
Chaque après-midi, lorsque les enfants sortaient de l’école, il y avait un match sur la place Planell de Linyola. Chaque après-midi les mêmes jouaient. De temps en temps le
noi de Linyola rejoignait la place. Parfois à temps pour voir les jeunes gamins. Parfois, il demandait, lui qui sait tant de football et qu’il y a bien joué, mais il n’en avait pas besoin. "Combien de buts a marqué Bojan aujourd’hui ? 5 ? 6 ?" Voici la question que posait Josep Maria Fusté, l’homme qui a placé un petit village de la province de Lleida sur la carte footballistique du barcelonisme. Ce même village il y a 16 ans, juste au moment où la
dreamteam commençait à émerveiller le monde entier, Bojan Krkic, de père serbe (Bojan) et de mère catalane (Maria Lluïsa), naissait. En à peine deux mois et demi il totalise 7 buts en 11 rencontres avec le Barça B. Sans aller plus loin il en a marqué 2 dimanche face à Lleida.
Peut-être que Fusté se souviendra lorsqu’il regardait les rencontres et qu’il rentrait à la maison satisfait par ce petit jeune qui le réconciliait avec le jeu qu’il aime tant. Il n’était pas grand, pas spécialement rapide, pas même physiquement le plus doté de ceux qui couraient sur la place du village. Mais il était, jour après jour le meilleur. Et il l’est toujours. C’est un junior première année (il est né en 1990), mais il marque des buts en seconde division B comme s’il y avait joué toute sa vie, depuis qu'il est monté lorsque Quique Costas, l’entraineur de la filiale, a constaté que le B coulait. A l’âge d’un cadet, il a donné une Liga aux juniors du Barça dans les arrêts de jeu. Et avant cela, un de ses buts a donné une Liga au Barça infantil. Etant encore imberbe, il court sur les terrains comme s’il était déjà un vétéran.
Bojan a vite trouvé petite la place del Planell. Un jour, Fusté a discuté avec son père, un ancien footballeur de l’Etoile Rouge de Belgrade qui avait signé à Mollerusa lorsque cette modeste équipe était en seconde divison –il y a connu la mère de Bojan-, et tout a été simple. Il l’a emmené à Barcelone (il avait alors 11 ans), mais il n’était pas seul. Oriol, un autre petit garçon qui promettait, a effectué le même voyage, mais il n’est plus au Barça. La nostalgie l’a ensuite effondré. Bojan est resté à La Masia, il a ensuite rejoint un appartement avec ses grands-parents (d’autres personnes qui ont connu la nostalgie et qui sont revenues à Linyola), et à présent il vit avec ses parents. C’est un enfant unique.
Discussion avec Eto’o
Du Planell au Camp Nou il reste encore un bout de chemin, bien qu’il se rapproche de plus en plus. Mercredi dernier, Rijkaard l’a appelé pour qu’il participe à une mini-rencontre avec la première équipe. Le jeune garçon s’est montré nerveux avant au rendez-vous. Tendu hors du terrain. Dedans, au Miniestadi, c’était un de plus. Une fois la rencontre achevée, où Messi a brillé avec des actions
messiennes, quelqu’un s’est approché de Bojan. Non, ce n’était pas Rijkaard. Pas même Quique Costas, son entraîneur. C’était Samuel Eto’o. Il l’a rejoint affectueusement et lui a indiqué les mouvements tactiques sur cette même pelouse du Miniestadi. Les caméras de télévision ont filmé la scène. Peut être que dans quelques années, ce sera de l’histoire ancienne. Actuellement elle a une valeur symbolique. Le meilleur avant centre du monde, ou l’un des 3 meilleurs (certains doutent que ce soit Eto’o), donnant des leçons au jeune garçon.
La tête sur les épaules
Si quelqu’un se rapproche de La Masia et demande au sujet de Bojan, il n’entendra que des merveilles. "Un bon garçon, un bon coéquipier, un bon élève, discret, humble", racontent des murs qui ont vu défiler des symboles comme Amor, Guardiola, Puyol et Iniesta. Si quelqu’un se gare dans la cité sportive Joan Gamper de Sant Joan Despi, les techniciens sont impressionnés. "il a énormément de talent, il a énormément muri. Et surtout, très rapidement", raconte Costas. "Il a la tête sur les épaules", ajoute Joan Barbara, ancien joueur de Sabadell et de Salamanca et assistant en fonctions de Costas. Dans un monde de footballeurs de talent, mais sans la tête sur les épaules, ce détail est aussi important que les qualités.
"Il joue comme un ancien. Il marque des buts. Sur la place, avec les juniors, le B, où que ce soit. C’est inné", explique Fusté. "on dirait qu’il flotte sur le terrain. On ne l’attrape jamais, il arrive toujours une seconde avant les autres", révêle-t-il d’un 9 (il est droitier mais joue avec les 2 pieds) qui a toujours été en avance sur son âge. L’été dernier, à 15 ans, il a triomphé avec la sélection espagnole des moins de 17 ans, qu’il a emmené à la 3ème place de l’Euro. Il était remplaçant, mais l’autre noi de Linyola a débuté avec 3 buts face au Luxembourg. Par la grande porte, le propre de Bojan, qui en a finalement marqué 5 et les chasseurs de talents européens, les mêmes qui ont emmené Cesc à Arsenal, ont regardé impressionnés, sa vitesse, son intuition, ses étincelles et son tir. Qui était ce Bojan ? Chelsea, parmi d’autres clubs, s’est approché de lui. Mais son père, qui travaille comme recruteur au secrétariat technique du Barça, n’a pas accédé à la demande.
"Je n’ai jamais vu autant de qualités et d’imagination chez un joueur", affirmait récemment Juan Santisteban, le sélectionneur espagnol des moins de 17 ans. Bojan a quelque chose de magique. Il met tout le monde d’accord, tandis que le Camp Nou croise les doigts pour que ce joyau ne se perde pas. A 16 ans, il a marqué plus de buts que quiconque au Barça B, il a une page web personnelle et sur Youtube lorsque l’on saisit Bojan Krkic il y a déjà énormément d’extraits vidéos. A Linyola il l'avait déjà fait. Dimanche pour ne pas perdre ses habitudes, il a marqué 2 buts de plus.
Source: El Periodico