Les faits et le jeu
Arsenal-Barcelone, c'est l'affiche de ces huitièmes de finale, en tout cas de cette première semaine (ne faisons pas injure au remake de la dernière finale entre le Bayern et l'Inter la semaine prochaine). Tout le monde avait encore en tête le duel de l'an passé qui avait tourné de façon assez nette à l'avantage du Barça. Quid de cette année. Arsenal semble avoir progressé. Un joueur comme Nasri s'est affirmé et Van Persie est cette fois-ci sur le pelouse et pas à l'infirmerie. De son côté le Barça peut compter sur une équipe au firmament qui n'a jamais semblé aussi forte, d'autant plus que les Catalans se présentent sur la pelouse de l'Emirates avec un Iniesta opérationnel. Néanmoins il manque Puyol pour que le tableau soit idéal, quand dans le même temps Arsenal doit faire sans Sagna suspendu.
Les toutes premières minutes de jeu voient le Barça prendre le jeu à son compte avec ses deux recettes traditionnelles : possession et pressing. Arsenal débute de façon regroupée et attentiste pour mieux tenter sa chance sur des contres hyper rapides avec Walcott ou Fabregas. Cependant rapidement, Arsenal se met à retrouver ses fondamentaux et à tenter de concurrencer Barcelone dans la tenue du ballon avec une réussite certaine qui se concrétise par une frappe de Van Persie dans la surface bien contrée par Valdes (5’).
Les vagues rouges balayent le bloc défensif catalan mais celui-ci s’en sort sans grand dommage à l’orée du premier quart le révèle un nouveau renversement de physionomie. Désormais c’est le Barça qui tient le ballon, dicte sa loi au milieu, et se crée les occasions. Lesquelles seront très nettes. C’est tout d’abord Messi admirablement lancée par Villa qui manque de façon assez inexplicable le cadre dans son face-à-face avec le gardien (15’). C’est ensuite Villa dans une action symétrique, qui se retrouve face à Szczesny. Mais contrairement à l’Argentin, le 7 blaugrana ne rate pas son duel et ouvre le score dans la stupeur générale (26’). Tout le stade réclame hors-jeu, mais Clichy couvrait bel et bien Villa. Le Barça mène 1-0 après avoir réussi à mettre en route la machine à faire des passes et à étouffer l’adversaire.
Hélas les Catalans ne profitent pas de ce temps (très) fort pour corser l’addition. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer avec une talonnade de Pedro sur centre de Villa à la 29’ et surtout un but refusé à tort à Messi à la 38’ pour un hors-jeu peu évident à la suite d’un duel manqué par Pedro avec le gardien. Notons toutefois que même au plus fort de la domination barcelonaise, Arsenal continue de se montrer dangereux en contre avec une vitesse de projection prodigieuse exploitant la moindre erreur blaugrana. Mais l’arrière garde catalane tient bon, à commencer par Abidal, une nouvelle fois impeccable.
La mi-temps peut intervenir. Les joueurs doivent avoir envie de souffler, le rythme était fou. On s’est régalé.
La seconde mi-temps voit Arsenal revenir avec la ferme intention d’égaliser. Le public pousse. Mais le Barça continue d’avoir les bonnes cartes en main et de maitriser les débats notamment au milieu avec le quatuor Busquets-Xavi-Iniesta-Messi. Mais cela ne fait toujours que 1-0. Et même si Arsenal peine à inquiéter Valdes, l’avance au score reste minime à l’approche de l’heure de jeu, d’autant plus que Pedro négocie mal une magnifique ouverture de Xavi ne parvenant à échapper au retour de Koscielny, auteur d’une grande performance défensive lors de ce match (57’). Mais la plus belle occasion ou plutôt devrait-on le plus beau raté est à nouveau à mettre au passif de Leo Messi (68’).
C’est alors qu’intervient le coaching, avec la sortie de Villa pour Keita côté Barça, auquel Wenger répond par l’entrée d’Arshavin pour Song. Option gestionnaire coté Barça contre option tout pour l’attaque côté Arsenal. Lesquelles se confirment sur le terrain avec un Barça semblant se contenter du 1-0 et un Arsenal montant quelque peu en puissance. Néanmoins à l’approche du dernier quart d’heure, rien n’a changé : le Barça maitrise toujours un Arsenal incapable de renverser la situation.
Mais comme l’an passé, tout bascule en fin de match. Sur une action anodine, Van Persie, d’un tir puissant, trouve un angle incroyable et profite du mauvais placement de Valdes qui ne couvre pas son poteau pour égaliser (1-1, 78’). L’espoir renait d’un seul coup chez les Gunners jusque-là si impuissants. Le football de (très) haut niveau se joue décidément sur des détails.
Moins présents dans les duels, incapables de faire aboutir ses attaques avec un Messi aussi maladroit que peu inspirés dans ses choix, le Barça se met à subir comme en début de match. Avant de rompre. Non pas sur une action placée d’Arsenal ou une récupération haute, mais au contraire sur un contre supersonique suite à une mauvaise inspiration de Messi, avec Fabregas à la baguette puis Nasri et Arshavin à la finition (2-1, 83’).
Arsenal sans avoir montré grand-chose se retrouve désormais à mener. Rageant. Très rageant. Et un air de déjà-vu. A ceci près que l’an passé, les Gunners étaient revenus d’un 0-2, et que le Barça était reparti de l’Emirates avec le nul. Cette fois-ci c’est la défaite qui attend la Pep Team, malgré un ultime coup de collier en toute fin de match pour revenir au score.
Cette défaite met incontestablement le Barça dans une situation inconfortable, mais si l’on en juge les statistiques, il n’y a pas encore péril en la demeure. Le but à l’extérieur est toutefois une maigre consolation vu la physionomie du match et les occasions manquées. Messi n’a toujours pas marqué en terre anglaise, et là s’est joué une grande partie de ce match aller. L’Argentin aura l’occasion de se racheter le 8 mars. Ce sera sans Piqué, suspendu, mais avec Puyol. Et ce sera au Camp Nou, avec 99 000 culés pressés d’exorciser la demi-finale de l’an passé. A l’époque le Barça devait remonter un déficit de deux buts. La marche sera un peu moins haute cette fois-ci. Mais il faudra chausser des bottes de géant pour la gravir.
Les joueurs
Valdes : 4
Son grossière erreur sur le but de Van Persie est le tournant du match. Jusque-là le portier catalan avait été au top que ce soit sur sa ligne ou dans ses sorties.
Alves : 5
Physiquement, il a eu quelques coups de mou dans le repli défensif. Offensivement son pressing et ses appels ont été intéressants mais trop intermittents. Nasri l’a mis en difficulté dans le un contre un.
Piqué : 6
Une grosse faute d’inattention en début de match, et quelques interventions limites, dont une qui lui vaut un jaune synonyme de suspension. A part cela il a fait le job et plutôt bien.
Abidal : 7
Le meilleur défenseur du Barça cette saison a confirmé tout le bien que l’on pense de lui avec une excellente prestation : interceptions, relance, couverture, replacement. A tenu la baraque dans les moments les plus tendus.
Maxwell : 4,5
Positionné assez haut, il a été l’auteur d’une première mi-temps très médiocre notamment sur le plan technique avec beaucoup de ballons perdus. Néanmoins il n’a pas trop été mis en difficulté par la vitesse de Walcott comme on aurait pu le craindre. Un deuxième acte insipide.
Busquets : 7
Il a tenu son rang au milieu avec une grande intelligence tactique et une belle sureté technique. Et quelle efficacité dans la récupération ! Il a souffert néanmoins dans certaines phases de contre-attaque où l’équipe était coupée en deux, où il a dû s’employer pour combler les vides au milieu.
Xavi : 6
Impérial dans la conservation de balle mais peu inspiré dans le jeu vertical. Physiquement il a décroché en seconde mi-temps.
Iniesta : 5
Lui aussi n’a pas semblé au top physiquement au point de finir remplacé par Adriano (sic). Un match trop intermittent dans lequel il a très peu pesé dans les zones de décision. Pas du grand Iniesta...
Pedro : 4
Maladroit dans les 25 derniers mètres, il n’a jamais vraiment mis le feu comme il aime le faire. Croque un beau duel. Son replacement défensif a été parfois déficient. A gauche après le repos il n’a pas existé.
Messi : 4,5
Une passe décisive de grande classe mais que de mauvais choix ! Il a annihilé beaucoup de belles situations, et vendangé au moins deux occasions très nettes. Sa deuxième mi-temps a été très décevante.
Villa : 6
Il a délivré un beau caviar à Messi avant que celui-ci lui rende la pareille pour l’ouverture du score pleine de sang-froid. Des déplacements intéressants, mais il a lui aussi disparu de la circulation après le repos. Tactiquement il a surtout rodé dans l’axe et son travail défensif à gauche manqué.
Remplacé par Keita, ce qui s’est avéré assez contre-productif pour l’équipe.
Fiche technique
Arsenal FC : Szczesny; Eboué, Koscielny, Djorou, Clichy; Song (Arshavin, 68’), Wilshere; Walcott (Bendtner, 76’), Cesc, Nasri, Van Persie.
FC Barcelone : Víctor Valdés; Dani Alves, Piqué, Abidal, Maxwell; Sergio Busquets, Xavi, Iniesta (Adriano, 89’); Pedro, Messi, Villa (Keita, 68’).
Arbitre : Nicola Rizzoli (Italie)
Avertissements : Song, Nasri, Van Persie ; Iniesta, Piqué.
Buts : 0-1 (26’) Villa. 1-1 (78’) Van Persie. 2-1 (83’) Arshavin.
60.000 spectateurs.