovic. Tant de matchs sans marquer. A Gijon, il formait le trio d'attaque avec Pedro et Henry. Sur qui vont se concentrer le plus les défenses adverses? Sur les deux stars, lui et Messi. Et avec ses mouvements, avec et sans le ballon, celui qui en profite est toujours le plus méconnu. Marquer, même si c'est important, n'est pas le but ultime de l'attaquant. S'il vient s'ajouter au collectif et qu'il contribue avec ses mouvements au jeu placé, son apport est décisif afin que les autres en récoltent les fruits.


Source: El Periodico

Posté par El Culé
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