Chronique | Histoire | mercredi 27 janvier 2010 à 03:04  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Quatrième article de la série consacrée à la décennie du F.C. Barcelone (2000-2009). Quatre ans de crise intronisent Joan Laporta président du F.C. Barcelone, mais il part de loin pour ramener le club vers les sommets.

 

Malgré un parcours parfait en ligue des champions (dix victoires en dix matchs), le Barça réalise une des pires saisons de son histoire. Eliminé en coupe du Roi par un pensionnaire de troisième division, distancé en championnat (seulement 19 points pris en 15 journées), ses chances d’éviter une quatrième saison blanche de suite sont négligeables. Une belle victoire à Majorque juste avant la trêve a accordé un moment de répit au très contesté Louis Van Gaal, dont le retour aux affaires a précipité le départ de la mégastar Rivaldo, mais sa marge de manœuvre est désormais très réduite. La moindre série négative condamnerait un entraîneur sous la sellette.

Déjà titularisé à Majorque, le jeune prodige Andrès Iniesta participe activement à la victoire contre le Recreativo Huelva (3-0), plus vieux club du pays et qui retrouve l’élite après une très longue attente. Accroché par la suite par une équipe de Malaga au budget modeste mais qui compte plusieurs joueurs intéressants (Dario Silva, Dely Valdes, Kiki Musampa…), le Barça est sous pression au moment de recevoir le champion en titre valencian, club qui a toujours donné des sueurs froides à Louis Van Gaal. Ne pouvant s’en remettre à une défense mise à mal par un but rapide du « clown » Pablo Aimar (13e), le coach Batave voit son destin s’éloigner de Barcelone après que le géant Norvégien John Carew ait trouvé la faille sur corner (26e). On pense le match relancé quand, bien servi par Xavi, Thiago Motta réduit le score à la 39e, et encore plus après que la sortie hasardeuse de Cañizares dans les pieds de Kluivert ait valut au gardien péroxydé une expulsion juste avant la mi-temps. Le coup-franc aux abords de la surface est mal négocié, et la seconde période encore plus. Incapables de percer le double rideau défensif adverse, les catalans encaissent même deux buts dans les dix dernières minutes, et le match vire à une déculotté assenée par une équipe qui a joué plus de la moitié de la rencontre en infériorité numérique. La réalisation tardive de Kluivert ne pouvait rien pour calmer la terrible bronca du Camp Nou à l’égard de Louis Van Gaal et de son président Joan Gaspart. Une pañolada sans précédent, surpassant même celles que Van Gaal a connu ici-même trois ans plus tôt. Le champion d’Europe 1995, qui sort déjà d’une expérience traumatisante avec la sélection des Pays-Bas, lui qui a été incapable de qualifier les Oranje pour la Coupe du Monde bien qu’il se vantait d’être le meilleur entraîneur Néerlandais de l’histoire avec Rinus Michels, est donc tout proche d’un second fiasco en quelques mois. L’opération limogeage est en route, mais le Néerlandais est protégé par un contrat solide, et les indemnités qu’il toucherait sont estimées à plus de 4 millions d’Euros. Le club hésite à prendre la décision qui s’impose. Toutefois, la situation n’est plus soutenable après une défaite à Vigo (2-0 dont un but de Sylvinho). Van Gaal prend la porte à mi-saison, laissant Barcelone dans une position historiquement basse à ce stade de l’année, trois petits points le séparant de la zone rouge.

 

 

Le temps de nommer un nouvel entraîneur et de renforcer le côté gauche avec la venue en prêt de Juan Pablo Sorin - latéral Argentin aimant aller de l’avant et qui découvre à 26 ans son cinquième championnat -le Barça fait un non match sur le terrain de l’Atletico Madrid (3-0). Ce même Atletico qui a connu ses dernières heures de gloire avec Radomir Antic, pressenti depuis quelques semaines pour prendre les rênes du Barça, et qui est finalement nommé entraîneur. Le Serbe, qui a également dirigé le Real Madrid en 1991-92, peut se targuer d’avoir été le coach des trois clubs les plus populaires du pays. La pression, il connaît, au même titre que les défis. L’objectif assigné à Barcelone est de faire un bon parcours en coupe d’Europe et de remonter la pente en championnat. Pas une mince affaire lorsqu’on sait que le club végète à la quinzième place du classement. Antic travaille dans l’urgence, et il doit réussir son premier test contre l’Athletic Bilbao.

 

 

Un premier test dont le résultat est mitigé (2-2 à domicile après avoir mené 2-0), mais le changement dans la manière d’aborder les matchs est perceptible. Passé du 3-4-3 à un 4-4-2 en losange, Antic offre à Javier Saviola l’occasion de s’illustrer dans un système qui lui sied plus. Le conejo est plus à ses aises  quand il tourne autour d’un point d’ancrage que quand il livre un obscur travail d’ailier de débordement. L’Argentin fournit une prestation très propre contre les Basques, de bon augure pour la suite. Son compatriote Juan Pablo Sorin fait également des débuts scrutés à la loupe. En revanche, Juan Roman Riquelme n’est pas titulaire, bien qu’il soit entré dans le dernier quart d'heure. Pas de traces non plus du jeune Andres Iniesta, jugé pas assez mûr et même plus sur la feuille de match. C’est avec une configuration inchangée par rapport au match précédent que le Barça s’en va défier l’Espanyol dans un derby où il joue très gros. En cas de défaite, il verrait en effet son voisin, relégable, lui passer devant. Ce serait tout un symbole, mais Cocu et Xavi ne l’entendent pas de cette manière, et les deux milieux inscrivent les deux seuls buts du match peu avant la pause. Une victoire appréciée par le président… Enric Reyna.

En effet, entre les deux rencontres, Joan Gaspart soumet sa démission aux socios, laissant derrière lui un bilan calamiteux. Directement responsable de trois ans de défaillances sportives en faisant régner une instabilité permanente, il a de surcroît pris des décisions incompréhensibles dont la plus illustre a été celle de faire revenir Louis Van Gaal. Il n’a également pas su endiguer l’endettement du club, croissant sous son aile alors que son prédécesseur s’était attelé à produire des états financiers à l’équilibre. Gaspart a dépensé environ 200 millions pour attirer des joueurs quasiment tous surévalués. Son laxisme vis-à-vis des Boixos Nois est particulièrement mal vu en Espagne depuis « l’affaire Luis Figo », ce même Figo qu’il n’a pas pu retenir à Barcelone, bien que la responsabilité incombe tout autant à Josep Lluis Nuñez dont il fut le bras droit jusqu’en juillet 2000. Figo qui a surtout rejoint le Real Madrid de Florentino Perez, président à succès dont la comparaison fait mal à Gaspart. Ce dernier a certes quelques bonnes réalisations à son actif, à l’image de la très bonne équipe de basket-ball emmené par un grand Dejan Bodiroga, mais cela reste trop juste et trop éloigné des résultats de l’équipe première de football pour peser quoi que ce soit dans la balance. La fin de l’ère Gaspart signe aussi la fin d’une époque puisqu’il est « idéologiquement » dans la lignée de Nuñez, et son successeur, celui qui remplacera l’intérimaire Enric Reyna, devra incarner une vraie rupture. Lluis Bassat, candidat malheureux en 2000, semble le mieux taillé pour ce rôle, et nul à Barcelone ne doute de sa future élection.

 

 

On en est encore très loin puisque début février reprend la Ligue des Champions, compétition dans laquelle le Barça a rendez-vous avec l’histoire : un succès contre l’Inter Milan, en plus de lui faire prendre une très sérieuse option en vue de la qualification et de la première place du groupe, serait synonyme de record absolu de victoires consécutives dans la compétition. Record qu’il partage pour l’instant avec l’autre grand club de Milan, les Rossoneri. Au terme d’une prestation collective stupéfiante, le Barça détruit les intéristes (3-0), et Javier Saviola livre son meilleur match de la saison. Le record est donc battu avec ces onze victoires consécutives, performance qui, il faut rendre à César ce qui lui appartient, est grandement due à Louis Van Gaal qui a obtenu dix de ces victoires. Ce sera le seul point positif que son passage aura laissé tant les joueurs évoluent avec un tout autre état d’esprit depuis l’arrivée d’Antic.

La presse parle alors d’un Barça aux deux visages, souverain en Europe et en difficulté en Espagne. En fait, ce Barça ne perd presque plus en championnat, mais les matchs nuls s’accumulent (trois entre la 24e et la 26e journée). Entre temps, l'équipe assure sa première place dans son groupe de ligue des champions, terminant largement première avec seize points sur dix-huit possibles. Elle se met à rêver d’une victoire dans cette compétition, à deux tours de la finale d’Old Trafford. Le théâtre des rêves accueillera par ailleurs une magnifique affiche entre Manchester et le Real Madrid, et une exacte réplique de la demi-finale de l’an dernier entre les deux mastodontes du football espagnol est même envisagée. Mais il faudra auparavant que le Barça écarte une redoutable équipe de la Juventus Turin qui a certes perdu Zidane, mais qui a reconstitué le terrible socle défensif de Parme Buffon – Cannavaro – Thuram et qui compte dans ses rangs l’un des meilleurs milieux de terrain du monde, l’ancien laziale Pavel Nedved. Dans un match aller très équilibré où Riquelme est aligné d’entrée, Montero trouve une lucarne après que Bonano ait répoussé un retourné acrobatique d’Alessandro Del Pierro (16e). On retrouve Del Pierro sur une double occasion avec Edgar Davids qui n’est pas loin d’aboutir à un deuxième but. Mais piqués au vif, les Catalans réagissent à la 78e minute. Une combinaison pleine de clairvoyance entre Patrick Kluivert et Michael Reiziger, qui joue les bouche-trous à gauche du fait de la non qualification de Juan Pablo Sorin, est conclue par un but de Javier Saviola légèrement aidé par la déviation involontaire de Montero. Un coup du sort qui permet aux blaugranas de revenir avec un nul précieux, un but à l’extérieur en prime, car ni Kluivert d’un côté ni Di Vaio de l’autre ne parviennent à convertir les occasions qui se présentent à eux. Le Barça fait clairement la bonne opération en vue du match retour.

Dans ces conditions, le championnat est moins intéressant, et même le clasico ne passionne pas la foule, bien que le Barça, défait une semaine plus tôt à domicile contre le Deportivo La Corogne (2-4), prive le Real Madrid de deux précieux points au Bernabeu (1-1). Un Real qui s’est rapproché de la qualification pour les demi-finales de ligue des champions après un récital contre Manchester United (3-1). De quoi motiver davantage les Catalans qui ont hâte d’en découdre avec leurs rivaux. Dans un Camp Nou comble, ils tentent de mettre les bianconeri dans l’entonnoir, et ce bien qu’ils disposent d’un avantage en vertu du but à l’extérieur. Mais la Juventus ne craque pas. Lilian Thuram agit comme une véritable tour de contrôle, aspirant les ballons de la tête, et au fil des minutes le Barça s’enfonce dans un jeu stéréotypé fait de dédoublements de passes au milieu et de centres de moins en moins précis dans la surface. Seule une frappe enroulée de Luis Enrique qui rase le poteau après un superbe passement de jambes face à Montero vient perturber le cours de la partie. A ce moment, il n’y a rien d’alarmant en apparence puisque la Juventus n’est pas plus dangereuse alors que c’est elle qui est censée faire le jeu. Or penser de la sorte, c’est sous-estimer fortement le réalisme légendaire du club de Marcello Lippi : après que la pile électrique Edgar Davids ait transpercé l’entrejeu adverse, le pitbull transmet la balle au virevoltant Pavel Nedved qui cloue Patrick Andersson sur place avant de s’infiltrer au milieu d’une nuée de défenseurs Catalans. Le Tchèque évite ensuite le tacle de Frank De Boer et bat Roberto Bonano d’un tir croisé au premier poteau. A la 53e minute, c’est la Juve qui passe devant, compliquant d’un coup la mission du Barça. Les Catalans doivent montrer plus d’allant pour déjouer la défense transalpine. C’est ce qu'ils font, si bien qu’à la 66e minute, sur un ballon renvoyé dans l’axe par Thuram après un duel aérien gagné face à Kluivert, Xavi a le temps de contrôler et d’armer une frappe qui longe le sol et qui ne laisse aucune chance à Gianluigi Buffon. Un but qui permet au Barça d’aller en prolongation, où le 50-50 est de mise. Le Barça a en effet le soutien de son public, mais un but annihilerait pratiquement toutes ses chances de qualification. Sur une louche de Xavi, Kluivert décroche une merveilleuse reprise de volée en pivot mais Buffon veille au grain, et dans le prolongement de l’action « Gigi » sort une nouvelle fois victorieux face au Néerlandais. Le Barça a laissé passer sa chance car deux minutes plus tard, et après un tir de Thiago Motta contré par un Lillian Thuram en suspension, Pavel Nedved amorce un contre meurtrier. Au bout d’une action en triangle parfaitement négocié entre lui, Birindelli et Zalayetta, ce dernier, entré en cours de jeu dans ce match, tue tout suspens seul face à Bonano (114e). Ce n’est pas cette année que Luis Enrique soulèvera un trophée. Rageant dans la mesure où, avec plus d’audace et d’idées, les blaugranas avaient les moyens de passer ce tour.


 

La saison n’est néanmoins pas encore terminée puisqu’il reste un dernier enjeu important, ne serait-ce que du point de vue symbolique : demeurer le seul club à avoir participé chaque saison à une coupe d’Europe. Le Barça doit ainsi cravacher pour finir dans les six premiers, et se demande même s’il peut et s’il doit jouer la coupe Intertoto. A huit journées du dénouement, il n’est que douzième du classement, ayant au moins assuré son maintien, aussi ridicule que cet objectif puisse paraître pour un tel club. Vainqueur d’une surprenante Real Sociedad qui vise le troisième titre de champion de son histoire, le Barça permet à Kluivert, pris en grippe par une partie du public, de souffler, et à Saviola d’exprimer sa science du but. A partir de là, les blaugranas entament une bonne série de cinq victoires et un match nul en six matchs de championnat.


Série qui doit impérativement être prolongée face au F.C. Valence et au Celta Vigo, deux clubs qui les devancent au tableau. Mais à l’heure du voyage à Mestalla, la préoccupation des socios est de préparer les saisons à venir, d’oublier une crise qui n’en finit plus. Ils sont en effet appelés aux urnes en ce dimanche 15 juin 2003, une date qu’ils souhaitent marquer d’une pierre blanche tant elle peut s’avérer historique pour la suite. La campagne présidentielle a fait rage ces dernières semaines, révélant les ambitions du jeune avocat Joan Laporta face au grand favori, le publicitaire Lluis Bassat. Les deux hommes avaient fait cause commune en 2000, et le fond reste similaire à savoir la nécessité d’assainir les finances du club et de pouvoir redevenir compétitifs face aux autres ténors européens, le Real Madrid en tête. Ils sont tous deux inspirés par Cruyff, et proposent deux membres de la Dream Team à la direction technique, Josep Guardiola pour Bassat et Aitor « Txiki » Begiristain pour Laporta. Ce dernier, épaulé par son tout aussi jeune bras droit Sandro Rosell, part outsider mais son projet séduit au fil de la campagne, à l’image de David Beckham dont il promet la venue au club. L’Anglais, très bon ailier disposant d’une qualité de centres admirable et d’une efficacité redoutable sur coups de pieds arrêtés, est une marque à lui tout seul tant sa renommée dépasse les frontières nationales ou footballistiques. La définition d’un galactico en somme, convoité logiquement par Florentino Perez, et incarnation des embellies économiques et sportives promises par Laporta. Beck’s est pour sa part décidé à quitter son club formateur après avoir vu ses relations avec Sir Alex Ferguson se détériorer, et l’affaire de la chaussure volante qui l’a percuté après qu'il ait essuyé une violente colère de l’Ecossais à la mi-temps d’un match n’a rien arrangé. Rejoindre un club Outre-manche est une priorité pour lui. L’annonce de l’accord trouvé avec Manchester, confirmé par le site officiel des Red Devils, galvanise Laporta qui avait déjà mené une bien meilleure campagne que Bassat. Le jeune avocat l’emporte avec un écart conséquent (27 138 voix contre 16 412 pour son adversaire), et son triomphe relègue au second plan la victoire ramenée de Valence par le onze catalan (1-3).

 


Mais le nouveau président a les mains liées car le club peut au mieux participer à la coupe de l’UEFA. Sans Ligue des Champions, recruter des grands joueurs est une mission périlleuse. L’attractivité du F.C. Barcelone a déjà été considérablement réduite par l’instabilité chronique, et ne pas être de la fête en ligue des champions est pénalisant à plusieurs égards. Les recrues potentielles font de la participation à cette compétition un impératif, elle qui offre une très large exposition médiatique et qui est un tremplin pour une carrière internationale en plus d’être une incroyable ligne dans le palmarès si elle est remportée. Le manque à gagner peut précipiter un club dans un gouffre financier. Laporta a déjà promis des mesures drastiques pour réduire la massa salariale de l’effectif, et on se demande comment il pourra rémunérer une future star dont l’arrivée devient urgente pour relancer le club. D’ailleurs, il se rétracte immédiatement après les élections en déclarant que la rumeur Beckham n’était qu’anecdotique et que les socios avaient voté pour un projet et non pour un joueur. Le 17 juin, et alors que la direction Laporta n’est même pas entrée en fonction, l’Anglais privilégie le Real Madrid de Florentino Perez au détriment du Barça.

Un Real Madrid repassé miraculeusement devant la Real Sociedad en championnat et qui doit s’imposer face à l’Athletic Bilbao pour porter sa vingt-neuvième couronne. Ce match partage le cœur des culés puisqu’une qualification en coupe de l’UEFA passe impérativement par un faux-pas de Bilbao. C’est donc avec un sentiment ambivalent qu’ils suivent le sacre du Real Madrid (3-1) simultanément à la cinquième victoire consécutive des blaugranas (2-0) qui leur permet de valider le dernier ticket directement qualificatif pour une coupe d’Europe.

La saison à peine terminée qu’un premier chantier s’ouvre à la nouvelle direction, à savoir préparer la prochaine campagne durant laquelle le club doit redevenir aussi compétitif que le Real Madrid. C’est Frank Rijkaard qui héritera de cette lourde mission, le Néerlandais ayant été nommé entraîneur dès le 23 juin avec l’aval de son compatriote Johan Cruyff. Ce dernier est très influent aux yeux de Laporta, et le staff technique sent bon sa patte. Outre Txiki Begiristain, directeur technique, d’autres anciens joueurs recrutés par le Flaco en son temps retrouvent Can Barça. Eusebio Sacristan est nommé adjoint de Rijkaard au même titre que le moins connu Henk Ten Cate. Carlos Unzue entraînera les gardiens. On évoque aussi un retour du Ballon d’Or 1994 Hristo Stoitchkov, probablement dans une des catégories inférieures du club.

 


L’avis de Cruyff concernant le recrutement des joueurs sera en revanche moins tenu en considération puisque si sa préférence va au « triple A » de Valence (Aimar, Ayala et Albelda), Laporta veut lui frapper un grand coup médiatique sur le marché des transferts. Il délègue pour cela sa confiance à son vice-président Sandro Rosell, fin négociateur et ancien dirigeant de la multinationale Nike. Rosell est en effet chargé de faire entendre la voix du Barça dans le feuilleton Ronaldinho. Le Brésilien, après deux années d’acclimatation au football européen passées au Paris Saint-Germain où il ne trouva ni les conditions ni la motivation pour exprimer son incommensurable talent, demeure le plus grand espoir du football mondial. Les courtisans ne manquent pas au balcon du club parisien (Chelsea, le Real Madrid, le Paris Saint-Germain lui-même puisque le nouvel entraîneur Vahid Halilodzic souhaite bâtir une équipe autour du prodige de Porto Alegre…), mais plusieurs semaines de tractations acharnées confirment que la future destination du Gaucho sera Manchester United ou le F.C. Barcelone. Sandro Rosell, entré en contact avec Francis Graille peu après la nomination de ce dernier au poste de président du P.S.G. – bien avant que les élections ne se déroulent à Barcelone – et qui s’était mis d’accord avec Roberto Assis, frère et agent du joueur, au détour d’une rencontre fortuite, fait monter son offre à 27 millions d’Euros tout en expliquant qu’il n’ira pas au-delà de cette somme. Ronaldinho a alors un pied à Manchester qui, de son côté, a proposé verbalement 3 millions d’Euros de plus. Mais un ultime rebondissement se produit quand Peter Kenyon, directeur exécutif de Manchester, rabaisse le montant par fax à 28 millions d’Euros après avoir eu vent de la dernière offre du Barça. Un revirement qui n’est pas des plus cavaliers et qui est très peu apprécié par Francis Graille lequel, très remonté, punit le club mancunien en revendant son joyau à Barcelone.

Le Barça tient donc sa superstar au grand bonheur de ses dirigeants et de ses supporters, venus en masse (25 000 en plein juillet) l’accueillir au Camp Nou. Frank Rijkaard semble pour sa part un tantinet circonspect, lui qui n’a pas vraiment eu son mot à dire dans ce transfert. Une situation qui s’est sans doute réitérée sur d’autres dossiers puisqu’il ne semble pas accorder une confiance absolue à d’autres recrues comme le gardien Turc Rüştü Reçber ou l’ailier Portugais Ricardo Quaresma. Il accueille avec plus d’enthousiasme le défenseur central Mexicain Rafael Marquez, et espère un bon rendement de Luis Garcia, ancien de la Masia racheté à l’Atletico Madrid. A quelques jours de la clôture du mercato, Rijkaard obtient le prêt d’un an avec option d’achat de son compatriote Giovanni Van Bronckhorst, milieu d’Arsenal qu’il souhaite installer durablement au poste de latéral gauche.

 


« Gio » est venu palier le départ de Sorin dont l’option d’achat n’a pas été levée. Le Barça a en effet vécu un été à l’heure du grand ménage. Laporta instaure une politique d’austérité salariale qui n’échappe qu’aux nouvelles recrues, et ceux qu’il estime trop payés au regard de leur rendement sont priés de renégocier leur contrat ou d’être poussés à la sortie. Patrick Kluivert est contraint de réduire ses émoluments de moitié. Ses compatriotes Philip Cocu et Marc Overmars restent mais leurs engagements ne seront pas renouvelés, d’autant que le second joueur a une fin de carrière minée par les blessures. Riquelme est prêté à Villareal où, délesté de toute pression, il pourra mieux exprimer son potentiel. Rochembak est lui cédé au Sporting Portugal. Mendieta, tout comme Sorin, retourne dans son club d’origine après la fin de son prêt. De Boer, Bonano, Enke, Dani, Christanval, Navarro quittent aussi Barcelone. Au total, le club enregistre le départ de dix joueurs et l’arrivée de neuf autres. Seul Javier Saviola est inflexible en refusant que l’on touche à son contrat qui n’expire que dans quatre ans, et ce bien que Frank Rijkaard ait sous-entendu qu’il compterait sur Kluivert et non sur lui en pointe de son 4-2-3-1.

C’est pourtant Saviola qui débute lors du premier match de la saison à Bilbao, profitant de l’indisponibilité de son concurrent direct. Le Barça s’impose grâce à un but de Cocu (12e) sur une passe du dernier arrivé, Giovanni Van Bronckhorst. Mais c’est une autre recrue dont le Camp Nou se délecte pour le premier match officiel à la maison : Ronaldinho évidemment. C’est en grande partie pour lui que le Barça a décidé de faire débuter la rencontre face au F.C. Séville à une heure si tardive. Forcé de disputer sa rencontre le mercredi 3 septembre, alors que le mardi 2 l’arrangeait plus du fait des échéances internationales de certains joueurs qui auraient manqué la rencontre si elle s’était déroulée mercredi, le Barça innove en fixant le coup d’envoi de la rencontre dans la nuit du mardi au mercredi, mais cinq minutes après minuit. Officieusement le mardi, officiellement le mercredi, de quoi régler son problème de calendrier. Les spectateurs se voient proposer un show à l’américaine pour les faire patienter, mais c’est Ronaldinho qu’ils sont venus acclamer et c’est lui qui leur propose le meilleur spectacle. Un hors d’œuvre mijoté par le chef, une géniale déviation du dos dans les pieds de Rafael Marquez ; un geste qu’il vient d’inventer et qui portera un nom dérivé du sien : l’espaldinha. Un chef d’œuvre aussi. Recevant une relance de la main de Victor Valdes, préféré à Rüştü, le Brésilien part de sa propre moitié de terrain, efface deux joueurs avec une facilité déconcertante et allume Aranzubia avec un missile de trente mètres qui finit sous la barre transversale. Deux actions qui ont fait le tour de la planète, dont une décisive, et le Camp Nou est déjà conquis, pensant détenir dans ses rangs le potentiel meilleur joueur du monde. Mais à côté, il voit son équipe perdre deux points à domicile (1-1).

La suite de la saison sera dans cette veine. Malgré Ronaldinho, l’équipe accumule les déboires en championnat. Et quand le 11 novembre Laporta révèle avoir reçu des menaces de mort de la part des Boixos Nois, groupe contre qui il fait preuve de beaucoup plus de fermeté que son prédécesseur, on se dit que les nouvelles ne sont décidemment pas au beau fixe. La crise repointe même le bout de son nez à la Rosaleda de Malaga où le Barça subit une humiliation (5-1) qu’il n’avait plus connu depuis un déplacement à Santander début 2001. Victor Valdes, passif sur la plupart des buts, paie son inexpérience. Il est néanmoins titulaire lors de la défaite au Camp Nou face au Real Madrid (1-2), la première à domicile en championnat face aux merengues depuis le 22 octobre 1983, bien qu’elle ait été précédée d’une défaite en ligue des champions un an et demi plus tôt. Valdes finit par céder sa place à Rüştü lors de la victoire face à l’Espanyol (1-3). Un résultat favorable dont la portée est à relativiser. D’abord parce que le derby a été totalement perturbé par les six cartons rouges – trois de chaque côté – sortis de la poche de Pino Zamorano, ce qui constitue un record dans la Liga. Ensuite parce que les pericos, bon derniers du championnat, vivent une campagne noire et que l’arrivée du pompier Luis Fernandez est encore trop fraîche pour changer cette donne. Un nul à domicile face au Celta Vigo (1-1) lors du dernier match de l’année civile confirme que le redressement du Barça ne s’est pas opéré.

 

 

Après 17 journées, le club n’est que 9e du classement, complètement décroché par le Real Madrid qui le devance de 15 longueurs. Un retour sur les galacticos semble improbable. Un air de déjà-vu flotte sur Barcelone qui revoit le cauchemar des quatre dernières saisons se profiler. Pour tout le monde, Frank Rijkaard n’est pas l’homme de la situation. Tout le monde sauf Joan Laporta qui, en dépit d’avis intérieurs n’allant pas dans son sens, témoigne d'une confiance indéfectible envers le Néerlandais et lui donne carte blanche en vue du mercato hivernal. Laporta a promis de ne pas réitérer les erreurs du passé. C’est chose faite, mais avec quel effet ?


Posté par Kill Duckadam
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