Les faits et le jeu
Deux mois après un match aller qui avait laissé un goût plus qu’amer aux Catalans qui avaient concédé le match nul 2-2 avec des buts encaissés aux premières et dernières minutes, Milan et Barcelone se retrouvaient à San Siro pour la 5ème journée du groupe H. Déjà qualifiés l’un et l’autre, l’enjeu de la partie se résumait à la première place – le Barça pouvant se contenter du nul - et à du prestige avec les retrouvailles entre Ibrahimovic et ses anciens partenaires et son ancien coach qu’il a pour le moins égratigné dans sa récente autobiographie.
Côté Milan, Allegri alignait un 4-4-2 assez offensif, très similaire à l’équipe du match aller, avec une défense très classique (Abate, Nesta, Silva, Zambrotta), un milieu à quatre avec Van Bommel devant la défense, Aquilani et Seedorf en relayeurs, et Boateng en meneur de jeu, et un duo d’attaque composé de Robinho et d’Ibrahimovic, lequel avait manqué le match aller. Cassano, toujours convalescent après son grave accident cardiaque, n’était pas sur la feuille de match tandis que Pato, buteur au bout d’une poignée de seconde à l’aller, était sur le banc.
Au Barça, la suspension de Dani Alves poussait Pep Guardiola à mettre en place un 3-4-3 déjà utilisé contre Villarreal ou Valence cette saison, avec Puyol, Mascherano et Abidal en défense. On retrouvait ensuite quelques joueurs avec des positions relativement fixes, à savoir Busquets en pivot, Keita en milieu gauche, et Villa en ailier gauche. Mais pour le reste c’était place à la liberté et à la permutation, avec onze complété par un Xavi alternant avec Fabregas et Thiago entre le côté droit et l’axe, et un Messi d’abord positionné ailier droit avant de se fixer dans l’axe. Trois défenseurs de métier (si l’on ose désormais mettre Mascherano dans cette catégorie puisque Guardiola ne le fait plus jouer qu’en défense centrale) et deux attaquants purs, pour une équipe noyautée par les milieux (malgré l’absence d’Iniesta !).
L’entame de match révélait un scénario bien différent du match au Camp Nou, que ce soit au tableau d’affichage bien sûr, mais aussi dans l’occupation du terrain et la maitrise, avec des Milanais jouant assez haut et tentant de rivaliser avec les Barcelonais dans la tenue du ballon. Quelque peu perdus dans leur nouveau schéma tactique, les joueurs de Pep Guardiola peinaient à mettre en place leur jeu face à des Rossoneri percutants et bien organisés.
Après une dizaine de minutes assez stériles, malgré un bon rythme, c’étaient néanmoins les Barcelonais qui dégainaient les premiers avec un beau travail de récupération de Thiago vers le poteau de corner face à Zambrotta, et un ballon qui changeait d’aile via Cesc puis Messi jusqu’à Keita pour un centre appuyé, catapulté dans les filets d’Abbiati par un Van Bommel maladroit pressé par Xavi hors-jeu dans son dos (0-1, 14’).
Une occasion, un but, le Barça faisait preuve d’un beau réalisme, qui hélas ne durait pas. En effet quelques minutes plus tard, Fabregas en demi volée se heurtait à Abbiati sur un service 5 étoiles de Thiago (18’).
Malgré son avantage et sa domination croissante, le Barça n’en était pas moins vulnérable avec sa défense à trois, et le Milan en profitait. Après un raté énorme de Robinho seul face à Valdes sur une remise de Boateng, c’est Ibrahimovic le maudit qui égalisait, après un service magnifique de Seedorf de l’extérieur du droit (1-1, 20’). A chaque fois, le danger était venu de la gauche où Puyol, manquant de renfort prenait l’eau.
Vexé, le Barça réagissait immédiatement avec un décalage de Xavi pour Cesc qui centrait sur Messi. Mais la reprise de l’Argentin trouvait la transversale ! Beaucoup de spectacle avec des attaques prenant le pas sur les défenses, on était loin d’un match bridé et fermé. Et après plusieurs situations chaudes devant sa cage, le Milan cédait à nouveau sur penalty suite à une faute peu évidente d’Aquilani sur Xavi. Carton jaune pour Nesta pour protestation, et carton jaune pour Messi pour une première tentative non réglementaire avec un temps d’arrêt. Heureusement la seconde tentative était la bonne (1-2, 31’). Le Barça reprenait l’avantage, avant dans la foulée, de gâcher une balle de troisième but, avec une parade d’Abbiati sur une frappe à bout portant de Villa, bien décalé par Messi (33’).
La tête sous l’eau, Milan jouait plus dur avec un orfèvre nommé Van Bommel (Carton jaune à la 34’) mais continuait de subir la loi de Messi, auteur d’une fulgurante chevauchée à la 39’ conclue d’une frappe cadrée mais captée par le gardien. La fin de mi-temps était davantage milanaise mais sans réelles opportunités franches.
Sans démérités les Milanais rentraient finalement aux vestiaires avec un but de retard, face à des Barcelonais difficiles à juger : fidèles à eux-mêmes lors de nombreuses séquences, on les sentait vraiment en dedans dans l’occupation du terrain, la faute au schéma tactique de Guardiola avec un Puyol manquant de soutien pour défendre, et des ailes désertées avec un embouteillage dans l’axe où naviguaient à tour de rôle Xavi, Thiago, Cesc, Messi voire Keita ou Villa ! Bref un joyeux bordel mais qui loin libérer la créativité semblait la brimait.
Le second acte s’ouvrait avec un changement côté Milan avec la sortie de Robinho, transparent, et l’entrée de Pato. Au Barça, on reprenait le même onze avec la même organisation, avec une entame de mi-temps convaincante dans le camp du Milan avec un pressing étouffant. Alors qu’il aurait pu bénéficier d’un penalty (faute assez nette sur Fabregas, 49’) et qu’il se montrait dangereux via Messi (50’) ou Villa (53’), les Catalans se laissaient surprendre par la première piqure du Milan avec un but sublime de Boateng auteur d’une feinte mystificatrice sur Abidal (2-2, 54’) et d’une frappe canon côté fermé.
A nouveau rattrapé au score, le Barça ne se mettait pas pour autant à douter, et reprenait l’avantage moins d’une dizaine de minutes plus tard via Xavi, plein de sang-froid, sur une magnifique passe de Messi entre quatre défenseurs (2-3, 63’).
C’était le but de trop pour Milan, incapable par la suite de refaire son retard, et déclinant physiquement, à l’image de Nesta, obligé de sortir suite à un claquage (66’). Le coaching des deux côtés (Sanchez pou Villa, Pedro pour Fabregas ; Nocerino pour Van Bommel) n’inversait plus la physionomie d’un match moins vivant et plus heurté, toujours dominé par les Catalans, sauf en toute fin de match avec des Milanais jouant leur vatout.
Au final, les Barcelonais ont assuré la premier place du groupe et remporté une victoire de prestige face au champion d’Italie en étalant une bonne classe d’écart. Néanmoins, la différence aurait sans doute été plus éclatante si Guardiola ne s’était pas à nouveau transformé en apprenti sorcier. Privé de toute présence sur les ailes, avec ni Alves ni réel ailier, les Blaugrana se sont emmêlés les pinceaux dans l’axe avec trop de joueurs au profil similaire. Quant à la défense à trois elle peine toujours autant à séduire à l’extérieur en termes de solidité.
Les joueurs
Valdes : 5
Un match assez moyen avec certes un bon jeu au pied et plusieurs bonnes interventions, mais aussi quelques absences (corner concédé en seconde période) et un second but en partie pour sa pomme avec un premier poteau mal gardé.
Puyol : 5
Il a souffert dans son duel avec Ibrahimovic et il n’a pas été aidé par le système de jeu, les attaques du milan avec du surnombre passant par son côté. Techniquement très dégueulasse dans ce match.
Mascherano : 6
Point de référence de la défense, il a assuré sa tâche sans brio mais avec application, comme toujours.
Abidal : 5
Pris de vitesse par Boateng sur le second but. Sa seule véritable erreur du match en dehors de quelques accrochages avec Robinho. Sobre le reste du temps.
Busquets : 6
Obligé de souvent dépanner en défense, il a été l’auteur d’un match assez discret.
Xavi : 7,5
Difficile à situer, jouant tantôt assez bas à droite tantôt en soutien de Messi. Il obtient un penalty (très généreux) et marque le troisième but, après avoir poussé Van Bommel à commettre l’irréparable sur le premier. Ça s’appelle être décisif. Pour le reste il a été efficace au milieu même si on l’a connu plus rayonnant.
Keita : 6
Un match appliqué et sérieux. Peu de déchet et une bonne discipline tactique pour aider Abidal et Busquets.
Fabregas : 6,5
Un bon match dans un poste particulièrement insaisissable. Il avait visiblement la même consigne que Thiago, à savoir occuper l’axe ou l’aile en fonction des positions de ses partenaires. Une certaine imprécision dans le dernier geste, on en attend plus.
Remplacé par Pedro qui avait envie de courir visiblement…
Thiago : 6,5
Une superbe première mi-temps où il a parfaitement rempli son rôle de « bouche-trou » notamment sur les côtés. Techniquement c’est très propre. Moins en vue après le repos. Remplacé par Dos Santos dans les arrêts de jeu.
Messi : 7
Une barre, un but sur penalty en deux fois, puis surtout une passe sublime pour le but de Xavi. Comme toujours il a été le plus dangereux à défaut d’être particulièrement époustouflant. Mais un Messi « normal », ça reste extraordinaire.
Villa : 4,5
Il manque une grosse occasion en première mi-temps. Une énième copie décevante. On en vient comme pour Henry naguère à ne plus mettre dans la colonne positif que son positionnement tactique et ses kilomètres. La « thierryhenrisation » du natif de Gijon continue…
Remplacé par Sanchez qui n’a pas réussi grand-chose et s’est montré fort brouillon.
Fiche technique
AC Milan : Abbiati ; Abate, Nesta (Bonera, min. 65), Thiago Silva, Zambrotta ; Van Bommel (Nocerino, min. 72), Aquilani, Seedorf, Boateng ; Robinho (Pato, min. 46), Ibrahimovic.
FC Barcelone : Víctor Valdés ; Puyol, Mascherano, Abidal ; Sergio Busquets, Xavi, Keita, Thiago (Jonathan dos Santos, min. 91) ; Messi, Cesc (Pedro, min. 79), Villa (Alexis, min. 67).
Arbitre : Wolfgang Stark (Allemagne).
Avertissements : Aquilani, Nesta, Van Bommel, Zambrotta ; Messi, Puyol, Abidal, Mascherano.
Buts ; 0-1, min. 14. Van Bommel (CSC) ; 1-1, min. 20. Ibrahimovic ; 1-2, min. 31. Messi (pen.) ; 2-2, min. 54. Boateng ; 2-3, min. 62. Xavi.
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