Chronique | Cruyff | lundi 14 septembre 2009 à 22:25  | Ajouter aux favoris / Partager  | Email

Six points sur six en Liga et deux titres de Supercoupe (Espagne et Europe). Le début de saison du Barça ne pouvait être meilleur bien que l'ex-technicien blaugrana insiste sur le fait que la saison passée le seul point obtenu en deux rencontres lui en disait bien plus.

 
Deux journées de Liga, cinq buts inscrits, aucun encaissé, six points. L’année passée, deux journées de Liga, un but inscrit, deux encaissés, et un seul point au classement. Le Barça venait alors de jouer le tour préliminaire pour accéder à la Ligue des Champions. Il vient aujourd’hui d'ajouter deux Supercoupes, deux titres. Ce qui alors était controversé – l’entraineur, la direction, le projet global en définitif, est maintenant défendu par d’innombrables adeptes. Le jour et la nuit en seulement un an. Un changement total. Tu commences la saison en tant que champion de toutes les compétitions et te retrouves déjà leader au bout de deux journées de championnat… Et, pourtant, j’en savais clairement davantage il y a une année, après cette défaite à Numancia et ce nul à domicile contre le Racing Santander, que je ne peux en connaitre aujourd’hui. Alors cet unique point sur six possibles m’en disait bien plus que ce plein de points obtenu aujourd’hui par le Barça.
La première mi-temps contre Getafe a franchement été mauvaise. Et cette fois, on ne peut pas avancer l’excuse que l’adversaire soit resté regroupé en défense. L'équipe de Míchel a été la meilleure pendant une heure. Et il en a été ainsi, non pas par les absences, mais par les présences. Le rythme de transmission de balle du Barça a été extrêmement lent. Beaucoup de conduite et peu de combinaison. Ceux qui ont joué n’étaient pas les titulaires ? Si on pense ainsi, c’est cuit, parce que les joueurs clés ne vont pas toujours jouer. Et s'ils le faisaient, leur intégrité et leur rendement en seraient affectés. Je sais déjà que Messi, Iniesta ou Alves sont très bons. Et je sais aussi que ce sont ceux qui sont bons qui font la décision à la fin. La question essentielle est de toujours savoir se maintenir à un certain niveau, parce que tous les moments d’un match sont importants.

Chigrinskiy, un sans-faute
Curieusement, celui qui a joué avec le plus de sens est celui qui est arrivé le plus récemment. Chigrinskiy a réalisé un sans-faute en effectuant ce qu’il y a de plus basique dans le football : faire une passe à un coéquipier. Tous ceux autour de lui ne peuvent dire la même chose. On a vu la différence entre celui qui vient d’arriver qui se situe à mille lieux de ce que font les autres qui baissent déjà la garde de manière inconsciente. Une fois de plus on s’aperçoit que parvenir à un niveau peut être facile, s’y maintenir est plus difficile. En général, c'est un problème de tension et d’attention.
Que le ballon n’ait pas franchi cette ligne, tellement fine, qui sépare l’intérieur de l’extérieur du but, explique certainement que les choses ne nous paraissent toujours aussi peu claires aujourd’hui.
A l’attaque, nous n’avions ni Messi ni Henry ou Iniesta, mais Pedro et Jeffren. Ce n’est certainement pas de la faute de ces deux canteranos si Getafe envoyait deux ballons sur le poteau. Si cela s’est produit, c’est bien parce que collectivement le Barça avait cessé d'avoir le ballon. Simplement parce qu'il ne le traitait pas comme il sait si bien le faire, et cela il faut le faire, aussi bien par le titulaire que par celui qui le remplace. Six points sur six, oui, mais avec une impression de leçon apprise superficiellement. Et après-demain, la partie qui arrive, c’est un certain Inter-Barça. Par son histoire et son présent, que l’on soit pour l’Inter ou le Barça, il s’agit d’une rencontre qu’on commence à disputer avant même le coup de sifflet initial de l’arbitre.
Bien que personne ne puisse voir le futur, l’Inter et le Barça passeront probablement tous deux leur groupe de qualification en Champion’s. La question n'est pas tant de savoir qui terminera premier ou deuxième du groupe mais plutôt qui sera le plus attentif - une fois de plus, ce qui est le plus difficile n’est pas tant d’arriver au sommet mais de s’y maintenir- contre les deux autres rivaux, le Dynamo de Kiev et Kazan. Au niveau de la presse et des amateurs, tant à Barcelone qu’à Milan, on suivra assurément à la loupe le duel que se livreront Ibrahimovic et Eto’o. Toutefois, pour leurs entraineurs la question ne sera pas de se demander lequel des deux inscrira ou non un but, mais de s’interroger sur leur rendement et leur apport à l'équipe pendant toute la saison.

Un Madrid meilleur
En Hollande il existe un proverbe : « Le gazon de ton voisin paraît toujours plus vert que le tien ». Appliqué au football, il serait de croire que ton rival est meilleur que toi. Par exemple, en croyant à l'avance que Ibrahimovic ne fera pas mieux qu’Eto’o ou que le Madrid actuel est mieux armé que le Bar-ça. La saison vient seulement de commencer et ne s’arrêtera qu’après le Mondial. Madrid est meilleur que l’année dernière, il manquerait plus que ça. L'argent investie dans les transferts accentue la distance entre les grands et petits clubs, c’est certain, mais le portefeuille ne te garantit pas les succès. S'il en était ainsi, ce serait toujours le plus gros budget qui l’emporterait. Avec un moindre investissement, mon favori reste encore le Barça. Dans son cas ce plus petit investissement apporte déjà un soutien à l’équipe et pour beaucoup permettra de tirer vers le haut les joueurs issus de la Cantera..Il y a un effectif - je ne crois absolument pas qu’un court effectif soit un problème- et de plus il y a une idée de football enracinée. Savoir à quel niveau il sera exécuté est une autre question.

Le`virus FIFA'
Pourvu que le 0-2 de Getafe ne reste pas comme "Qu’est-ce que nous sommes bons, regarde, un effort dans la dernière demie-heure et  trois petits points de plus".
Parce qu'il y aura encore d’autres rencontres avec ce virus FIFA. Et des sanctions. Et des blessures. Ou simplement des rotations obligées. Lors d’une saison on se retrouve toujours confronté à beaucoup de difficultés sur son chemin et encore plus lors de celle-ci qui se terminera en mai avec le Mondial en Afrique du Sud. Mais si tous les joueurs font ce qu’ils sont sensés faire, ces difficultés seront moindres.

Source: Las Claves de Johan Cruyff

Posté par GreGoL
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