En Une | Histoire | vendredi 26 mars 2010 à 20:09  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Neuvième et avant dernier article de la série consacrée à la décennie du FC Barcelone (2000-2009). 2008 est marquée par la destitution de Frank Rijkaard, la crise institutionnelle sur fond de motion de censure et bien entendu l'arrivée de Pep à la tête de l'équipe première.

Les pessimistes l'appelleront une fin de cycle, les optimistes préfèreront eux parler d'une opportunité de nouveau cycle. C'est selon. Toujours est-il que la fin de saison 2007-08 a laissé des traces indélébiles. Frank Rijkaard, ce technicien réputé pour son esprit réservé et son sens du compromis aura finalement cédé, vaincu par les égos surdimensionnés de superstars telles Ronaldinho, Eto'o ou encore Deco. Incapable de trancher dans le vif, peu à l'aise pour prendre des décisions fortes, le technicien néerlandais quitte le navire blaugrana, par la grande porte tout de même, en attestent ses 2 Ligas et surtout sa Champion's League, seulement la seconde de l'histoire du club.

Pour le remplacer, Pep Guardiola, une légende vivante du FC Barcelone, un homme à la personnalité aux antipodes de celle de son prédecesseur. Laporta, sous l'influence de Johan Cruyff, joue gros en nommant Pep à la tête de l'équipe première. ''Il est prêt'' lui aurait dit en aparté Cruyff. Prêt pour prendre les rênes d'un effectif déchiré par les dissensions internes et qui semble avoir tout perdu depuis son double sacre espagnol-européen de 2006.

La nomination de Pep Guardiola ne se fait pas dans la tranquillité, loin de là. Joan Laporta est en fait dans l'oeil du cyclone. Les socios sont particulièrement mécontents des deux dernières saisons, le désignant comme un des principaux responsables de la déroute sportive du club. Le mécontentement ne se limite pas aux discussions de cafés entre culés furieux, il trouve son prolongement jusque dans les entrailles du club. Le FC Barcelone est une institution démocratique et comme dans toute démocratie modèle, les dirigeants sont tenus de répondre de leurs agissements.

Le 9 mai 2009, deux socios du club, Oriol Giralt et Christian Castellvi, décident d'entamer une procédure de motion de censure à l'égard du président. Les deux hommes doivent réunir 5882 signatures afin de porter la motion de censure en référendum devant l'ensemble des socios du Barça.
Le jour du scrutin, 59.9 % des socios votants défient Laporta. Insuffisant pour faire démissionner Laporta (2/3 des votes sont requis pour atteindre cet objectif) mais largement suffisant pour une profonde remise en cause. Le président sortant, à la suite du scrutin, indique qu'il restera en poste mais qu'il mettra sa responsabilité en jeu lors de l'assemblée des socios compromissoires, en septembre (vote qui lui sera finalement favorable). Dans l'intervalle, 8 membres de la direction ayant au préalable demandé la démission de Laporta quittent leur poste après que ce dernier ait signifié qu'il n'abandonnera pas le pouvoir. 
oriol giralt  
Pendant ce temps, Pep Guardiola et Txiki Begiristain ont déjà commencé les préparatifs pour la saison à venir. Le nouvel homme fort du Barça est dès le départ très clair sur ses intentions: l'effectif doit connaître un chamboulement majeur. Ce n'est pas tant le nombre de joueurs à quitter le club dont il est question ici mais plutôt leurs noms: Ronaldinho, Deco et Eto'o, les 3 mastodontes de la Dream Team 2, sont sommés de se trouver une autre destination. Le départ qui fait le plus jaser est sans surprise celui du brésilien. À l'origine de la résurrection du club depuis 2004, il est également un des principaux responsables de sa faillite sportive en 2007 puis 2008. Guardiola a besoin d'éloigner la gangrène du club et Ronaldinho est LE symbôle de cette gangrène. Le brésilien ne se présente même plus aux entraînements et refuse d'aller en Arabie Saoudite avec son équipe pour disputer un match amical. Pendant ce temps, les tractations vont bon train entre l'entité blaugrana et le Milan AC, prêt à accueillir l'astre auriverde. Mi-juillet, un accord est trouvé avec les rossoneri: 21 millions d'euros auxquels s'ajoutent 4 millions sous forme de variables. Un chapitre important de l'histoire du Barça se referme. Quelques semaines auparavant, le club lombard avait également fait l'acquisition de Zambrotta. L'italien n'avait jamais dissimulé son envie de retourner en Italie, lui qui ne s'était pas vraiment adapté à la vie en Catalogne.

2 semaines auparavant, l'autre crack indésirable, Deco, fût lui aussi transféré. Le portugais, réaliste, avait affirmé immédiatement après la fin de saison qu'il ne resterait pas dans un club ne voulant pas de lui. Chelsea le fait signer pour 10 millions d'euros. Du côté des départs labellisés 'discrets', notons ceux d'Edmilson en faveur de Villareal et de Giovani, le 'faux' Ronaldinho, pour Tottenham.  

Autre joueur à faire ses valises, Oleguer Presas. L'originaire de Sabadell restait sur 2 saisons discrètes, pour ne pas dire médiocres, et son départ pour l'Ajax est accueilli comme un soulagement par de nombreux culés. 3 millions, c'est le prix que tirera le FC Barcelone pour celui qui avait tout de même disputé une finale de Ligue des Champions et fût un titulaire indiscutable ou presque lors des saisons 2004-05 et 2005-06.

 

ronaldinho barca 

Vient le cas Eto'o, de loin le plus complexe. Autant les départs de Ronaldinho et Deco étaient prévus de longue date et s'expliquaient par une insuffisance de rendement (quoique Deco fût plutôt bon lors de sa dernière saison) et surtout une attitude défiante favorisant un mauvaise ambiance au sein du vestiaire blaugrana, autant le cas Eto'o est différent de par le rendement sportif impeccable du camerounais. Gravement blessé (tout comme la saison précédente), le lion indomptable inscrit tout de même la bagatelle de 16 buts en 18 matchs de Liga. Le camerounais n'est plus en odeur de sainteté du côté de la Catalogne parce que son franc parler et les dérapages qui vont avec ont laissé des traces. L'épisode de Villafranca ou encore son absence lors de la remise de trophée lors du match retour de Super Coupe d'Espagne (il avait précipitamment quitté le stade, mécontent d'avoir été remplacé par Rijkaard) sont autant de souvenirs difficiles à oublier. Bref, à Barcelone, le camerounais dérange par sa personnalité trop extravertie. Seulement voila, le départ de la superstar est plus compliqué que prévu. Le camerounais coûte cher et ne souhaite pas atterrir n'importe où. Annoncé un jour à Tottenham, un autre à Milan ou encore en Ouzbekistan (!!), il reste finalement à Barcelone. Entre temps, la présaison a débuté et l'ex pichichi fait parler la poudre et s'avère être un des meilleurs joueurs de la présaison. Voyant les bonnes dispositions du joueur et son excellente pré-saison, Guardiola finit par revenir sur sa décision et annonce publiquement qu'Eto'o restera blaugrana en 2008-09.

Passons maintenant aux nouvelles recrues. La recrue phare de l'Été n'est autre que Dani Alvés le sévillan, réputé être le meilleur arrière droit au monde. Le brésilien intéressait le Barça de longue date, c'est un secret de polichinelle. Il débarque en Catalogne pour un montant record de 35 millions d'euros (plus gros transfert d'un défenseur blaugrana et second plus gros transfert de l'histoire du Barça après les 36 millions déboursés pour Saviola en 2001). Alvés vient prendre un couloir droit orphelin depuis 2006 du remuant Belletti, parti entre temps à Chelsea.
Autre transfert de défenseur, nettement moins onéreux cette fois-ci: Gerard Piqué. L'ex canterano retrouve son club pour seulement 5 millions, Indésirable à Manchester où il était bloqué par l'indéboulonnable paire Vidic-Ferdinand, le catalan arrive avec une forte envie de revanche.
Martin Cacéres vient compléter la liste des recrues défensives (Henrique étant recruté puis immédiatement prêté au Bayer Leverkusen). Le jeune uruguayen, qui restait sur une excellente saison au Recreativo, coûtera tout de même la somme rondelette de 16.5 millions d'euros, somme versée au club propriétaire, Villarreal.
Hleb et Keita viennent compléter la liste des nouvelles recrues blaugrana. L'ex gunner et l'ancien sévillan coûteront chacun 15 millions d'euros. 

alves barca 

 

La présaison, justement, est survolée par les troupes blaugrana et leur jeune entraîneur Pep Guardiola. En Écosse, l'Hibernian encaisse 6 buts tandis que Dundee United en concède 5. En Italie, les barcelonais font parler leur puissance offensive pour s'imposer 3-1 face à la Fiorentina. Les coéquipiers de Messi achèvent leur présaison par une tournée de 2 matchs aux États Unis, tournée qui se finit par deux nouvelles victoires face au Chivas Guadalajara (2-5) et New York Redbulls (2-6). Une série de victoires toutes plus impressionnantes les unes que les autres. Trop tôt encore pour parler de retour au premier plan mais force est de constater que la puissance offensive démontrée a de quoi laisser rêveur: 25 buts inscrits 5 matchs, soit une moyenne de 5 buts par match, et un collectif rodé qui a répondu présent dès les toutes premières minutes de la présaison.

L'effectif bouclé et la présaison achevée, la vraie saison peut enfin débuter et le Barça n'a déjà pas droit à l'erreur. Il reçoit en effet le Wisla Cracovie pour le compte du dernier tour préliminaire de la Ligue des Champions. Les hommes de Pep ne font pas de détails en balayant 4-0 leurs adversaires du jour. Le duo Eto'o-Henry (Messi est absent) fait déjà peur avec 3 buts inscrits et 2 passes décisives à eux-deux. La défaite 1-0 au match retour demeure anecdotique.
Tous les regards sont portés sur les début barcelonais en Liga et le moins que l'on puisse dire, c'est que les attentes sont immenses au vu du visage qu'ont montré Messi et ses coéquipiers durant la pré-saison. L'adversaire du jour (à domicile): Numancia, tout fraîchement promu en première division. Pep aligne une équipe en tous points identique à celle qui avait pris 12 points lors des 10 dernières journées de la Liga 2007-08, à l'exception de Zambrotta, remplacé sur le couloir droit par la recrue phare, Dani Alvés. Le match va rapidement tourner au cauchemar. Les similitudes avec le cru 2007-08 ne s'arrêtent malheureusement pas au 11 titulaire. Elles se retrouvent également dans le jeu déployé: aucun rythme, aucune grinta et un milieu amorphe. Un but de Mario en début de match donne la victoire à Numancia. Entrée en matière complètement manquée pour le Barça en ce 31 août 2008. La seconde journée est un copier-coller de la précédente. Le Barça ne peut que prendre un nul sur ses terres face à Santander. Pourtant, l'équipe alignée était profondément remaniée. Les médias catalans, traumatisés par 2 saisons vierges, parlent déjà de mise en danger du tandem Laporta-Guardiola tandis que le Clan titre 'Crise déjà en vue'.

 

henry eto'o 


Les blaugrana s'offrent un peu de répit à la faveur de leur victoire face au Sporting en ligue des champions lors de la première journée de poule. Une victoire 3-1 obtenue face à une équipe très faible. Les barcelonais montrèrent un meilleur visage, avec notamment la fameuse connexion Alvés-Messi qui commença à prendre forme. Une victoire acquise sans Touré, laissé une nouvelle fois sur le banc au profit d'un jeune premier, Sergio Busquets, que Pep avait ramené avec lui du Barça Athletic. Les blaugrana n'ont pas impressionné dans le jeu mais ont fait preuve d'une meilleure maîtrise collective et sont surtout parvenus à éloigner le temps d'un match le spectre de la possession de balle stérile. 

De retour en Liga, le Barça exorcise enfin ses démons à l'extérieur en pulvérisant 6-1 le Sporting Gijon. Le trio technique Xavi-Iniesta-Messi (ce dernier est aligné dans l'axe, Eto'o prenant la droite. La stratégie de Pep de faire de Messi un neuf et demi date d'ailleurs plus ou moins de ce match) fait des ravages mais les performances individuelles des autres joueurs sont quelconque. Les matchs de Liga qui suivent voient les blaugranas découvrir les vertus du sacrifice et de l'effort. 3 victoires étriquées, obtenues après de nombreuses galères : 3-2 et une victoire obtenue dans les dernières minutes contre le Betis après avoir pourtant mené 2-0, 2-1 en déplacement dans le bouillant stade de Montjuic contre l'Espanyol et une nouvelle victoire à San Mames face à la toujours très difficile équipe de Bilbao. La large victoire (6-1) contre les colchoneros dans la journée précédant le match contre Bilbao fait alors figure d'exception qui confirme la règle. Et pourtant, cette période de rencontres gagnées à chaque fois sur le fil semble donner des ailes au Barça qui monte alors en puissance de façon sublime. 'Ce Barça fait peur' titre le Clan au soir de la victoire 5-0 face à Almeria (victoire qui permet aux blaugrana de s'emparer provisoirement de la tête de la Liga) après une autre victoire 5-0 (à l'extérieur s'il vous plaît et avec une équipe pas loin de l'appellation B) face à Bâle en ligue des champions. Et ce Barça a effectivement de quoi faire peur. Le jeu proposé est un pur régale d'esthétisme mais également d'efficacité. Ca joue vite, ca crée beaucoup d'occasion, ca marque beaucoup et mieux encore ca marque très tôt: 17 buts sur les 4 dernières rencontres et une mise à l'abri de 3-0 passée la première demi heure dans la plupart de ces matchs. Côté joueurs, Touré semble enfin trouver les grâces de Pep tandis qu'Iniesta goûte enfin aux joies du milieu. C'est le début de deux trios magique Touré-Xavi-Iniesta au milieu et Messi-Eto'o-Henry en attaque.

messi et guardiola 


Faisons un saut de près d'un mois, ce qui nous amène au début du fameux tourmalet (tiré du col du Tourmalet, plus difficile col du Tour de France), nom qu'a donné la presse à l'incroyable série de matchs qui attend le Barça: Séville, Valence, Real Madrid et Villarreal testeront successivement la toute-puissance du Barça et tenteront de contester son hégémonie (inutile de préciser que le Barça a depuis consolidé sa place de leader). Ces 5 équipes (Barça inclus) ne représentent rien de moins que les 5 premiers au classement de cette Liga 2008-09. Plus que la valeur comptable de ces 4 matchs, c'est surtout la dimension 'test' qui attire toute l'attention. Le Barça, irrésistible, peut-il rééditer ses performances face à des équipes d'un calibre bien supérieur à tout ce qu'il a pu affronter jusque là ? Telle est la question essentielle qui taraudait l'esprit de nombreux culés et de la presse sportive de manière générale.

Le début de réponse est cinglant: en déplacement à Sanchez Pizjuan, le Barça surclasse un FC Séville pourtant très solide. Les 2 équipes se livrent à une véritable guerre tactique avec des dispositifs parfaitement en place de part et d'autre. La rencontre est d'une rare intensité et les 22 joueurs sont au sommet de leur art, autant techniquement que physiquement. 3-0, c'est le score final, loin cependant de refléter la véritable physionomie du match. Les catalans, biens qu'ayant ouvert leur score assez tôt (20') par Eto'o d'une frappe surpuissante auront du attendre la 79' et un but de Messi pour définitivement se mettre à l'abri. Les prochains adversaires du Tourmalet, avec en ligne de mire le Real Madrid, sont prévenus: le Barça ne fera pas de la figuration. 6 points séparent désormais le Barça de son dauphin merengue.

Si la victoire à Séville avait prouvé que les catalans étaient capables de déployer avec succès leur rouleau compresseur même face aux plus grands, le match contre Valence va lui assoir leur suprématie et définitivement convaincre les plus sceptiques. 4-0, score sans appel. Les hommes de Pep livrent là leur performance la plus aboutie de l'année 2008, sans aucun doute possible. 'Quand le football est joué à ce niveau collectif là, il devient une symphonie' écrira le Clan dans sa chronique d'après match. Un savant mélange d'individualités brillantes et de mécanique collective parfaitement huilée ont fait exploser une équipe de Valence pourtant au sommet de son art. Alvés, Xavi et Henry sont les maîtres de cérémonie de cette performance 5 étoiles. Et dire que Messi est passé à côté de son match !

 

Henry barca

Samedi 13 décembre en soirée, le match que toute la planète attend est sur le point de débuter. Le Real Madrid, en pleine crise, vient tout juste de limoger son entraineur Bernd Schuster et lui a choisi Juande Ramos comme successeur. C'était ça ou une humiliation planifiée de longue date. La stratégie n'est pas loin de réussir: les merengue, conscients de la large supériorité de leurs adversaires, adoptent une approche ultra défensive et font longtemps déjouer les catalans. Venir la fleur au fusil au Camp Nou en cette fin 2008 et tenter de produire du jeu n'est sûrement pas la meilleure méthode. Demandez donc à Valence. Juande Ramos, en fin connaisseur, l'a bien compris et il joue à 100 % la carte de la défense à 10. Côté blaugrana, la frustration est de plus en plus visible. Incapables de jouer avec la même fluidité, maladroits dans les derniers gestes, ils butent longtemps face à un bloc totalement hermétique. Les merengue ne sont pas loin du hold up parfait. Signe du destin ou pas, c'est par le symbôle du Barça qu'arrive la délivrance. Puyol, l'emblématique capitaine, saute plus haut que tout le monde sur corner et place une tête rageuse qui trouve comme preneur Eto'o. 1-0 (83'). C'en est fait pour les madrilènes qui capitulent définitivement lorsque Messi, superbement servi par Henry, double la mise dans les tous dernier instants de la rencontre. Le pasillo n'est que partiellement vengé mais l'essentiel, c'est que les merengue pointent désormais à 12 points des blaugrana: un véritable gouffre sépare les deux équipes, tant au niveau comptable que dans le jeu produit.
8 jours plus tard, la Pep team ramène les 3 points de Villarreal. La boucle est bouclée. Grand Chelem. Les catalans peuvent maintenant prendre des vacances bien méritées et se ressourcer avant d'entamer 2009 et la seconde partie de saison. Tout avait si mal commencé, tout finit si bien. Un vrai conte de fée qu'il faudra faire durer après la trêve hivernale.

squad 


Posté par youssef
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