Array 2001: L'ère des insuffisances - FC Barcelona Clan

Chronique | Histoire | vendredi 15 janvier 2010 à 07:05  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Deuxième article de la série consacrée à la décennie du F.C. Barcelone (2000-2009). 2001 est le début d'une ère où le Barça accumule les lacunes sur le terrain, la faute à un projet sportif totalement incohérent.

Quatrième de la Liga et éliminé dès la phase de poules de ligue des champions, le Barça entame la seconde moitié de la saison avec des incertitudes. Le recrutement estival apparaît de jour en jour désastreux. La perte de Luis Figo, lauréat du Ballon d’Or, s’est fortement ressentie sur son fond de jeu. L'entraîneur Serra Ferrer est loin de disposer de la science tactique de son prédécesseur Louis Van Gaal, et aussi bien son système (3-2-3-2) que ses choix sont peu lisibles.

Rayonnant dans l’entrejeu d’Arsenal et de l’Equipe de France, Emmanuel Petit est aligné avec intermittence en tant que défenseur central gauche, poste où il ne s’impose pas. Marc Overmars, plus gros transfert de l’histoire du club, est irrégulier et son corps fragile ne lui rend pas la tâche facile. Gerard Lopez, formé au club puis racheté très cher à Valence (24 millions) après une saison où il n’a été qu’un feu de paille, ne justifie pas le huitième de l’investissement placé en lui. Alfonso Perez se fait davantage remarquer par ses chaussures blanches que par ses buts. Mais c’est au poste de gardien que le fond est atteint. Richard Dutruel n’est que l’ombre du bon gardien qu’il fut au Celta Vigo. Ils ont été trois à se prêter les gants depuis le début de la saison. Dutruel, dont les bourdes récurrentes ont fait le tour du globe, Arnau qui n’a tout simplement pas la stature pour être titulaire dans l’un des plus grands clubs au monde, et le jeune « Pepe » Reina, qui a fait toutes ses classes dans les sections inférieures aux côtés de son grand rival Victor Valdes mais qui semble encore un peu tendre pour le très haut niveau. Malgré cela, les clés des cages lui sont confiées dès le début de l’année.Il peut heureusement compter sur des joueurs qui tirent l’équipe vers le haut. Rivaldo, en premier lieu, est totalement libéré après le départ de Van Gaal. Il rayonne dans un rôle de soliste qu’il affectionne. Kluivert dispose d’un talent brut certain, qu’il utilise toutefois avec parcimonie. Les deux offrent au Barça sa première victoire de l’année en championnat sur le terrain d’Oviedo (2-3). Luis Enrique s’affirme comme un joueur de caractère et un leader naturel. Il s’illustre quand son équipe atomise l’Athletic Bilbao (7-0, dont trois buts de « Lucho »). Phillip Cocu, joueur extrêmement polyvalent et harceleur infatigable, marque quant à lui deux buts dans ce match. Xavi prend une nouvelle dimension au fil des matchs, et s'affirme comme l'avenir du club, au même titre que Carles Puyol qui offre de plus en plus de garanties en défense, secteur particulièrement défaillant en son absence.

 

 

 

Sous la houlette de ces joueurs Barcelone s’accroche et prolonge une longue série d’invincibilité à 18 matchs toutes compétions confondues. Série qui s’arrête net lors d’un hallucinant déplacement à Santander où Reina et sa défense prennent l’eau de tous parts (4-0). Une frappe du gauche de Victor à la 71e, suivi d’un coup-franc assassin du même joueur dans le temps additionnel, empêchent les Catalans de se refaire une santé contre La Corogne (défaite 2-3 au Camp Nou). Deux défaites lourdes de conséquences puisqu’au moment de se déplacer à Chamartin pour le choc de la 25e journée, le Barça compte neuf points de retard sur son adversaire du jour, leader de le Liga.Condamné à l’exploit, et pas vraiment favori dans cette confrontation, le Barça doit impérativement s’imposer pour conserver tout espoir. Une merveille de déviation de Kluivert pour Luis Enrique permet à ce dernier de lancer Rivaldo en profondeur (36e). En se déjouant de Casillas, le Brésilien répond ainsi à l’ouverture du score rapide de Raul (7e). Les Catalans, récompensés de leur domination dans l’entrejeu, semblent en revanche fragiles défensivement. Ils n’ont ainsi même pas le temps d’exulter que Raul profite d’une erreur de relance inhabituelle de Guardiola pour remettre le Real Madrid devant (37e). Les deux équipes se répondent coup pour coup, et alors que le temps défile et que le Barça a absolument besoin de marquer deux buts, Rivaldo égalise d’une très belle frappe décroisée à raz-de-terre (70e). On croit même à la victoire quand Rivaldo, encore lui, trompe Casillas à l’aide du dos d’Ivan Helguerra (92e). Mais l’arbitre annule le jeu pour un hors jeu de position de Luis Enrique, décision surprenante et illégitime puisqu’à aucun moment ne cache la trajectoire du ballon à Casillas. Les blaugranas se font voler une victoire méritée par Losantos Omar, et leurs dernières illusions pour le titre sont ruinées.

 

 

 

Pour autant, l’équipe est encore en lice en coupe de l’UEFA et en coupe du roi, compétition dans laquelle elle a éliminé son voisin et tenant du titre perico en quarts de finale. En coupe de l’UEFA, c’est encore Rivaldo qui permet au Barça de se qualifier pour les demi-finales au bénéfice du but à l’extérieur, inscrivant un doublé lors d’un duel fratricide face au Celta Vigo (2-1 au Camp Nou, 3-2 à Balaidos). La demi-finale contre Liverpool est perçue comme une finale avant la lettre. Mais elle s’avère beaucoup plus fermée et décevante que prévu. A l’aller, les deux équipes se neutralisent sur un score nul et vierge. A Anfield, Kluivert, revenu soulager sa défense sur un ballon arrêté, touche malencontreusement le ballon de la main. L’arbitre siffle penalty et McAllister transforme la sentence juste avant la pause. Le Barça n’arrive pas à inverser le cours du match en seconde période, se cassant les dents sur la charnière Hyppia – Henchoz. Il n’aura pas inquiété Liverpool une seule fois en deux matchs quand Alaves réussira à inscrire quatre buts en finale.

La fin de saison est difficile. Entre deux matchs fous à Villarreal et contre Saragosse qui se sont soldés par le même score (4-4), Guardiola annonce qu’il quittera le club en fin de saison pour des raisons personnelles. L’opinion publique pointe néanmoins du doigt la direction du club. Serra Ferrer, lui, ne connaîtra pas le luxe de patienter jusqu’à l’été puisqu’il est limogé à sept journées de la fin et remplacé par Charly Rexach, une des figures les plus importantes du club mais peu expérimenté à ce niveau. L’électrochoc tarde à venir, le Barça continuant à évoluer en dents de scie, si bien qu’il n’est que 5e du classement à une journée de la fin.

Le hasard du calendrier voulut qu’il conclue son championnat par la réception du F.C. Valence qui le devance immédiatement au classement. Une victoire offrirait au Barça le dernier ticket pour la ligue des champions au bénéfice de la différence de buts particulière, tout autre résultat qualifierait Valence, finaliste malheureux de la ligue des champions pour la deuxième année consécutive. Une véritable finale donc où Rivaldo s’illustrera à nouveau, marquant en première période deux buts venus d’ailleurs (un coup-franc et une frappe, tous deux de plus de 25 mètres). En face, l’excellent milieu de terrain Ruben Baraja égalise par deux fois. Dans le dernier souffle de la partie, Rivaldo amortit de la poitrine une très bonne transversale de Frank De Boer et enchaîne avec un retourné acrobatique de l’extérieur de la surface ! Canizares ne peut que contester les dégâts. Un but d’anthologie qui délivre un Camp Nou en ébullition. Le déjà très contesté Joan Gaspart explose. Grâce à son magicien Brésilien et ce triplé de légende, le Barça arrache in extremis sa qualification pour la prochaine ligue des champions, vitale pour l’avenir du club.


Il a encore l’occasion de soulever un titre avec la coupe du roi dont le dernier carré se déroule à une date tardive. Le Celta Vigo se met à nouveau  au travers de sa route. Mais à Balaidos, malgré un premier but de Simao après moins de six minutes de jeu, le Barça n’est pas au niveau. Un but de la tête de Mostovoi et une réalisation de Jesuli donnent un avantage confortable aux hommes de Victor Fernandez (3-1). Et comme il y a un an, le Barça est incapable de battre le Celta au Camp Nou pour son dernier match de la saison (1-1).Cette deuxième saison dénuée de titres vient sanctionner un recrutement calamiteux. La perte de Figo n’a pas été compensée malgré des dépenses anormalement élevées. Le Barça s’en est tenu aux exploits de ses meilleurs joueurs, au premier rang desquels Rivaldo qui a porté son équipe à bout de bras lorsqu’elle en avait le plus besoin. Il y eut quelques sursauts d’orgueils appréciables, mais aussi une irrégularité permanente. La décision de Guardiola, dernier rempart de la Dream Team, de quitter le club a de plus jeté un froid autour de lui. Le Barça doit retenir les leçons de cette saison et surtout se renforcer pour masquer des insuffisances flagrantes.L’arrivée de Javier Saviola, plus grand espoir du football argentin, a de quoi contenter les socios, d’autant que le « conejito » sort d’un Mondial des moins de vingt ans étincelant. En revanche, la facture transmise par River Plate est salée (36 millions d’Euros pour un joueur de 19 ans), et la direction est soupçonnée d’avoir graissé la patte à des intermédiaires, pratique tout aussi répandue qu’illégale. Pour ne rien arranger, le petit Argentin se voit proposer des émoluments élevés (5 millions d’Euros par an auxquels s’ajoutent des primes de rendement conséquentes).

Mais Saviola n’est pas la seule recrue onéreuse. Le club débourse beaucoup d’argent pour recruter deux milieux Brésiliens inconnus du grand public, Fabio Rochembak et Geovanni Deiberson. De même, Philippe Christanval est un défenseur central français prometteur mais cela ne justifie pas pour autant les 16,7 millions d’Euros dépensés pour lui. Ce dernier devra d’ailleurs se montrer plus fort que l’expérimenté Suédois Patrick Andersson, qui à trente ans sort d’un rêve avec le Bayern avec un titre de champion d’Europe et surtout un but sur coup-franc indirect qui permit aux Bavarois d’assassiner Schalke 04 dans les ultimes secondes du championnat allemand. Le Barça n’a pas fini de renouveler son arrière-garde puisqu’il enregistre l’arrivée en prêt du latéral Francesco Coco, surtout connu pour faire le bonheur des périodiques people italiens. Trois défenseurs censés apporter davantage de sécurité au gardien Roberto Bonano, l'autre recrue argentine de River Plate.

 

 

 

Après un tour préliminaire de ligue des champions bien négocié, les choses sérieuses commencent avec une victoire à Séville grâce à un doublé de Kluivert. Saviola, quant à lui, gagne rapidement l’affection du public du Camp Nou, ce qui l’aide à surmonter un drame personnel fraîchement intervenu. En fin de match contre Tenerife (2-0), il laisse exprimer sa vitesse et son sens du dribble et ouvre de la plus belle des manières son compteur but en Liga. Le trident qu’il forme avec Kluivert et Rivaldo laisse rêveur, et le magnifique but contre le Betis impliquant les trois bonhommes accroît ce sentiment. Le Barça met trois buts aux andalous, et prépare de la plus belle des manières son déplacement à Madrid.

Sur le papier, la comparaison avec le champion en titre fait mal. Les merengues, en plus de disposer d'un effectif initial pléthorique, se sont renforcés avec l'arrivée d'un des meilleurs joueurs de la planète, Zinedine Zidane, pour un montant record. Sur le terrain cependant, le français connaît des difficultés à s'adapter à sa nouvelle équipe, qui réalise une entame de championnat très décevante. Après dix journées, le Real Madrid n'est que dixième au classement, à six longueurs de son adversaire du jour, dauphin du championnat. Pour autant, la logique sera respectée, et un virevoltant Figo sera sans pitié pour ses anciens co-équipiers en marquant le but du 2-0 sur un contre tardif.

Ce match agit comme un tournant pour les deux équipes. Le Real Madrid, malgré une défaite à Saragosse lors de la 12e journée,  se reprend dans la foulée en alignant une série de sept victoires toutes compétitions confondues, et termine l'année à la deuxième place du classement après avoir même gouté au leadership à l'issue de la 17e journée. Le Barça est de son côté humilié en coupe du roi par Figuerers (1-0 a.p.), son voisin de Segunda B (troisième division). Rexach subit une deuxième gifle en cinq mois après avoir déjà été éliminé de la Copa Catalunya par le C.F. Balaguer, une équipe de Tercera (quatrième division). En championnat, il chute à la huitième place à la fin de l'année suite à une défaite sans concession lors d'un derby houleux (2-0).

En ligue des champions, le club est toutefois plus heureux. Jamais gêné par Lyon ou Leverkusen lors de la première phase de poules, le Barça est l'auteur d'une démonstration en Anfield Road (1-3) en ouverture de la seconde phase. En dribblant Jerzy Dudek suite à un appel en profondeur, Marc Overmars est à la conclusion d'un chef d'œuvre collectif. Le cuir avait été en effet confisqué par les Catalans pendant plus de trois minutes, exception faite d'un dégagement d'Hyppia en touche! Les blaugranas sont en revanche tenus en échec chez eux par un rugueux Galatasaray, ne pouvant exploiter leur supériorité numérique (deux Stambouliotes expulsés) malgré un doublé de Javier Saviola. L'avenir dans cette compétition est néanmoins envisagé avec sérénité, bien que les deux confrontations à suivre contre la Roma annoncent de beaux duels en perspective pour l'année en 2002.

 

 

 

 


Posté par Kill Duckadam
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