Epoustouflant depuis le début de la saison, le F.C. Barcelone vient de marquer un tournant dans le championnat grâce à un sans faute impressionnant dans le « Tourmalet », succession à hauts risques de chocs contre ses poursuivants immédiats. En quatre matchs, le Barça a pris les 16 points possibles et porté son total à 41 unités (2,56 par match), a inscrit 11 buts marqués et en a encaissé seulement 1 (soit 48 en sa faveur et 10 en sa défaveur depuis le début de la saison). Avec 10 points d’avance sur le F.C. Séville, son dauphin, il aborde l’année 2009 en pleine confiance, et un Thierry Henry retrouvé ne peut que lui faire du bien pour la seconde partie des évènements.
Le Français confirme sa bonne forme du moment en égalisant contre Majorque, permettant à ses co-équipiers de retourner la situation (3-1). Au repos en coupe du roi face à l’Atletico de Madrid, il assiste médusé au festival de Lionel Messi. L’Argentin, qui avait fait craindre une baisse de régime lors du Tourmalet, rassure en inscrivant un triplé dans une partie qu’il a dominée de la tête et des épaules (1-3). « Léo » va chercher deux points supplémentaires en Liga puisqu’il inscrit le but de la victoire à Pampelune dans un match où son équipe est menée jusqu’à la 80e minute (3-2). Quel que soit le scénario de la rencontre, le happy ending est barcelonais. Les catalans n’ont plus perdu depuis la toute première journée et rien ne leur résiste.
Sereins en défense, archi-dominateurs au milieu, ils peuvent enfin compter sur trois attaquants qui continuent d’enfiler les buts comme des perles. Contre le Deportivo La Corogne, les cinq réalisations de la partie sont à mettre au profit du trident. A la moitié du championnat, Samuel Eto’o, Lionel Messi et Thierry Henry trustent trois des six premières places au classement des buteurs, et ont planté à eux seuls la bagatelle de 41 pions. A titre de comparaison, seuls l’Atletico Madrid, Chelsea et Hoffenhein ont fait un peu mieux (42 buts) dans les cinq grands championnats européens, mais en comptabilisant les buts de la totalité de l’effectif ! Encore un chiffre à donner le tournis aux observateurs qui classent déjà cette équipe parmi les plus belles de l’histoire du football.

Toutefois, avec l’accumulation des rencontres, les victoires sont un peu plus dures à se dessiner. Contre Santander, c’est une nouvelle fois Messi qui scelle la remontada avec un doublé (1-2). Or « Pep » Guardiola ne souhaite sacrifier aucune compétition, et c’est avec une bonne moitié de titulaires que ses protégés viennent à bout de Majorque en match aller de la coupe du roi (2-0). Le Barça est tout proche de la finale, la première depuis 1998. Mais en championnat, une gestion un peu hasardeuse du turnover lui coûte deux points face au Betis Séville (2-2), rencontre où Samuel Eto’o, déterminé à terminer dans l’axe bien que son entraîneur lui ait demandé de se décaler, force l’égalisation.
La « Pep Team » semble un peu laborieuse ces temps-ci. Cela est confirmé lors d’un derby très dur où elle paie cher une expulsion de Seydou Keita et une bévue de Victor Valdes. Grâce à un doublé de l’ancien blaugrana Ivan De La Peña, les pericos s’imposent pour la première fois au Camp Nou depuis 1982 (1-2). David triomphe de Goliath puisque c’est contre le dernier du championnat que le Barça subit sa première défaite à domicile. Une défaite qui tombe au plus mauvais moment car le club doit se déplacer au Stade de Gerland pour y affronter le septuple champion de France, l’Olympique Lyonnais. Hors du coup en première période, les catalans encaissent un but sur un coup-franc complètement excentré du spécialiste Juninho, avec la complicité d’un Victor Valdes qui tarde à lire la trajectoire. Ils frôlent même la correctionnelle sur deux tentatives de Karim Benzema. Mais un corner dévié par Rafael Marquez sur la tête de Thierry Henry change totalement le cours de la double confrontation (67e).

Le Français arrache donc un nul précieux, mais les culés restent inquiets. « Titi » livre encore un très bon match contre l’Atletico de Madrid, mais la défense ne suit pas. Les colchoneros l’emportent au terme d’un final renversant (4-3) et, alors qu’il s’apprête à renégocier son contrat, Victor Valdes est dans une très mauvaise passe. En coupe du roi, il cède sa place à José Pinto, titulaire dans cette compétition. Ce dernier s’avère déterminant dans une partie une nouvelle fois mal maîtrisée. Majorque marque en effet en premier d’une frappe pure de Gonzalo Castro (45e). Les joueurs des Baléares mettent la pression sur le Barça à l’image du but légitimement refusé à Webo pour hors-jeu, et ne sont plus loin de revenir sur l’ensemble des deux matchs quand Caceres tacle Castro dans la surface et est pénalisé, avec le second avertissement en prime pour l'Uruguayen (50e). Heureusement, non sans chercher à déstabiliser le tireur au préalable, Pinto repousse le pénalty de Marti. Un exploit qui permet à Barcelone de reprendre son souffle, et Lionel Messi, qui a relevé Bojan Krkic, profite d’une erreur adverse pour envoyer son club en finale (81e).
Le Barça a laissé passer la tempête. Maintenant que son maestro Andres Iniesta, blessé en début d’année, a retrouvé son rythme, il peut dérouler. Bilbao en fait l’expérience (2-0), mais c’est surtout Lyon qui est réduit à l’état de simple spectateur lors d’une première période d’anthologie (4-0 après 43 minutes de jeu). Coupable d’un léger relâchement par la suite, Barcelone se qualifie néanmoins en gérant sa fin de match (5-2). On a retrouvé le collectif huilé à la perfection qui terrorise toute l’Espagne (neuf buts marqués, zéro encaissé face Almeria, Malaga et Valladolid) et l’Europe (4-0 contre le Bayern Munich une nouvelle fois après n’avoir eu à forcer son talent qu’une seule mi-temps). Frank Ribéry, courtisé par le Barça, est admiratif à défaut de pouvoir changer la donne. Deux nouvelles victoires en Liga face au Recreativo Huelva et Getafe, à cheval entre un nul à Munich qui l’expédie en demi-finales de la ligue des champions, rapproche le club du rêve absolu : un fabuleux triplé C1 – Liga – Coupe qui n’a jamais été réalisé par une équipe espagnole. Mais le plus dur est à venir car un programme de folie l’attend entre le 22 avril et le 13 mai : le « Tourmalet » retour, dont un clasico à Bernabeu contre la dernière équipe qui peut encore lui enlever le titre, une opposition de styles terrible face au F.C. Chelsea, grand habitué du dernier carré de ligue des champions, et la finale de la coupe du roi face à l’Athletic Bilbao où se jouera également la suprématie au palmarès de la compétition.
La première côte du Tourmalet est surmontée avec insolence. Grâce à un Andres Iniesta qui flaire tous les bons coups, le Barça corrige le F.C. Seville (4-0). Le manchego rayonne, et sa connexion avec Xavi est sans conteste ce qui se fait de mieux dans le monde. Aculés par le F.C. Valence, les blaugranas subissent une fin de première mi-temps très délicate dans laquelle Victor Valdes, pourtant invaincu pendant 675 minutes en Liga, retombe dans ses travers. Grâce à un but très opportuniste de Thierry Henry (84e), Barcelone parvient toutefois à ramener un point important de Mestalla (2-2). Car dans le même temps le Real Madrid, ressuscité par Juande Ramos, dévaste tout sur son passage depuis le clasico aller (17 victoires, 1 nul, 0 défaite) ; si bien que seuls quatre points séparent désormais les deux titans du foot ibérique juste avant d’en découdre directement. Un chorreo contre Liverpool est cependant venu rappeler l’écart qui subsiste entre les merengues et les meilleurs collectifs d’Europe. Le Barça est de ce fait attendu dans la capitale avec un statut de favori qu’il faudra à tout prix confirmer sur le terrain. Mais ce choc capital est coincé entre deux dates qui le sont tout autant : les matchs aller et retour contre Chelsea qui permettront au vainqueur de décrocher son ticket pour la grande finale de Rome. L’adrénaline atteint des sommets car, en huit jours, ce Barça qui attire sur lui tous les superlatifs peut tout gagner ou tout perdre.
Au Camp Nou contre Chelsea, Guardiola dévoile sa surprise du chef : Carles Puyol, institution du club à lui seul, est laissé sur le banc. Une baisse de régime palpable combinée à l’assurance de Rafael Marquez et à l’éclosion du jeune Gerard Pique, racheté à Manchester United, a eu raison du capitaine blaugrana qui se voit vaincu par la concurrence pour la première fois depuis des lustres. De l’assurance, Marquez en dégage parfois un peu trop, à l’image de cette faute de déconcentration face à Didier Drogba. L’Ivoirien se présente seul face à Victor Valdes, mais ce dernier est l’auteur d’un double arrêt mémorable. Le gardien catalan est ainsi déterminant, lui qui s’était retrouvé dans l’œil du cyclone quelques jours plus tôt, et Chelsea a laissé passer son unique chance de marquer un but à l’extérieur. Les hommes de Guus Hiddink, agressifs voire brutaux, sont venus jouer le nul et leur double rideau défensif positionné très bas en témoigne. Les occasions s’énumèrent au compte-gouttes en première période. Elles deviennent plus nettes pour le Barça par la suite, comme lors de l’échappée fantastique de Samuel Eto’o, qui manque un peu de lucidité en fin de course, ou du penalty injustement refusé à Thierry Henry. Entre temps, la saison se finit pour Rafael Marquez qui se blesse sérieusement, et le Mexicain doit laisser sa place à Carles Puyol. Sous le coup d’une suspension, le capitaine fait preuve de nervosité et un carton jaune le prive du match retour. Le Barça devra se rendre à Stamford Bridge avec une défense centrale décimée (Marquez et Milito blessés, Caceres hors de forme et Puyol qui est donc suspendu). Une motivation supplémentaire pour faire la différence tout de suite. Guardiola opère à deux changements surprenants, faisant sortir Eto’o et Henry pour Bojan et Hleb, et ce n’est pas loin de payer mais les deux hommes vendangent les ultimes occasions du match. 0-0 donc, dans une rencontre où les Blues, bien aidés par un arbitre laxiste, n’ont fait que blinder derrière. La presse catalane s’en donne à cœur joie contre la méthode Hiddink, mais le Néerlandais n’en a que faire.
Place maintenant au clasico. Le Real Madrid, propulsé par un Arjen Robben déterminé à faire mal à un Eric Abidal à bout de souffle, rentre mieux dans le match. Gonzalo Higuain, esseulé, parachève le bon travail de Sergio Ramos sur le flanc droit, et les madrilènes ne sont virtuellement plus qu’à un point de leurs adversaires (14e). Bernabeu exulte, mais est alors très loin d’imaginer la suite des évènements. Nullement affectés par le but, les barcelonais repartent de l’avant et, sur un magnifique ballon piqué de Lionel Messi, un Thierry Henry pas loin de son niveau d’Arsenal remet les pendules à l’heure (18e). Deux minutes plus tard, le Barça passe même devant grâce à un but rageur de son capitaine Carles Puyol. A partir de ce moment, on ne voit plus qu’une seule équipe sur le terrain. Bien sécurisés par Yaya Touré qui aspire tous les ballons au milieu, Xavi et Iniesta se baladent. Avec Samuel Eto’o qui livre un travail de sape énorme sur le côté droit, Messi positionné dans l’axe et Henry sur le côté gauche se démultiplient sur le front de l’attaque. Iker Casillas, trahi par une défense à la rue, additionne les miracles mais une erreur de Lassana Diarra face à Xavi finit par le condamner. Messi marque le but du 1-3, et le Barça rentre au vestiaire quasiment champion d’Espagne. Un sursaut de Sergio Ramos, en panne derrière mais plus tranchant devant, laisse planer un semblant de suspens (58e)… qui ne dure qu’une poignée de secondes car Henry refait le break sur une passe en profondeur de Xavi. Seul point noir de la soirée, le Français est remplacé par Seydou Keita à cause d’un genou douloureux. « Titi » ratera au mieux le match retour contre Chelsea, au pire tous les matchs d’ici la fin de la saison. Mais même sans lui le Barça continue son festival. Xavi délivre sa quatrième passe décisive de la soirée pour Messi, et pour couronner le tout Piqué s’invite à cette fête historique. Le choc tant attendu s’est soldé par un score de tennis. Et le 2-6 du 2 mai 2009 résonne aussi fort que le 0-5 du 17 février 1974 ou le 0-3 du 19 novembre 2005. Même la presse madrilène ne peut que tirer un « coup de chapeau au champion » (AS).


Les joueurs n’ont même pas le temps de savourer ce premier titre quasiment acquis qu’ils doivent se projeter dans leur demi-finale contre Chelsea où la défaite n’est pas permise. Un match qu’ils abordent avec Yaya Touré replacé dans l’axe central du fait de l’absence de confiance de Pep Guardiola en Martin Caceres. Une première pour l’Ivoirien, élément essentiel au milieu de terrain depuis deux ans. Avec Iniesta qui monte d’un cran pour palier le forfait d’Henry, le triangle magique Xavi – Touré – Iniesta a pour substitut un plus terrestre Xavi – Busquets – Keita. Se retrouvant plus libre qu’à l’aller où il avait pour unique mission de neutraliser Xavi, Michael Essien envoie une demi-volée surpuissante sous la barre et donne l’avantage aux Blues après neuf petites minutes de jeu. De quoi lancer enfin cette double confrontation. Le Barça va de l’avant mais laisse des espaces et, profitant en partie des largesses d’un Daniel Alves méconnaissable, Chelsea se crée les plus belles opportunités. Le Brésilien fait faute aux abords (dans ?) la surface de réparation sur Florent Malouda, et le coup-franc excentré de Drogba trouve le genou d’un Victor Valdes vigilant (25e). En deuxième période, le K.O. n’est plus très loin, mais Valdes s’interpose encore une fois devant Drogba avant de voir le tir de Malouda passer à côté (52e). Si le Barça est encore en vie, c’est principalement grâce aux exploits répétés de son gardien face à l’avant-centre Ivoirien. Et quand Frank Lampard le menace, il sort une fois de plus le grand jeu. Son vis-à-vis Petr Cech est de son côté au chômage car le cadre se dérobe à chaque fois que les barcelonais frappent au but. De plus, ces derniers n’arrivent pas à trouver des solutions dans les intervalles, faute à un Chelsea qui propose un quadrillage parfait du terrain. Tout le contraire du Real Madrid en somme. A la 66e minute, un accrochage très léger et involontaire d’Eric Abidal sur son compatriote Nicolas Anelka, qui filait seul au but, donne lieu à un carton rouge. L’expulsion semble sévère. Comme s'il fallait se rattraper, M. Ovrebo ferme les yeux sur une main dans la surface de Gerard Piqué. Le Barça est gracié pour le moment, mais comme il n’a toujours pas cadré un seul tir, Chelsea jouera dans quelques secondes sa deuxième finale de ligue des champions d’affilée, et pensera à prendre sa revanche sur Manchester qu’elle aurait battu un an plus tôt sans une glissade de John Terry lors de la séance de tirs au but. Un ultime assaut de Daniel Alves se solde par un centre dans la boite que Samuel Eto’o contrôle mal. Michael Essien n’est pas plus heureux dans sa relance qui revient dans les pattes de Lionel Messi. L’Argentin crée le décalage pour Andres Iniesta qui met toutes ses forces dans une tentative désespérée. Et puis…

« GGGOOOOLL del mago, del mago, del mago, del Barcelona, qué locura, qué locura, se desata la locura. Bestial. Brutal. Total. Descomunal. Increíble. Increíble. ¡Cómo la pegó! ¡Cómo la pegó! ¡Cómo le salió! Con el corazón de todo el barcelonismo. Con la ilusión. Por el fútbol. Por el arte. Por el talento. Por Iniesta. Por España. Por la Champions. Te quiero, te quiero. Iniesta, Iniesta, Iniesta. El Barça a la final, a la final, a la final. INIESTA ES DIOS. » Le petit lutin qui a tout d’un grand vient d’écrire en une seconde une des plus belles pages de l’histoire de son club. Grâce à lui, c’est maintenant le Barça qui est à un souffle de la finale. Chelsea se rue vers l’attaque, et après un temps additionnel à rallonge, obtient même une dernière occasion repoussée… par le bras de Samuel Eto’o que M. Ovrebo a considéré comme involontaire. C’en est trop pour Michael Ballack et Didier Drogba qui s’en prennent à l’arbitre Norvégien. Le Barça est en finale dans ces circonstances exceptionnelles, et si Chelsea a été lésé sur le match retour, le vol semble moins manifeste que ce que proclame une presse anglaise criant au complot tant les erreurs arbitrales ont changé le visage des deux rencontres, M. Starck ayant à l’aller oublié un penalty indiscutable à Henry et gardé Ballack et Alex sur le terrain alors que les deux méritaient un second avertissement.


Après cette qualification épique, le fol espoir de triplé se transforme en l’objectif ouvertement affiché. Le premier titre peut être glané immédiatement du fait de la lourde défaite à Valence d’un Real Madrid qui s’achemine vers une fin de saison délicate. Le Barça sera champion d’Espagne s’il vient à bout de Villarreal à domicile. A la pause, la fête est belle et le score de 3-1. Une expulsion injuste d’Eric Abidal, la deuxième d’affilée après celle à Londres, relance cependant les jaunes qui marquent à deux reprises dans le dernier quart d’heure, dont un but sur une frappe de Llorente dans les arrêts de jeu. Le Camp Nou est privé du sacre à domicile, mais se dit que c’est un mal pour un bien car les joueurs ne doivent pas se disperser avant la finale de la coupe du roi face à Bilbao. Néanmoins, une très mauvaise nouvelle tombe car Andres Iniesta se blesse, et sera privé du match et peut-être même de la finale de la ligue des champions. Une course commence pour les préparateurs physiques qui doivent remettre Iniesta et Henry sur pied avant le match contre Manchester, leur présence étant indispensable car les blaugranas sont d’ores et déjà privés de Marquez (blessé), Alves et Abidal (suspendus).
Le stade de Mestalla est majoritairement acquis à la cause de l’Athletic, dont les supporters rêvent de gagner un titre qui le ramènerait à leur glorieux passé. Une frange catalane et une frange basque du public font néanmoins cause commune et conspuent l’hymne national, ce qui sera censuré par la TVE et entraînera le limogeage du directeur des sports de la chaîne publique. Lorsque le football reprend ses droits, ce sont les joueurs Basques qui s’illustrent d’abord, et sur un corner au second poteau, Toquero entérine logiquement la domination de son équipe (8e). Le Barça réagit timidement, jusqu’à ce qu’un superbe exploit individuel de Yaya Touré, repositionné une nouvelle fois en tant que défenseur central, vienne décomplexer les siens (31e). L’Ivoirien s’emporte néanmoins en envoyant un bras d’honneur au public Basque qui, dans son ensemble, ne méritait pas cela. Mais il a surtout relancé totalement son équipe, qui prend la main dans le match à partir de ce moment. Trop fort pour Bilbao dont le début de match n’a été qu’un feu de paille, il ne manque plus qu’un but pour sceller le suspens de manière quasi-définitive. Ce but intervient à la 54e minute par Lionel Messi qui récupère un ballon repoussé dans la surface. Bojan Krkic, qui privilégie l’option individuelle, et Xavi Hernandez sur coup-franc, envoient les blaugranas au paradis (4-1). 1/3, et bientôt 2/3 car le Real Madrid subit sa troisième défaite consécutive en championnat le samedi. Le Barça est donc champion d’Espagne devant sa télé !


Le match contre Majorque ne présente plus qu’un seul intérêt : savoir si Samuel Eto’o réussira à résister au retour de Diego Forlan dans la lutte pour le pichichi, et d’éviter ainsi la même désillusion personnelle qu’en 2005. Le record du nombre de buts marqués en une saison (107 buts) est également dans le viseur pour certains, et serait battu s’il n’y avait pas beaucoup plus important à préparer, mais dans l’état actuel des choses Guardiola n’y pense pas. L’équipe présentée est une équipe bis qui joue exclusivement pour Samuel Eto’o. Le Camerounais marque de la tête au bout de dix minutes de jeu, mais le reste de la partie est une série incroyable d’occasions manquées de sa part, y compris un penalty en fin de match. Le Barça perd 2-1. Contre Osasuna, lors des débuts du jeune défenseur Marc Munesia (17 ans) dont l’expulsion provoquera une pañolada du public, le scénario est similaire. Eto’o ne marque pas et Forlan le dépasse maintenant de deux buts. Le Barça perd (0-1). Quelques jours avant la grande finale qui peut envoyer le club dans la légende, l’inquiétude sur l’état de forme du buteur fétiche se fait ressentir. Eto’o, dont la force mentale n’est plus à prouver, ne se fait pas du mauvais sang et promet un but en finale.
C’est le jour J dans la ville éternelle. L’incertitude plane toujours concernant l’équipe alignée par le Barça. Toutefois, il semblerait qu’Iniesta et Henry soient sur le point de gagner leur pari, et leur présence en finale est plus que probable. L’autre mystère concerne la défense : Touré sera-t-il reconduit dans l’axe, et auquel cas qui de Sylvinho, Caceres et Keita sera retenu pour occuper un poste de latéral ? Face à toutes ses interrogations, Manchester United, impressionnant contre Arsenal au tour précédent, a les faveurs des pronostics dans une finale qui fait rêver toute la planète. Le match dans le match entre Lionel Messi et Cristiano Ronaldo déchaîne les passions, et le futur Ballon d’Or devrait être l’un de ces deux en fonction du résultat du soir.
Mais ce n’est pas un mais onze gladiateurs sur lesquels le Barça compte pour entrer dans la postérité. La composition tant attendue tombe : Valdes, Puyol, Touré, Piqué, Sylvinho, Busquets, Xavi, Iniesta, Messi, Eto’o et Henry, ce qui ne lève pas tous les doutes. Dans quel état de forme seront Henry, qui rêve de gagner le trophée majeur qui lui manque au palmarès, et Iniesta ? Touré répètera-t-il une prestation terne comme contre Chelsea ou lumineuse comme contre Bilbao ? A 35 ans, et pour son dernier match au club, Sylvinho sera-t-il à la hauteur de l’évènement ? Qui d’Eto’o ou de Messi jouera dans l’axe, et ce choix s’avèrera-t-il payant ? Le début de la rencontre donne des indications contraires. Un seul joueur suffit à donner des sueurs froides aux catalans : Cristiano Ronaldo qui multiplie les tentatives. Un coup-franc de 32 mètres repoussé tant bien que mal par Valdes, déjà décisif lors de sa première finale de ligue des champions contre Arsenal, et deux tirs qui passent près du poteau gauche sont notamment à mettre à l’actif du Portugais. A la 9e minute, Manchester a déjà tiré cinq fois au but contre zéro pour son adversaire, et lorsqu’Andres Iniesta met dans le vent deux Red Devils, cela ressemble à la première incursion dans les trente-cinq derniers mètres adverses. Iniesta parvient à décaler Eto’o sur le côté droit au milieu de quatre joueurs. Excentré, le Camerounais surprend Vidic d’un très bon crochet et fusille Van Der Sar d’un impensable pointu ! Le Néerlandais touche le ballon mais sa main n’est pas assez ferme... But de Samuel Eto’o !!! Lui qui avait été tant maladroit ces derniers jours marque comme il l’avait promis, et totalement contre le cours du jeu. C’est la deuxième réalisation du Camerounais dans une finale de ligue des champions, ce qui le place un peu plus haut dans l’histoire du club.


Dès lors, le match change totalement de visage. Avec Eto’o qui se positionne à droite et Messi dans l’axe, et surtout avec Xavi et Iniesta qui livrent une prestation de très haut niveau, c’est désormais le Barça qui impose son football à Manchester. Les hommes de Sir Alex Fergusson ne voient alors plus le ballon. Seul un contre de Ronaldo est arrêté de manière illicite par Piqué, qui s’en tire bien avec un carton jaune (16e). Messi sur une frappe au dessus (19e) et Xavi sur coup-franc (25e) inquiètent Van Der Sar. Le Barça gère son avance jusqu’à la mi-temps, avec une tranquillité admirable compte tenu du contexte car tout peut encore se jouer d’un côté comme de l’autre. Au retour des vestiaires, Ferguson joue son va-tout avec l’entrée de Tevez à la place d’Anderson. Un pari qui semble ne pas payer puisque son équipe est encore plus déstabilisée. Après avoir ridiculisé O’Shea, Henry, pourtant discret avec le ballon jusque là, se crée une grosse opportunité neutralisée par Van Der Sar (48e). Le danger se précise un peu plus quand Messi, gêné par O’Shea dont l’intervention est à la limite de la régularité, voit un ballon de but lui passer devant, et encore plus quand Xavi envoie un coup-franc très dangereux sur le montant droit d’Edwin Van Der Sar (50e). Le K.O. semble proche, mais les mancuniens relèvent la tête. Une trajectoire mal lue par Yaya Touré offre à Park une occasion très chaude. Manchester United se crée quelques autres situations mais, comme en première période, c’est dans ses rares moments de domination qu’il s’expose au danger, d’autant que le remplacement de Park par Berbatov n’est pas plus fructifiant que celui d’Anderson par Tevez. Une erreur de relance de Patrice Evra profite à Xavi qui, sur le flanc droit, cherche la tête de… Lionel Messi, encerclé du haut de son mètre soixante-huit par trois géants : Vidic (1m 88), Ferdinand (1m 89) et Van Der Sar (1,98m). L’Argentin s’envole littéralement, et suspendu dans les airs, gagne le duel aérien en lobant le gardien ! Plus qu’un but. Un incroyable symbole pour le meilleur joueur du monde, dont les problèmes de croissance allaient précipiter sa venue à Barcelone alors qu’il était âgé de treize ans à peine. 2-0! Un très bon Valdes en fin de match se charge de maintenir le score inchangé. Pour sa première année en tant qu’entraîneur, Guardiola a mené le Barça un triplé C1 – championnat – coupe nationale, exploit historique qui n’avait été réalisé que par quatre autres équipes, la dernière en date étant… Manchester United en 1999 ! Le Barça gagne aussi sa troisième ligue des champions, sa deuxième en quatre saisons, et rejoint ainsi sa victime du jour au palmarès. Le triplé est célébré avec exubérance en Catalogne, et les héros défilent dans un char devant une marée humaine avant de prendre tour à tour la parole devant un Camp Nou bondé. Seul le héros Samuel Eto’o se fait discret pendant la fête, alimentant ainsi les rumeurs d’un départ cet été alors que son contrat expire en 2010.

