Interview | Cruyff | lundi 31 août 2009 à 19:19  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Maintenant, et plus que jamais, la Liga est réduite à un Barça-Madrid, à un duel qui n'est pas seulement sportif mais qui fait s?opposer deux modèles : la cantera de la Masia contre le chéquier inépuisable de Florentino Pérez.

 

--Qui gagnera ?
--Le pari sur les jeunes de Guardiola m’enchante. C'est quelque chose qui est clair depuis de nombreuses années au Barça. Et, avec son arrivée, ce projet s’est encore plus  renforcé.  Cela donne quelque chose qui n'a pas prix : un style, une manière de jouer, une philosophie. Il a dû gagner le triplé pour que tout le monde reconnaisse cette idée. Quand tu pars d'ici, tu te rends alors compte de la valeur qui est donnée à tout cela. Dans tous les pays que je visite, on me dit toujours la même chose : "Ce que j’aime le plus dans le Barça, c’est sa manière de jouer au football. Oui, c'est vrai. Ils gagnent aussi des titres, mais ce jeu est unique". Il n'y a pas de  plus grande éloge possible pour le Barça, parce qu'aucun club dans le monde n'est capable de jouer une finale de Champions avec sept joueurs de la maison ou de terminer celle de la Supercopa avec huit canteranos.

--Comme Madrid ne dispose pas de trésors à la  maison, il part les acheter où ils sont. Crains-tu qu'ils puissent s'imposer ?
--Le triplé a obligé le Real à faire un effort énorme. Et, manque de chance, ils n'ont pas bien commencé : il faut simplement voir ce qu'ils ont réalisé pendant la pré-saison et comment le Real a souffert devant le Depor. S'il avait commencé de manière fantastique, il serait plus tranquille. Mais, s'ils sont mauvais, ils devront se montrer plus attentifs. En se fiant à personne.

--Pourquoi dis-tu cela ?

--Parce que les noms seuls ne font jamais une équipe. On sait cela depuis toujours. Aussi il est vrai que tous les joueurs qu'a achetés Madrid sont de grands noms et que le club ne voudra jamais perdre de son prestige en les ayant fait venir ici. Bien au contraire. Il voudra exploiter le maximum de leur qualité et du prestige de ces joueurs. Mais on ne peut pas oublier que Madrid était déjà là la saison passée et qu’il disposait de moins de bons  joueurs que maintenant. Il est impensable que cela ne fonctionne pas, mais cela n’est pas mon problème. Si tu t’intéresses à ça,  tu tombes dans son piège. Tu dois uniquement t’occuper de toi-même.

--La pression, qui pesait initialement sur les épaules du Barça, à savoir répéter le triplé, a été transférée sur celles de Madrid par l'investissement énorme qu’il a réalisé cet été.

--Ce qui a été dépensé est exagéré. C’est la même chose si tu repenses à ce qui a été payé pour Cristiano Ronaldo. Cela est à l'origine d'une pression énorme qui a ensuite touché tout le monde. Pression sur l’équipe, sur l’entraineur, sur le président et, évidemment, sur le joueur. Si j’en parle, alors que j’ai déjà 62 ans, je peux comprendre aisément ce que lui va vivre. Ce garçon par contre n’a que 25 ou 26 ans, et ne sait rien de ce qui l'attend. Il a toujours vécu une situation irréelle. Qui est-ce qui va le lui faire comprendre maintenant ? Y-est-il réellement préparé ? Il était jusqu’alors dans le football de base et personne ne lui disait rien car il savait ce qui était bon.

--Peut-il être affecté ?
--Je ne le sais pas, mais c’est évident qu’une période d’adaptation  est indispensable. Regarde les garçons du Barça, quand ils arrivent au Camp Nou, ils savent déjà comment ils doivent jouer, comment ils doivent se comporter sur le terrain, et en dehors… Par cela, Madrid est une inconnue. Il faut seulement voir ce qu'il s’est passé avec Robben : il a été l’un des meilleurs cet été et peu avant la fermeture du mercato ils ont fini par le vendre au Bayern… Et le deuxième meilleur reste Raúl, celui de de toujours.

--Et comment cela se gère-t’il ?
--C'est là le problème. Comment s'adapteront-ils tous ? Accepteront-ils de ne pas jouer ? Que diront-ils s’ils restent beaucoup de temps sur le banc ? Au Barça, tous savent comment cela se passera parce que Pep l'a déjà fait la saison passée. En trois mois, il a démontré qui commandait au club. Et ils s'en sont tous rendus compte. C'est pourquoi ils allaient tous dans la même direction : celle que montrait Pep. Savoir si Pellegrini pourra faire la même chose est une énigme.


Source: El Periodico de Catalunya

Posté par GreGoL
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